Une école pour le quartier

Des chercheurs collaborent à un projet d'école primaire inclusive dans le Faubourg Saint-Laurent.

4 Juin 2018 à 15H36

Ce qui est ressorti des rencontres avec les parents, c'est le désir d'une école inclusive, qui ferait place à la diversité des cultures et des besoins des enfants. Photo: Nathalie St-Pierre

Au cours des cinq dernières années, la croissance de la population dans le faubourg Saint-Laurent, quartier où se trouve l'UQAM, a été de 12%! Mais dans ce quartier où les immeubles à condos poussent comme des champignons, attirant les jeunes professionnels, il n'y a pas d'école. Les familles n'ont pas d'autre choix, quand leurs enfants arrivent à l'âge scolaire, que de les envoyer à l'école dans d'autres secteurs de la ville. Cela ne favorise pas la vie de quartier. Pour attirer et retenir les familles, la Table de concertation du faubourg Saint-Laurent (TCFSL) a donc mis de l'avant le projet d'implanter une école. Et, pour mettre toutes les chances du côté de ce projet stimulant, elle a demandé l'aide de l'UQAM.

C'est ainsi que le professeur du Département d'éducation et formation spécialisées Jean Horvais, aidé de ses collègues Marie-Pierre Fortier et Jean Bélanger, s'est joint à l'aventure dans le cadre d'un projet PAFARC soutenu par le Service aux collectivités. «Je considère qu'en tant qu'institution phare dans le quartier, l'UQAM avait le devoir de répondre à cette demande», dit Jean Horvais, qui est d'autant plus heureux de s'engager dans cette initiative qu'il habite le quartier («même si je n'ai pas d'enfants en âge scolaire, je suis sensible à la réalité des parents de mon voisinage», dit-il) et que la question de l'éducation inclusive est au cœur de son travail de chercheur.

« Je considère qu'en tant qu'institution phare dans le quartier, l'UQAM avait le devoir de répondre à cette demande.»

Jean Horvais,

Professeur au Département d'éducation et formation spécialisées

Une école idéale

Déjà, des rencontres ont eu lieu avec des familles du quartier, qui ont exprimé leurs souhaits par rapport à ce projet. «Ce sont de jeunes parents et ils ont tous en tête une école idéale, où les enfants réussissent et où ils sont heureux», dit le professeur. Ce qui est ressorti de ces rencontres, selon lui, c'est aussi le désir d'une école inclusive, qui ferait place à la diversité des cultures et des besoins des enfants. «Il y a des enfants qui ont des besoins particuliers ou des limitations, souligne Jean Horvais. Quand on parle d'école inclusive, c'est un aspect important à prendre en considération.»

Si la construction de condos a amené une certaine gentrification du quartier, il reste que la moitié des familles du faubourg Saint-Laurent vit sous le seuil du faible revenu. Ce secteur délimité par les rues Amherst, Sherbrooke, Viger et Robert-Bourassa, qui comprend à la fois le Quartier des spectacles, le Quartier chinois, le Quartier latin et le complexe de HLM des Habitations Jeanne-Mance, est aussi caractérisé par une présence importante de familles immigrantes: 65,7% de toutes les familles avec enfants de 0-17 ans sont issues de l'immigration.

La Table de concertation du Faubourg Saint-Laurent (TCFSL) a été fondée en 1995 avec l'objectif de réduire les tensions entre les différentes populations qui fréquentent le faubourg. Depuis, elle s'est dotée d'objectifs plus larges en développement social local. Le projet d'école en fait partie.

Des défis particuliers

Au centre-ville, où se côtoient différentes populations, où le bâti est dense et où l'espace coûte cher, un projet d'implantation d'école soulève des défis particuliers. Quelles sont les contraintes physiques? Quels sont les modèles d'école urbaine inspirants? Peut-on envisager une mixité d'usages? Dans un premier temps, les chercheurs se consacreront à une revue de la littérature sur les démarches menant à la mise sur pied d'une école inclusive. «Nous nous sommes dit que nous n'allions pas réinventer la roue et que nous allions commencer par aller voir ce qui s'est fait ailleurs, note Jean Horvais. Par la suite, nous pourrons faire des propositions en fonction du milieu local.»

L'analyse portera autant sur l'architecture (comment l'architecture est-elle planifiée pour être au service des besoins des élèves?), sur l'organisation (ressources, organisation du travail, horaires) et sur les facteurs sociaux (qui fréquente l'école, dans quelle mesure la communauté est-elle impliquée?) que sur les aspects pédagogiques.

Le professeur se réjouit de l'implication des parents dans le comité formé par la TCFSL. «Si l'on veut que l'école ait une dimension communautaire, il faut que les citoyens, y compris ceux qui ne sont pas parents, se sentent concernés par le projet», mentionne-t-il.

« On parle de plus en plus de société inclusive. Mais comment une société peut-elle être inclusive si l'école ne l'est pas? »

Jean Horvais est un ardent défenseur de l'école inclusive. «On parle de plus en plus de société inclusive. Mais comment une société peut-elle être inclusive si l'école ne l'est pas?» demande-t-il. Pour lui, une école inclusive, cela signifie que tous les enfants qui habitent un territoire doivent pouvoir y satisfaire leurs besoins éducatifs. «C'est un renversement de notre façon traditionnelle de voir les choses, dit-il. Auparavant, on se demandait comment rendre l'enfant suffisamment conforme pour qu'il s'intègre à l'école. C'était une perspective d'intégration. Aujourd'hui, on pense que c'est à l'école de s'adapter à la diversité des élèves… avec les moyens nécessaires, bien sûr.»

L'UQAM peut jouer un rôle important en fournissant à la communauté l'information et la recherche dont elle a besoin pour faire avancer ses projets, insiste Jean Horvais. Il espère que grâce à son aide et à celle de ses collègues, le projet d'école primaire communautaire et inclusive de la TCFSL pourra se concrétiser dans un avenir prochain. La remise de leur rapport est prévue pour l'automne.

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