Lectures de février

Notre sélection mensuelle d'ouvrages publiés par des professeurs, chargés de cours, étudiants, employés, diplômés ou retraités de l'UQAM.

5 Février 2018 à 10H15

Travail ménager et féminisme

Durant plusieurs décennies, les femmes au foyer ont été considérées comme inactives, même si leur journée de travail commençait aux petites heures du matin pour se terminer tard en soirée. Si le mouvement féministe québécois s'est largement mobilisé dans les années 1970 pour obtenir la reconnaissance sociale et économique du travail ménager, cette lutte a été écartée à partir du milieu des années 1980. Les inégalités demeurent toujours présentes aujourd'hui. Les Canadiennes passent 10 heures de plus par semaine que leur conjoint à accomplir les travaux ménagers et portent bien souvent la «charge mentale» de l'organisation familiale. «Nous sommes encore ménagères, lorsqu'on surprend une amie à se plaindre qu'elle doit tordre un bras à son chum pour qu'il accepte de laver la vaisselle, ou qu'on entend telle autre raconter que le congé de paternité de son conjoint a été passé à travailler sur ses projets à lui», écrit Camille Robert (B.A. histoire, 2013; M.A. histoire, 2017). Dans son livre Toutes les femmes sont d'abord ménagères, l'étudiante au doctorat en histoire souhaite réinscrire au sein des luttes féministes les enjeux liés à la reproduction sociale. L'auteure propose une analyse historique des discours féministes sur le travail ménager, de 1968 à 1985, à travers trois avenues: la socialisation, le salaire au travail ménager et les réformes gouvernementales. Publié aux Éditions Somme toute.

Une nation imaginaire

Dans son essai Le Québec, une nation imaginaire, la professeure retraitée du Département de science politique Anne Legaré rassemble des textes sur la souveraineté du Québec qu'elle a publiés au cours de sa longue carrière. Revisités et commentés par l'auteure, ces écrits proposent des analyses portant, notamment, sur le rôle du fédéralisme dans la formation de l'identité, sur les conceptions de la nation caractéristiques d'un mouvement de libération moderne et sur l'influence des relations internationales du Québec sur les représentations identitaires de ses citoyens. Celle qui a été déléguée du Québec en Nouvelle-Angleterre et qui l'a représenté à New York et à Washington dans les années 1990 a vu se déployer des stratégies souverainistes toujours axées sur l'objectif électoral, condition juridique d'une avancée politique. «Cet objectif électoral, écrit Anne Legaré, a été le fer de lance de l'option souverainiste, passant à côté du fait que beaucoup de citoyens sensibles à l'objectif œuvraient dans des eaux plus sinueuses, demandant souvent (…) une conscience mieux éclairée et avouée des obstacles capable de renforcer la détermination. Le foyer de l'ardeur est du côté de la société civile, ai-je tant de fois répété.» Paru aux Presses de l'Université de Montréal. 

Séries télévisées

Objet de fascination et objet d'étude, la série télévisée serait devenue l'une des formes narratives qui raconte le mieux notre époque. En témoigne l'intérêt qu'elle suscite auprès d'un public hétérogène, dont font désormais partie les chercheurs universitaires. Publié sous la direction des chercheurs Marie-Christine Lambert-Perreault, doctorante en études littéraires, Élaine Després, coordonnatrice du Centre de recherche Figura, Jérôme-Olivier Allard et Simon Harel, de l'Université de Montréal, l'ouvrage Télé en séries traite de séries contemporaines américaines, québécoises, françaises ou britanniques et propose des analyses formelles, politiques, culturelles et philosophiques. D'abord développée aux États-Unis par des scénaristes inspirés par le milieu du théâtre, la fiction épisodique télévisuelle aurait connu jusqu'à présent trois âges d'or. Le troisième, débutant au tournant du millénaire avec la diffusion de la série The Sopranos (1999-2007) est celui qui intéresse les auteurs de l'ouvrage. Cette période est dominée par des diffuseurs spécialisés qui produisent et présentent de plus en plus de contenus originaux de qualité, d'abord de manière traditionnelle par le biais des chaînes câblées, puis sur Internet. Produit d'une culture industrielle ou œuvre d'art, la série télévisée est un objet pluriel, souvent à l'origine de discussions hebdomadaires autour de la machine à café. Paru chez XYZ éditeur.

