Infrastructures et enjeux sociaux

Le Consortium international de recherche KHEOPS sur la gouvernance des grands projets d'infrastructure tient son premier sommet.

4 Septembre 2018 à 14H38

Les travaux du nouveau pont Champlain font partie des grands projets d'infrastructure au Québec. Photo: Infrastructure Canada

Près d'un an après son lancement officiel, le Consortium international de recherche  KHEOPS sur la gouvernance des grands projets d'infrastructure organise son premier Sommet, le 12 septembre prochain, au Cœur des sciences. Consacré à l'intégration des enjeux sociaux dans la gouvernance de ce type de projets, l'événement se déroulera en présence du scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion, et réunira plus d'une cinquantaine de décideurs et de gestionnaires ainsi que des chercheurs.

«Le Sommet se veut avant tout un espace de travail où des chercheurs et des représentants de l'écosystème des infrastructures échangeront sur des projets de recherche, en cours et à venir, associés à la thématique de la rencontre», explique Nathalie Drouin, professeure au Département de management et technologie de l'ESG UQAM et directrice de KHEOPS.

Les ateliers aborderont trois sujets: l’intégration des bénéfices non financiers tout au long du cycle de vie des grands projets d'infrastructure; la santé des populations et des travailleurs de l’industrie en lien avec le développement durable et responsable des infrastructures; et, enfin, la planification urbaine et les infrastructures de transport électrique autonome.

Selon Nathalie Drouin, la réflexion au Québec sur l'intégration des enjeux sociaux en matière de gouvernance des infrastructures en est encore à ses débuts. «Ces enjeux vont bien au-delà de la gestion des projets, de leurs coûts et de leurs échéanciers, souligne la professeure. Ils renvoient, notamment, à la sécurité dans la mise en place des infrastructures, à la transparence dans la prise de décision, à l'implication des parties prenantes et aux préoccupations environnementales dans un contexte de changements climatiques. Les installations d’envergure, qu'il s'agisse du domaine du transport, de l'immobilier, de l'éducation ou de l'énergie, ont un impact non seulement sur la prospérité économique, mais aussi sur le bien-être et la qualité de vie des communautés.»

Bénéfices non financiers

Les pressions se font de plus en plus fortes pour que les bénéfices non financiers soient reconnus tout au long du cycle de vie des grands projets d’infrastructure. La professeure du Département des sciences comptables Marie-Andrée Caron, en collaboration avec Nathalie Drouin, dirige un projet visant à concevoir un guide des meilleures pratiques pour l’intégration de ces bénéfices. Les deux chercheuses présenteront les résultats d’une revue de littérature, laquelle leur a permis de réaliser  un inventaire des bénéfices non financiers ainsi qu'une typologie des approches d’intégration, en fonction des modèles de gestion de projet existants. «Ma collègue Marie-Andrée Caron et moi-même avons identifié des modèles théoriques sur le plan du développement durable et de l'acceptabilité sociale ainsi que des exemples pratiques», note la professeure.

«L'objectif est de tester cette approche auprès des participants au sommet et de les inviter à s'engager dans cette voie en collaborant avec les chercheurs», ajoute Alexandra Prohet, directrice adjointe de KHEOPS.

Infrastructures et santé

Doctorante en études et pratiques des arts et professeure à l'Université Concordia depuis juillet dernier, Alice Jarry (M.A. arts visuels, 2015) abordera le thème de la santé et des infrastructures sous l'angle de l’exploitation des ressources pour la production de matériaux de construction. Alors que le verre, au Québec, est «décyclé» en produits post-consommation dédiés aux infrastructures (additifs pour le béton et l’asphalte, abrasifs, isolants), la doctorante parlera du «surcyclage» (upcycling) du verre, une méthode de revalorisation créative des matériaux usés, qui mise sur leurs qualités intrinsèques afin d’en rehausser la valeur et d’en explorer les potentialités. Son processus de recherche-création, issu d’un travail dans des usines de recyclage, participe d’une réflexion critique sur l’impact socio-environnemental du verre, notamment en ce qui concerne la santé des populations et des travailleurs de l’industrie de la construction.

«L'artiste Alice Jarry viendra bousculer nos habitudes de pensée», observe Nathalie Drouin. «Sa présentation, qui sort des sentiers battus, suscite déjà beaucoup d'intérêt auprès des acteurs de l'industrie qui seront présents à la rencontre», poursuit Alexandra Prohet.

De nombreux partenaires

Le Sommet accueillera des représentants des nombreux partenaires de KHEOPS: le Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG); le Centre interdisciplinaire de recherche en opérationnalisation du développement durable (CIRODD); le Centre interuniversitaire de recherche sur les réseaux d'entreprise, la logistique et le transport (CIRRELT); le Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH); l'ESG UQAM; HEXAGRAM UQAM; et les trois Fonds de recherche du Québec (Nature et technologies, Société et culture et Santé).

Transport électrique

Les véhicules électriques autonomes peuvent contribuer à la réduction de la pollution et à l’efficacité de la circulation. L’utilisation accrue de ce type de véhicules pourrait avoir une incidence majeure sur notre manière de nous déplacer et sur la planification urbaine. «Le transport électrique, qui fait partie des thèmes de la campagne électorale au Québec, doit générer une réflexion en profondeur, soutient Nathalie Drouin. Nos infrastructures actuelles peuvent-elles supporter l'électrification des transports, qu'il s'agisse de véhicules individuels ou collectifs?» La possibilité de développer un transport autonome soulève aussi des questions, observe Alexandra Prohet. «Au-delà des défis technologiques, quels types de routes faudra-t-il construire? Comment assurer la sécurité des passagers et des piétons?»

Le Sommet se conclura avec le vernissage de l'exposition Dust Agitator Serie, d'Alice Jarry. Présentée du 12 au 15 septembre à la Chaufferie du Cœur des sciences, l'exposition propose de nouvelles expériences de la matérialité dans le champ de l’art numérique. Trois installations, issues des travaux recherche-création de la doctorante, explorent les processus de fabrication et les technologies de transformation du verre: extraction du matériau, utilisation pour les infrastructures des granulats de verre recyclé, poussière résiduelle nocive produite par les usines de recyclage, etc.

«Notre événement n'est que le premier pas vers une collaboration accrue entre les chercheurs universitaires et les acteurs du milieu, laquelle permettra de baliser de nouvelles pistes de recherches», conclut Alexandra Prohet.

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