Faciliter l'intégration des Maghrébins

Une étude s'intéresse au rôle des réseaux sociaux dans leur intégration socioculturelle.

8 Février 2018 à 8H47

En 2010, la communauté algérienne à Montréal manifeste sa joie alors que l'Algérie accède à la phase finale de la Coupe du monde de soccer pour la première fois depuis 1986. Photo: Dom Bernier

Lors du recensement de 2011, le Québec comptait près de 136 000 personnes d'origine maghrébine, concentrées principalement dans la région de Montréal. Environ 80 % des membres de cette communauté sont de religion musulmane, alors que 6,8 % sont de religion juive et 9,7% affirment n’avoir aucune appartenance religieuse. La plupart d'entre eux (70 %) sont nés à l’étranger et 28,7 % sont nées au Canada.

Qui sont les gens avec qui ils socialisent?  Avec quelles personnes partagent-ils leurs intérêts et leurs préoccupations? Dans quelle mesure développent-ils un sentiment d'appartenance à la société d'accueil?  Comment parviennent-ils à concilier leur identité culturelle et l'identité québécoise? Ces questions sont au centre d'une étude menée par la professeure du Département de psychologie Marina Doucerain, directrice du Laboratoire Culture, Identité et Langue (CIEL). Financée par le Fonds de recherche du Québec – Société et culture, l'étude vise, notamment, à comprendre le rôle positif joué par les réseaux sociaux – famille, amis, relations interpersonnelles en général – dans l'intégration sociale et culturelle des immigrants originaires du Maghreb.

«La majorité des Maghrébins qui viennent s'établir au Québec parlent déjà le français, ce qui facilite leur intégration, dit Marina Doucerain. Par contre, les Maghrébins musulmans sont souvent confrontés à des formes de discrimination et d'animosité. À l'instar d'autres immigrants, ceux qui sont très scolarisés et qui possèdent un niveau de qualification élevé peinent à trouver un emploi qui corresponde à leur domaine de compétence.»

Plusieurs éprouvent également des sentiments d'isolement et de solitude, poursuit la chercheuse. «On a tendance à croire que les immigrants développent des liens uniquement avec des gens qui partagent la même culture, engendrant ainsi une forme de repli communautaire.» La réalité serait plus complexe, soutient Marina Doucerain . «Au début du processus d'intégration, les immigrants d'origine maghrébine utilisent principalement leur réseau familial, qui leur offre un soutien social et des ressources vers lesquelles ils peuvent se tourner. Nous avons aussi observé qu'ils nouaient des liens avec des gens provenant d'autres régions, d'Amérique du Sud et d'Europe de l'Est, par exemple. Les Maghrébins partagent avec eux une la même condition d'immigrant et des défis semblables en matière d'intégration.»

Plusieurs Maghrébins manifestent une volonté de tisser des liens avec la population locale. «L'important n'est pas la quantité de connaissances ou d'amis, note la professeure. Un ou deux contacts de qualité sont parfois suffisants. Ils constituent une porte d'entrée qui permet ensuite d'intégrer un réseau social élargi.»

Recruter des participants

Jusqu'à présent, une cinquantaine de personnes ont participé à l'étude. «Nous cherchons à  recruter une centaine de nouveaux participants: des femmes et des hommes âgés de 18 ans et plus, nés au Maroc, en Algérie ou en Tunisie et qui résident actuellement au Canada.» L'équipe de recherche de Marina Doucerain a d'abord réalisé de brèves entrevues avec les participants et leur a soumis un questionnaire sur les personnes faisant partie de leur réseau social: langue parlée, culture, niveau de proximité, etc. «Dans une seconde étape, nous ferons des entrevues plus en profondeur pour connaître les parcours de vie des immigrants maghrébins, avant et après leur arrivée au Québec», explique la professeure.

Les personnes intéressées à participer à l'étude sont invitées à contacter le Laboratoire Culture, Identité et Langue.

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