Nouvelles collaborations autochtones

Des étudiants et leurs enseignants du collège Kiuna étaient de passage à l'UQAM.

22 Janvier 2018 à 16H12

Une vingtaine d'étudiants et d'enseignants du collège Kiuna, le seul établissement collégial au Québec destiné aux Autochtones, étaient de passage à l'UQAM, le 18 janvier dernier.
Photo :Nathalie St-Pierre

Une vingtaine d'étudiants et d'enseignants du collège Kiuna, le seul établissement collégial au Québec destiné aux Autochtones, étaient de passage à l'UQAM, le 18 janvier dernier. Accueillis par le Groupe de recherche interdisciplinaire sur les affirmations autochtones contemporaines (GRIAAC), ils ont visité l'exposition Maria Hupfield. Celle qui continue de donner, présentée à la Galerie de l’UQAM jusqu'au 3 mars prochain. Issue de la nation Wasauksing de l’Ontario et vivant aujourd'hui à New York, Maria Hupfield est une artiste reconnue sur la scène de l'art contemporain.

«Cette visite visait à renforcer les liens entre le collège Kiuna et les étudiants autochtones et professeurs de l'UQAM», explique Jean-Philippe Uzel, directeur du Département d'histoire de l'art, qui codirige le GIAAC avec son collègue Laurent Jérôme, du Département de sciences des religions. «il y a parmi les étudiants autochtones de l'UQAM des diplômés du collège Kiuna, dont Terry Randy Awashish, de la nation atikamekw, président du Cercle des Première Nations de l'Université (CPNUQAM), souligne le professeur. Terry a d'ailleurs reçu l'an dernier le prix Manitou-Kiuna, décerné pour la première fois par le collège, afin de reconnaître la persévérance scolaire des étudiants autochtones.»

Fondé en 2011 et situé dans la réserve abénaquise d'Odanak, près de Trois-Rivières, le collège Kiuna est fréquenté par des jeunes issus de différentes communautés autochtones au Québec et aussi par des Allochtones. Il offre un programme en sciences humaines reconnu par le ministère de l'Enseignement supérieur. «Cette institution a été créée par le Conseil en éducation des Premières Nations et représente un modèle d'affirmation autochtone, note Jean-Philippe Uzel. Son programme se démarque par la place importante accordée à l'histoire et à la culture autochtone. L'un des enseignants de Kiuna, Guy Sioui Durand, le plus grand spécialiste au Québec de l'art moderne et contemporain autochtone, était présent et a animé la visite de l'exposition à la galerie.»

Intérêt pour les questions autochtones

De plus en plus de choses se font à l'UQAM autour des questions autochtones, observe le professeur. «L'an dernier, un groupe de travail sur la réconciliation avec les peuples des Premières Nations a été mis sur pied et un rapport sur l'intégration des étudiants autochtones à l'Université a été publié sous la direction de Laurent Jérôme. Lors de la rencontre avec les étudiants et enseignants de Kiuna, nous avons évoqué les collaborations actuelles et futures entre nos deux établissements, notamment le projet de créer l'équivalent du prix Manitou-Kiuna pour les étudiants autochtones de l'UQAM.»

Créé l'an dernier, le GRIAAC vise à fédérer les professeurs de l'UQAM qui, toutes disciplines confondues, s'intéressent aux questions autochtones. «Nous comptons actuellement une vingtaine de membres et voulons inclure des étudiants autochtones, dit Jean-Philippe Uzel. Nous préparons un colloque sur la délicate question de l'appropriation culturelle, qui se tiendra en mars prochain.»

Lancement du CIÉRA - Montréal

Créé en 2004 à l’Université Laval, le Centre interuniversitaire d’études et de recherches autochtones (CIERA), aussi présent à l'Université du Québec en Outaouais, dispose maintenant d'une antenne à Montréal, grâce à une subvention de 1 300 000 dollars du Fonds de recherche du Québec Société et culture - Regroupements stratégiques (2017-2023). Le CIÉRA-Montréal, dont le lancement a eu lieu le 22 janvier, compte 25 professeurs et étudiants autochtones de l'UQAM, tous membres du GRIAAC, ainsi que 7 professeurs de l'Université de Montréal. Dirigé par le professeur Laurent Jérôme, ses locaux sont situés à l’UQAM.

Le CIÉRA - Montréal octroiera des bourses aux étudiants autochtones et non-autochtones de l’UQAM, organisera des midis-conférences, coordonnera des événements scientifiques, diffusera Les Cahiers du CIÉRA et développera des projets de recherche avec des partenaires autochtones du Québec, du Canada et d’autres pays (Brésil, Colombie, Guyane française, etc.).

Pratiques artistiques issues de l'autochtonie et de la diversité

Jean-Philippe Uzel a dirigé l'étude «Pratiques professionnelles en arts visuels issues de l'autochtonie et de la diversité à Montréal», dont les résultats seront dévoilés le 30 janvier prochain, à la Maison du Conseil des arts de Montréal, en présence de diffuseurs, d'artistes et de travailleurs culturels autochtones et allochtones.

Fruit d'une entente entre l'UQAM et le Conseil des arts de Montréal, l'étude analyse la place des artistes autochtones et de ceux issus de la diversité dans le milieu de l'art contemporain à Montréal. «Il y a 20 ans à peine, ces artistes et leurs œuvres étaient invisibles, dit le professeur. Depuis, en particulier dans la foulée des travaux de la Commission Vérité et réconciliation, dont le rapport a été déposé en 2015, on observe une effervescence importante sur la scène artistique autochtone.»

Cela dit, bien que les artistes autochtones soient plus visibles, il reste que les musées et galeries d'art accueillent souvent les mêmes figures, dont la plupart proviennent de l'extérieur du Québec, souligne Jean-Philippe Uzel. «Le milieu de l'art contemporain au Québec demeure frileux et présente peu d'œuvres signées par des artistes émergents d'ici.»

L'art autochtone bouscule les catégories esthétiques établies. «L'art contemporain est issu des avant-gardes du début du 20e siècle, lesquelles se sont construites en faisant table rase du passé, note le chercheur. Or, les productions artistiques autochtones contemporaines – vidéos, installations – intègrent des éléments traditionnels – perlage, tissage, vanneries – ainsi que des références au passé, au présent et au futur.»

Jean-Philippe Uzel tient à distinguer les artistes autochtones et ceux de la diversité, qui rencontrent les mêmes difficultés à percer et à être reconnus par le milieu de l'art. «Pendant longtemps, on a inclus les Autochtones parmi les acteurs de la diversité, comme s'ils étaient de nouveaux arrivants, alors que la diversité renvoie aux minorités dites visibles et aux immigrants de première et deuxième générations. Les artistes autochtones nous disent: "Au fond, la diversité, c'est vous, nous, nous sommes là depuis des millénaires".»

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