Robert, Larousse et compagnie

Les dictionnaires font toujours partie de la trousse d'outils des enseignantes, mais ils sont sous-utilisés.

17 Septembre 2018 à 11H20

Photo: Getty Images

Savoir se servir d'un dictionnaire est l'une des habiletés que les élèves du primaire et du secondaire doivent développer durant leur scolarité selon les programmes ministériels. «Le dictionnaire joue un rôle dans le développement du vocabulaire et c'est un allié du processus d'écriture», confirme la professeure du Département de didactique des langues Ophélie Tremblay. Celle-ci vient de conclure un projet de recherche sur les pratiques d'utilisation des dictionnaires papier et électronique dans les classes du primaire et du secondaire en français langue première au Québec, pour lequel elle a bénéficié d'une subvention du programme Établissement de nouveaux professeurs-chercheurs du Fonds de recherche du Québec - Société et culture. Sa collègue Isabelle Plante, du Département d'éducation et formation spécialisées, et la doctorante en éducation Catherine Fréchette-Simard ont participé à cette étude.

Ophélie Tremblay a sondé 300 enseignantes provenant de toutes les régions du Québec. La moitié de son échantillon était composé d'enseignantes du troisième cycle du primaire, et l'autre moitié d'enseignantes de français au premier et au deuxième cycle du secondaire.

La chercheuse a d'abord voulu connaître les attitudes des enseignantes par rapport au dictionnaire. Aiment-elles travailler avec cet outil? Se sentent-elles compétentes avec un dictionnaire? Quelles valeurs lui accordent-elles pour enseigner la langue? «Nous savons qu'il existe un lien entre le rapport affectif envers un objet d'enseignement – et son utilisation sur une base personnelle – et les pratiques pédagogiques déployées en classe avec cet objet, souligne-t-elle. C'est pourquoi nous voulions savoir quels sont les ouvrages, papiers et électroniques, dont disposent les enseignantes à la maison, puis lesquels elles utilisent en classe.» La comparaison entre les pratiques au primaire et au secondaire faisait également partie des objectifs de la recherche. «Le portrait que nous avons obtenu servira à élaborer des recommandations, entre autres sur les besoins de formation des enseignantes», précise Ophélie Tremblay.

L'utilisation personnelle

Le premier constat est positif: les enseignantes du primaire et du secondaire entretiennent des sentiments positifs envers les dictionnaires. Elles déclarent se sentir compétentes dans l'enseignement de l'utilisation du dictionnaire à leurs élèves et elles estiment qu'il s'agit d'un outil précieux pour développer la compétence à écrire.

À la maison, les enseignantes du primaire comme du secondaire possèdent plus d'un dictionnaire. Le Larousse illustré est le plus populaire auprès des enseignantes du primaire, tandis que les enseignantes du secondaire préfèrent le Multidictionnaire (premier cycle) et le Petit Robert (deuxième cycle). «Nous avons été étonnées de constater que plus du tiers des enseignantes ne possèdent aucun dictionnaire électronique. Antidote, le plus connu des dictionnaires électroniques au Québec, n'est possédé que par 46, 1 % (primaire), 47,9 % (secondaire cycle 1) et 42,3 % (secondaire cycle 2) des enseignantes.»

L'utilisation en classe

Les élèves du primaire et du secondaire disposent en moyenne d'un dictionnaire chacun – 1,41 dictionnaire par élève au primaire, 1,22 et 1,36 aux deux cycles du secondaire. «Nous sommes rassurées sur l'accès aux ressources et sur le fait que les ouvrages sont variés», note Ophélie Tremblay. Dans les classes du primaire et du secondaire, c'est le Petit Larousse illustré que l'on retrouve surtout, ainsi que le Robert illustré. Le Multidictionnaire et le dictionnaire Dixel sont surtout utilisés au secondaire. «Les dictionnaires accessibles en classe sont relativement vieillots, nuance toutefois la chercheuse. À peine un tiers a été publié dans les cinq dernières années.»

Ophélie TremblayPhoto: Émilie Tournevache

L'étude révèle aussi qu'il y a peu de moments consacrés explicitement au maniement du dictionnaire. «Plusieurs enseignantes affirment enseigner les rudiments des dictionnaires en début d'année, puis on n'y revient plus», déplore la chercheuse. Elles abordent notamment la structure et le code (comment les dictionnaires sont construits, ce qu'ils contiennent), les besoins de la recherche (comment choisir le bon dictionnaire selon les objectifs poursuivis), et les habiletés de recherche.

En cours d'année, le dictionnaire est davantage utilisé en contexte de rédaction qu'en contexte de lecture, autant au primaire qu'au secondaire. «Il sert le plus souvent à vérifier l'orthographe des mots. Pour la spécialiste que je suis, c'est une sous-utilisation de l'outil!», note en riant Ophélie Tremblay.

La création de capsules

La professeure fut agréablement surprise par le rapport positif des enseignantes aux dictionnaires, et cela même si 96 % des participantes ont déclaré n'avoir jamais suivi de formation sur le sujet. «Cela signifie que nous avons un terreau réceptif à des mesures de formation, note la spécialiste. Nous n'avons pas besoin de les convaincre de la valeur de l'outil, mais plutôt de leur faire la démonstration des éléments intéressants à enseigner à son sujet.»

Ophélie Tremblay aimerait créer des capsules vidéo portant sur différents éléments liés à l'utilisation des dictionnaires en classe. «L'objectif serait de donner le goût aux enseignantes d'explorer davantage le maniement du dictionnaire avec leurs élèves, en s'attardant à des fonctionnalités moins connues, comme les cooccurrences ou les familles de mots», mentionne-t-elle. La création d'un site web pour héberger ces capsules fait d'ailleurs partie de la suite du projet.

Antidote

Ophélie Tremblay a été étonnée que les dictionnaires électroniques ne soient pas plus accessibles dans les salles de classe. L'étude indique que moins de 50 % des classes ont accès à Antidote, se désole la chercheuse. «Ce sont souvent des enseignantes qui possèdent le logiciel à titre personnel et qui l'utilisent avec le tableau blanc interactif», précise-t-elle.

La chercheuse estime qu'il faudrait allouer des budgets pour permettre aux écoles d'acheter des licences institutionnelles et mieux former les enseignantes au contenu et aux usages d'Antidote. «C'est un logiciel incontournable, un dictionnaire qui fait une description très fine du français québécois, qui offrent plusieurs ressources lexicales et des fonctions de révisions très élaborées. Bref, c'est un outil qui devrait être enseigné.»

Une étudiante codirigée par Ophélie Tremblay a amorcé une phase d'entrevues qualitatives pour connaître davantage les pratiques en classe avec les dictionnaires. «Elle s'intéresse aux enseignantes qui ont déclaré utiliser le dictionnaire électronique, alors nous creuserons un peu plus ce filon», se réjouit la professeure.

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