Regards itinérants

Trois courts métrages réalisés dans un atelier de photo offert à la Mission Old Brewery font voir la ville autrement.

20 Décembre 2018 à 11H10, mis à jour le 20 Décembre 2018 à 14H30

Les films ont été montés à partir des images captées par les itinérants lors de leurs déambulations à travers la ville.Photo: Atelier Investir la Ville autrement

Depuis l'automne 2017, trois groupes d'itinérants qui fréquentent la Mission Old Brewery ont participé aux ateliers Investir la ville autrement, offerts par l'artiste Yannick Guéguen dans le cadre d'un projet de recherche subventionné par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH). On leur prêtait une caméra et on leur demandait de faire des photos lors de leurs déambulations à travers la ville. Tous les mardis, ils se rencontraient, discutaient et travaillaient sur un projet de court métrage réalisé à partir de leurs images. Ils ont contribué au montage, aux textes et prêté leurs voix à la bande sonore. Le troisième film, Ville de partage, a été lancé le 11 décembre dernier.

Comme dans les deux premiers courts métrages, Symphonie underground et Ma ville c'est, les images captées par les participants donnent à voir la ville dans un montage kaléidoscopique qui la révèle à la fois familière et différente. Les lieux sont ceux que l'on imagine faire partie du parcours des itinérants: le Vieux-Montréal, les abords du Palais des congrès, le quartier chinois, le campus de l'UQAM, le boulevard Saint-Laurent, le métro et ses couloirs. À travers les détails photographiés par les participants de l'atelier, on plonge dans leur regard de nomades urbains et on redécouvre avec eux ces endroits qu'on ne voit plus.

La possibilité de s'exprimer par la photo, le simple fait de se rencontrer une fois par semaine et de travailler en équipe, le sentiment d'avoir un ancrage dans la ville, tout cela agit comme un baume pour les itinérants qui ont participé au projet. On le sent en visionnant leurs films, mais on peut aussi lire leurs témoignages recueillis dans le cadre d'un article publié par le quotidien Le Devoir lors du lancement du troisième court métrage.

«Nous croyons que l'art contribue au rétablissement et à l'insertion sociale des personnes marginalisées», affirme Mona Trudel, titulaire de la Chaire et professeure à l'École des arts visuels et médiatiques.  Ces ateliers font d'ailleurs partie d'une recherche sur le sujet menée en collaboration avec le Département de psychiatrie et le Service de médecine des toxicomanies du CHUM. Cette recherche comporte trois autres volets, qui mettent à contribution la musique, le théâtre et la danse, en collaboration avec d'autres artistes et chercheuses de la Faculté des arts.

Les courts métrages réalisés dans le cadre des ateliers Investir la ville autrement sont empreints de poésie. Les voix, qui mêlent l'arabe, l'anglais, le portugais et d'autres langues au français, laissent deviner que le visage multiculturel de Montréal est aussi celui de ses itinérants. Aux textes écrits par les participants s'ajoutent des extraits de Speak white, le poème de Michèle Lalonde. Dans les images que les itinérants ont composées se retrouvent de nombreuses évocations artistiques: la fontaine de Riopel, un bas-relief ou un élément architectural, des œuvres vues au Musée McCord, à la Galerie de l'UQAM ou dans le métro, à l'occasion d'une exposition d'Art souterrain.

Pour nombre de participants, c'est un premier contact avec l'art. «Merci de croire que l'on peut s'intéresser à l'art, a dit l'un d'eux lors d'un atelier. L'art, ça me nourrit, ça élève l'âme.» Souvent, confie Mona Trudel, les personnes qui participent aux ateliers ne veulent plus s'arrêter. L'art crée de la dépendance!

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