Perfectionnement pédagogique

Hélène Meunier offre aux nouveaux enseignants des formations en pédagogie universitaire.

4 Septembre 2018 à 14H47

Hélène Meunier aborde, entre autres, l'élaboration d'un plan de cours, la planification de l'enseignement et de l'évaluation, la gestion de classe et le premier cours.Photo: Nathalie St-Pierre

La semaine précédant la rentrée est traditionnellement dédiée à l'accueil des nouveaux étudiants. La conseillère pédagogique Hélène Meunier, elle, accueille plutôt les nouveaux professeurs, maîtres de langue et chargés de cours. «Il y en a environ une cinquantaine  qui s'inscrivent à l'une ou l'autre des formations en pédagogie universitaire que nous offrons chaque année à la fin août», précise la spécialiste du Centre de formation en soutien à l'académique.

La majorité des enseignants universitaires n'ont pas reçu de formation en pédagogie, rappelle Hélène Meunier, qui enseigne depuis de nombreuses années à titre de chargée de cours au Programme court de deuxième cycle en pédagogie de l'enseignement supérieur. «Certains veulent s'outiller pour amorcer leur carrière du bon pied, d'autres souhaitent bonifier leurs pratiques, observe-t-elle. Il y en a aussi quelques-uns qui désirent corriger le tir après avoir reçu de mauvaises évaluations, ce qui est tout à leur honneur.»

Lors de notre passage dans sa classe, le 30 août dernier, il y avait six professeurs et neuf chargés de cours provenant de domaines variés – philosophie, histoire, éducation, communication, mode, marketing, ressources humaines, mathématiques et sciences de l'environnement. La plupart avaient moins d'un an d'expérience et tous sauf une s'apprêtaient à donner un cours au trimestre d'automne.

Le droit à l'erreur

Cette formation intensive d'une journée aborde, entre autres, l'élaboration d'un plan de cours, la planification de l'enseignement et de l'évaluation, la gestion de classe et le premier cours. La portion à laquelle nous avons assisté portait sur l'évaluation des apprentissages.

Les enseignants participent à une activité de carte conceptuelle.
Photo: Nathalie St-Pierre

D'entrée de jeu, Hélène Meunier invite ses «étudiants» à se réunir quelques minutes en duo ou en trio pour une activité de carte conceptuelle, au cours de laquelle ils doivent regrouper à leur guise une dizaine de concepts reliés à l'évaluation des apprentissages, tels que la justice, l'équité, la rigueur et la transparence.

L'enseignement, l'apprentissage et l'évaluation font partie d'un processus continu, rappelle Hélène Meunier. Elle attire l'attention des enseignants sur le droit à l'erreur. «Vous devriez inclure des activités où vos étudiants auront le loisir de se tromper et d'apprendre de leurs erreurs, dit-elle, car c'est ce qu'il y a de plus formateur.»

Les différentes formes d'évaluation

On s'attarde ensuite sur les différentes fonctions de l'évaluation: diagnostique («pour mieux connaître les acquis des étudiants en début de session», précise-t-elle), formative («des exercices ou des activités en classe pour vérifier au fur et à mesure si les étudiants ont saisi la matière, mais aussi pour vérifier si vous l'avez bien enseignée!»), sommative («où on évalue la performance en fonction de critères de réussite avec une note à la clé»), et certificative («c'est le moment où vous remettez la note finale de chaque étudiant au département, attestant de sa réussite ou non à votre cours»). Il faut penser aux quatre formes d'évaluation quand on prépare un cours, souligne Hélène Meunier.

«Un examen de mi-session ne devrait jamais compter pour 50 % de la note, car un étudiant en situation d'échec ne peut pratiquement plus se rattraper. »

Hélène Meunier

Conseillère pédagogique au Service de soutien académique

Dans le réseau collégial, les enseignants doivent avoir attribué 30 % de la note finale à la mi-session pour que l'étudiant soit en mesure de jauger sa compréhension de la matière et puisse réajuster le tir au besoin, précise la conseillère. «Ça me semble sage d'offrir cette possibilité aux étudiants, non?» Les jeunes enseignants acquiescent et prennent des notes! «Un examen de mi-session, en revanche, ne devrait jamais compter pour 50 % de la note, car un étudiant en situation d'échec ne peut pratiquement plus se rattraper.» 

