Pluie, verglas, neige

Julie Thériault teste en primeur nord-américaine un appareil mesurant le taux de précipitations.

16 Novembre 2018 à 11H48

Photo: Nathalie St-Pierre

Le mauvais temps automnal et hivernal est rarement propice aux réjouissances… sauf pour Julie Thériault. Cette spécialiste des précipitations hivernales, professeure au Département des sciences de la Terre et de l'atmosphère, teste depuis quelques semaines une nouvelle technologie mesurant les accumulations de précipitations. «Le Smart Rainfall System a été développé à l'Université de Gênes, en Italie, et c'est la première fois qu'il est testé en Amérique du Nord, explique-t-elle. Nous l'utiliserons pour la pluie, mais aussi pour la neige et le verglas, une première mondiale!»

Pour les besoins de ce projet pilote, Julie Thériault a installé une antenne parabolique conventionnelle parmi les instruments de la station météorologique de l'UQAM située sur le toit du pavillon Président-Kennedy. Celle-ci est orientée pour capter le signal émis par un satellite. «Nous connaissons la teneur du signal qui est envoyé en continu, explique la professeure. C'est notre référence de base. Lorsqu'il y a des précipitations, ce signal est atténué. Le Smart Rainfall System est une toute petite boîte qui convertit cette atténuation en taux de précipitations.»

L'antenne parabolique a été installée sur le toit du pavillon Président-Kennedy.Photo: Nathalie St-Pierre

Grâce au prix Canada-Italie pour l'Innovation 2018 décerné par l'Ambassade du Canada en Italie, Julie Thériault a pu accueillir au cours des deux dernières semaines son collègue chercheur Matteo Colli, de l'Université de Gênes, venu lui donner un coup de main pour tester le Smart Rainfall System. En Italie, l'instrument a permis de mesurer correctement certains épisodes de pluie, mais pas tous, précise-t-elle. «Nous tentons de comprendre pourquoi cela n'a pas fonctionné à tous les coups. Nous devons déterminer, entre autres, comment la grosseur des gouttes affecte l'atténuation du signal satellite afin que la conversion en taux de précipitations soit exacte.»

Les ingénieurs devront ensuite modifier le Smart Rainfall System pour mesurer la neige et le verglas, car les flocons et les cristaux de glace n'ont pas les mêmes propriétés que des gouttes d'eau sphériques, observe la chercheuse. «Ma contribution consiste à déterminer la variabilité de l'élévation de l'isotherme zéro degré, c'est-à-dire l'altitude minimale à laquelle la température atteint zéro degré Celsius. Connaître cette ligne de démarcation où la neige se transforme en pluie verglaçante ou en pluie aidera les ingénieurs dans leurs calculs pour modifier leur système.»

Un outil en temps réel

Julie Thériault a présenté le projet de recherche lors du Rendez-Vous Accélérer Montréal, organisé en octobre dernier par le Service du développement économique de la ville. «Il est essentiel d'améliorer la résolution spatiale et temporelle de la mesure des précipitations en milieu urbain», souligne-t-elle en rappelant que plusieurs événements extrêmes découlent ou sont grandement influencés par la quantité et le type de précipitations. Pensons à la tempête de verglas en 1998, à la tempête de neige qui a paralysé l'autoroute 13 à l'hiver 2017 ou aux inondations dévastatrices qui ont eu lieu dans la région de Montréal le printemps suivant. «Si les tests effectués avec le Smart Rainfall System – ou son équivalent modifié pour la neige et le verglas – s'avèrent concluants, la Ville pourrait profiter d'un système de prévisions en temps réel.»

Actuellement, moins d'une dizaine de jauges conventionnelles mesurent les précipitations sur les 18 kilomètres carrés du centre-ville. «Si on avait 4 paraboles par kilomètre carré, on aurait jusqu'à 72 mesures, dit la chercheuse. Cela permettrait de générer des cartes réellement précises.» Le tout pour un coût minime, ajoute-t-elle, car les antennes paraboliques ne valent pas très cher.

Encore mieux: Julie Thériault imagine l'installation du Smart Rainfall System dans chacun des arrondissements de la Ville. «Si on jumelait les prévisions d'Environnement Canada avec les nôtres, on aurait un portrait détaillé à la minute près de l'accumulation et du type de précipitations. On pourrait donc différencier rapidement la pluie verglaçante de la neige. Or, pour une ville, ces informations sont cruciales pour décider d'enclencher les opérations de déneigement ou de déglaçage», conclut-elle.

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