Premier doctorat en sexologie

Julie Beauchamp explore la participation sociale des aînés gais et lesbiennes.

12 Novembre 2018 à 11H24

La chargée de cours Julie Beauchamp.Photo: Nathalie St-Pierre

Les aînés gais et lesbiennes sont souvent associés à un segment invisible ou caché de la population vieillissante. Sont-ils plus susceptibles de vieillir seuls et de souffrir d'insécurité? «Certes, l'isolement et l'invisibilité sociale représentent des défis particuliers pour ces aînés, mais plusieurs se constituent des réseaux sociaux, s'impliquent dans des groupes communautaires, maintiennent des liens avec leur famille d'origine ou forment des familles choisies», répond Julie Beauchamp, chargée de cours au Département de sexologie.»

Julie Beauchamp est la première candidate du programme de doctorat en sexologie (créé en 2010) à avoir soutenu sa thèse. Intitulée «La participation sociale des aînés gais et lesbiennes: analyse des dimensions identitaire, relationnelle et sociale, et développement d'un outil d'intervention», celle-ci a été réalisée sous la direction de Line Chamberland, professeure au Département de sexologie et titulaire de la Chaire de recherche sur l'homophobie, et d'Hélène Carbonneau, professeure au Département d’études en loisir, culture et tourisme de l'Université du Québec à Trois-Rivières.

Un certain nombre de recherches ont été menées au Québec et au Canada anglais sur les expériences de vie des aînés gais et lesbiennes, mais la plupart restent silencieuses sur la participation sociale. «J'ai voulu explorer leurs expériences de vie sous l'angle de la participation sociale, identifier les facteurs facilitant ou limitant cette participation, et concevoir un outil d’intervention qui puisse la favoriser», explique la chargée de cours.

 L'invisibilité sociale des aînés gais et lesbiennes a pour conséquence l'ignorance ou le déni de leurs besoins qui, bien que semblables à ceux des autres aînés, peuvent parfois s'exprimer d'une manière différente. «L'invisibilité s'explique, notamment, par la stigmatisation et la discrimination, par l'occultation, en général, de la sexualité des personnes âgées, ou encore par le fait de vivre dans le placard, souligne Julie Beauchamp. Les aînés gais et lesbiennes ont évolué dans un contexte sociohistorique où leur orientation sexuelle était perçue comme immorale ou comme une maladie. Cet environnement hostile a amené plusieurs d'entre eux à ne pas divulguer leur orientation sexuelle.»  

Une recherche en trois phases

La première phase de la recherche consistait en une série d'entrevues avec 22 aînés gais et lesbiennes âgés de 60 ans et plus, à la retraite ou ne travaillant pas depuis un an et habitant dans la région métropolitaine de Montréal.. Certaines personnes étaient célibataires, d'autres avaient un/une partenaire. La seconde phase concernait la conception d'un outil d'intervention sous la forme d'un atelier sur la participation sociale, en collaboration avec un comité consultatif composé de représentants de divers organismes, dont des groupes communautaires issus de la communauté LGBTQ. La troisième visait à créer l'atelier et à le mettre à l'essai auprès de sept aînés gais et lesbiennes.

Les entrevues abordaient, notamment, le processus de divulgation de l'orientation sexuelle, les relations avec la famille, les amis, le voisinage et, enfin, la participation à des réseaux communautaires. La majorité des participants ont déclaré avoir des relations harmonieuses avec leur famille d'origine et leurs amis. «Pour ceux et celles qui étaient en couple, leur partenaire constituait une source importante de soutien, remarque la chargée de cours. Pour d'autres, la "famille choisie", soit l'entourage immédiat composé d’amis avec lesquels existe une proximité émotionnelle, occupait une place particulière. Plusieurs ont enfin relevé l'importance d'avoir des espaces de socialisation, de pouvoir y partager leurs expériences et d'y voir reconnaître leur orientation sexuelle.»

Un pouvoir d'agir

Les entrevues ont conduit à la construction de l'atelier sur la participation sociale, baptisé «Générer des réseaux et développer le pouvoir d'agir». Cet atelier vise à favoriser le partage de la richesse des parcours de vie des participants ainsi que leur empowerment.   

«Malgré des expériences passées de discrimination, les aînés gais et lesbiennes qui ont participé à la recherche possèdent un pouvoir d'agir et l'expriment, observe Julie Beauchamp. Conscients d'avoir contribué à la reconnaissance des droits des personnes non hétérosexuelles dans la société québécoise, ils ont aussi développé un réseau social diversifié, en dépit des deuils de partenaires ou d'amis.»

Le portrait n'est donc pas noir, mais beaucoup de travail reste à accomplir pour favoriser l'inclusion des personnes issues de la diversité sexuelle, insiste la chargée de cours. «On note des signes d'ouverture, dit-elle, mais on doit veiller à ce que davantage d’organismes adoptent des politiques et des services inclusifs dans le cadre de leur mission »

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Commentaires

Félicitations à Julie pour sa réussite académique et pour être la dernière brique de ce merveilleux édifice long et parfois très difficile à construire. Pour en arriver à cette réalisation unique dans le monde, cela aura pris 49 ans d'histoire de la sexologie uqamienne, fleuron du développement de l'UQAM, et un des résultats les plus significatifs de la Révolution tranquille, même si cela a été généralement oublié. Cela prouve bien que le Québec n'est pas seulement une province différente mais bien une société distincte. Bravo aux différents départements de sexologie pour avoir réussi cela.