Utiliser les travaux antérieurs

Par souci de transparence, la spécialiste conseille fortement aux enseignants de bien expliquer leur grille d'évaluation à leurs étudiants. «Vous pouvez même partager quelques bons travaux de vos anciens étudiants, suggère-t-elle. Je le fais souvent dans mes cours afin que les étudiants sachent quelles sont mes attentes. Les recherches ont démontré que les étudiants en contact avec des travaux antérieurs obtiennent de meilleures notes que ceux qui n'y ont pas accès.»

Faire relire ses questions d'examen

Tous les étudiants de la planète – ou presque! – ont sans doute vécu la situation suivante: devoir répondre à une question d'examen portant sur des notions que le professeur n'a pas abordées en classe. «Ce n'est pas juste et cela ne devrait pas se produire, rappelle Hélène Meunier. Vous n'êtes pas là pour piéger les étudiants. On enseigne ce qu'on évalue; on évalue ce qu'on a enseigné. C'est primordial.» La phrase, qui revient à quelques reprises comme un mantra, fait sourire les enseignants qui l'entonnent avec leur formatrice. «Puisque vous évaluez ce que vous avez enseigné, il ne devrait pas y avoir dans votre plan de cours de points alloués pour la présence en classe, poursuit celle-ci. En revanche, vous pouvez accorder des points pour une participation active.»

Plusieurs étudiants échouent aux examens parce que les questions sont mal formulées, affirme Hélène Meunier. «Je vous conseille de faire relire vos questions d'examen par un proche afin de vérifier si elles sont compréhensibles, suggère-t-elle. Vous pourriez être surpris de constater que vos formulations ne sont peut-être pas aussi claires que vous l'espériez et, si c'est le cas, vous pourrez les retravailler.»

«On enseigne ce qu'on évalue; on évalue ce qu'on a enseigné.
C'est primordial.»

La conseillère pédagogique suggère même aux enseignants de faire participer les étudiants à la création de questions d'examen durant la session. «Assurez-vous qu'ils rédigent les questions et les réponses, dit-elle en riant. C'est vraiment une bonne façon de vérifier les apprentissages en cours de route et vous pourrez choisir à l'examen une ou deux questions parmi celles qu'ils auront rédigées. Les étudiants adorent ça!»

Aucun examen ni aucune grille d'évaluation n'est parfait, rappelle-t-elle. «Vous ne pouvez pas faire passer le même examen pendant cinq ans, il faut le mettre à jour, réviser votre grille, actualiser le tout.»

Hélène Meunier conseille aux enseignants de préparer chaque cours de la session en notant les activités d'enseignement, les activités d'apprentissage et les activités d'évaluation à faire ainsi que le temps alloué à chacune. «Comment faire pour déterminer à l'avance le temps que je passerai sur chaque notion?», demande une participante. «Planifiez moins de contenu que trop, répond la spécialiste. De cette manière vous pourrez passer plus de temps sur certains aspects… et au pire le cours se terminera plus tôt. C'est moins frustrant que d'être à la course ou d'être forcé de déborder sur un autre cours.»

Une bonne astuce

Hélène Meunier partage avec les participants un truc qui peut changer l'ambiance d'une classe: «Arrêtez d'enseigner après 20 minutes, car il est prouvé que c'est la durée maximale d'attention des étudiants. Prenez une minute pour faire une pause d'apprentissage. Présentez une photo, une citation, lancez une question qui déborde du cadre de la matière, n'importe quoi pour que les étudiants se vident l'esprit et reviennent ensuite au cours.» La pertinence et l'efficacité de cette technique, précise-t-elle, ont été démontrées scientifiquement. «Est-ce que les questions des étudiants peuvent servir de pause d'apprentissage?», demande une participante. «Non, répond Hélène Meunier, car vous êtes encore dans la matière vue en classe. À moins que vous ne relanciez la question à l'ensemble de la classe et suscitiez une discussion qui permettra à chacun de refaire le plein de concentration!»

Hélène Meunier rappelle que l'objectif d'un cours réussi est d'atteindre ce que les spécialistes nomment l'alignement pédagogique. «C'est lorsqu'il y a une cohérence parfaite entre les apprentissages visés, les méthodes pédagogiques et les méthodes d'évaluation, explique-t-elle. Cette cohérence mène à tout coup à la réussite des étudiants.»

En cours d'année, la conseillère offre plusieurs formation et ateliers portant sur divers aspects de la pédagogie universitaire. «N'hésitez pas à vous y inscrire et à venir discuter de vos expériences», conclut-elle.

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