Conservatisme américain

Depuis les élections de novembre 2016, la domination du Parti républicain aux États-Unis est écrasante. En plus d'avoir reconquis la Maison-Blanche avec la victoire de Donald Trump, le Grand Old Party jouit de la totalité du pouvoir politique dans 25 États, ainsi que d'un pouvoir partiel – gouverneurs ou chambres législatives – dans 20 autres. Les dernières élections ont-elles concrétisé l'avènement d'une ère conservatrice, comme l'imaginait l'ancien conseiller politique de George W. Bush, Karl Rove? Répondre à cette question oblige à la prudence. Si le mouvement conservateur domine intellectuellement le Parti républicain, il rassemble des sensibilités diverses qu'il est difficile d'unifier, comme l'ont démontré les divergences entre l'administration Trump et le Congrès sur l'abrogation d'Obamacare, sur la réforme de l'immigration ou sur les questions fiscales et budgétaires. Dix ans après la parution d'un premier ouvrage sur le conservatisme, des chercheurs de l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand revisitent le mouvement avec Le conservatisme à l'ère Trump. Sous la direction de Rafael Jacob et Julien Tourreille, cet ouvrage décrit comment le conservatisme a été façonné, comment il continue à être remodelé et quelle influence il peut avoir au sein de la plus puissante démocratie de la planète. Publié aux Presses de l'Université du Québec.

Chroniques d'ici

Journaliste à Radio-Canada depuis le début des années 2000, Émilie Dubreuil (M.A. études littéraires, 2001) a été chroniqueuse pour plusieurs médias dont MSN Canada, Voir et Urbania. L'humanité, ça sent fort regroupe ses différentes chroniques publiées entre 2011 et 2017. «Je travaille depuis que j'ai seize ans. J'ai vendu des cravates, j'ai été gardienne de parc, j'ai enseigné le français à des immigrants et à de petites filles hassidiques, j'ai servi des verres de blanc dans un restaurant branché, emballé des cadeaux de Noël. Je suis journaliste depuis dix ans, j'ai sorti de grosses histoires et couvert pas mal de tempêtes de neige», écrivait-elle en 2012. Avec humour et lucidité, elle porte un regard rempli de tendresse sur ses propres travers et ceux de ses contemporains.  Avec indignation ou ironie, elle se questionne énormément, notamment sur les causes de la fatigue culturelle du Québec et de l'endoctrinement religieux, sur la disparition des sacres québécois et du sexe chez tous ses amis pourtant en couples. Son amour de la langue française, du vaste territoire québécois et des gens qui y habitent est parfois déçu, amer, peiné ou résigné devant l'absurdité du quotidien. Pour notre plus grand bonheur, elle ne se défile jamais devant ses sentiments et sa plume charmante fait le reste. Paru aux Éditions Somme toute.

Les ouvriers de la révolution russe

Les historiens de la révolution russe ont souvent cantonné les ouvriers aux marges de leurs récits. On les a dépeints comme une force primitive et anarchique, que les bolcheviks – considérés comme les véritables instigateurs et vainqueurs d'Octobre – auraient été capables d'instrumentaliser et de manipuler à leur gré. Dans Les soviets de Petrograd: les travailleurs de Petrograd dans la révolution russe (février 1917-juin 1918), le professeur David Mandel, du Département de science politique, soutient plutôt la thèse selon laquelle les ouvriers ont constitué la force principale, le moteur de l'action dans la lutte pour le pouvoir, dotant le mouvement révolutionnaire d'une direction politique claire, d'une organisation et d'une grande part de ses participants actifs. «La participation des ouvriers dans la révolution s'explique mieux par une série de choix fondamentalement rationnels plutôt que comme le produit d'impulsions primaires ou le résultat d'une propagande démagogique», écrit-il. Son ouvrage propose une radiographie sociale et culturelle des ouvriers de Petrograd, fer de lance de la révolution. Il offre de nombreux témoignages des acteurs de l'époque, y compris ceux d'éléments hostiles à la révolution. La révolution des soviets, souligne-t-il, a ouvert un immense arc d'espérances dans le monde, avant que la contre-révolution stalinienne ne vienne la saccager et la détruire. Publié chez M éditeur.

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