Des antidépresseurs… pour le cœur!

Les antidépresseurs réduisent les risques de troubles cardiovasculaires, révèle une étude.

16 Octobre 2018 à 14H01

Photo: Getty Images

Le monde médical reconnaît depuis une vingtaine d'années la dépression comme étant l'un des facteurs de risque des troubles cardiovasculaires, au même titre que le tabac, l'obésité, l'hypertension, le diabète et la sédentarité. Plusieurs études ont démontré qu'un diagnostic de dépression après un infarctus, par exemple, augmente les risques de mortalité. En s'intéressant aux liens entre la prise d'antidépresseurs et la manifestation de troubles cardiovasculaires, la professeure Kim Lavoie, du Département de psychologie, a fait une découverte surprenante. «La prise d'antidépresseurs est associée à une réduction de 30 % du risque de manifester un problème cardiaque, incluant un infarctus mortel», révèle la chercheuse, qui vient de publier les résultats de son étude dans Health Psychology.

Ses recherches, amorcées alors qu'elle était doctorante, ont été réalisées à l'Institut de cardiologie de Montréal auprès d'un échantillon de 2385 patients, qui ont été suivis pendant presque 9 ans. «Nous avons effectué des entrevues lorsque ces patients se présentaient pour un test à l'effort, raconte la professeure Lavoie. Ce test est prescrit pour diagnostiquer les troubles cardiaques ou pour évaluer le cheminement des patients déjà suivis pour des troubles cardiovasculaires – post-infarctus, angioplastie/pontage, AVC, etc. La moitié de notre échantillon s'y soumettait à titre préventif, l'autre moitié à la suite d'un diagnostic cardiovasculaire.»

Kim Lavoie et ses collègues ont évalué le taux de dépression et ont noté, dossiers médicaux à l'appui, le nombre de patients prenant des antidépresseurs. Environ le quart de l'échantillon présentait des symptômes de trouble dépressif, 14 % des critères diagnostiques de dépression majeure et 8 % prenait des antidépresseurs. «Les raisons pour lesquelles les patients prenaient des antidépresseurs n'ont pas été contrôlées, précise la chercheuse. Certains antidépresseurs comme ceux qui nous intéressaient, soit les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine – commercialisés au Canada sous le nom de Paxil, Zoloft et Celexa – sont parfois prescrits pour d'autres troubles de l'humeur.»

Les résultats démontrent non seulement que les antidépresseurs ont un effet cardio-protecteur chez les patients, mais que cet effet est encore plus significatif chez les patients qui n'avaient pas de troubles cardiovasculaires connus au début de l'étude. «Pour cette partie de l'échantillon, la réduction des risques grimpe à 46 %», souligne la professeure Lavoie. L'une des explications avancées par la chercheuse pour expliquer ce bénéfice: les antidépresseurs ont, entre autres, des propriétés anticoagulantes.

Dépistage précoce

La chercheuse demeure prudente, soulignant qu'il ne s'agit pas d'une étude randomisée, que l'observance du traitement n'a pas été vérifiée ni les doses d'antidépresseur consommées par les patients. «Il n'en demeure pas moins qu'un lien significatif a été observé et qu'il faudrait considérer inclure le dépistage de la dépression de manière systématique chez tous les patients qui présentent des facteurs de risque liés aux troubles cardiovasculaires ou qui consultent en cardiologie, souligne-t-elle. Si on observe des symptômes dépressifs, ça vaut la peine de les traiter, non seulement pour la dépression comme telle, mais aussi pour les bénéfices sur la prévention des troubles cardiovasculaires!»

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