Les robots font-ils l'amour?

Angela Konrad met en scène un colloque fictif sur l'intelligence artificielle et le transhumanisme.

26 Février 2018 à 16H24

Illustration: Julien Blais

Est-il possible d'imaginer un monde peuplé d'êtres humains plus forts, plus intelligents et dont l'espérance de vie serait infinie? C'est le sujet de la nouvelle pièce Les robots font-ils l'amour?, écrite et mise en scène par la professeure de l'École supérieure de théâtre Angela Konrad, qui prend l'affiche à l'Usine C du 27 février au 10 mars. La pièce est une adaptation théâtrale d'un essai scientifico-philosophique de Laurent Alexandre et Jean-Michel Besnier qui traite du transhumanisme et de l'impact de l'intelligence artificielle sur nos vies.

«En lisant l'ouvrage, paru chez Dunod en 2016, j'ai pris conscience de mon ignorance des enjeux associés à l'intelligence artificielle et à l'explosion des nanotechnologies, raconte Angela Konrad. Cela m'a donné envie de partager avec le public les connaissances véhiculées par cet essai.» Ce dernier relate une discussion sur fond de désaccord entre un médecin- entrepreneur et un philosophe spécialiste des nouvelles technologies. Tous deux confrontent leurs idées à propos de l’explosion des NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique et cognitique), qui révolutionne la vie humaine.

Angela Konrad a imaginé un colloque fictif réunissant des chercheurs – une primatologue bioconservatrice et une transhumaniste ayant épousé son robot – et un artiste cyborg. Tous trois débattent de découvertes scientifiques réelles, tout en affichant leurs vulnérabilités. «Mon défi consistait à théâtraliser et à vulgariser un discours scientifique, tout en divertissant le public», dit la femme de théâtre, qui a aussi introduit dans le spectacle la figure du poète allemand Rainer Maria Rilke, auteur du Livre de la pauvreté et de la mort.

Transmutations

En marge du spectacle théâtral, Angela Konrad organise et anime trois rencontres au café de l'Usine C, qui réuniront des chercheurs, des philosophes et des artistes autour de la thématique des transmutations.

Le premier rendez-vous aura lieu le 10 mars, à 13h 30. Deux chercheurs de l'Université de Montréal, le philosophe Martin Gibert et le professeur du Département d’informatique Simon Lacoste-Julien, discuteront de la réalité augmentée et des aspects technoscientifiques et éthiques de l’intelligence artificielle.

Deux autres conférences se tiendront le 14 avril et le 5 mai. La première réunira la professeure du Département de sexologie Denise Medico et le philosophe Bernard Andrieu autour du thème «Corps en transmutation». La seconde portera sur le thème «Vérité en transmutation. Fake news et populisme».

Améliorer l'être humain?

Le transhumanisme nourrit l'ambition de rendre l'être humain plus performant, voire de prolonger sa vie grâce aux avancées des technosciences – robotique, génomique, bio-informatique, nanosciences. Depuis le clonage de la brebis Dolly à partir d'une cellule adulte, à la fin des années 1990, ces technologies n'ont pas cessé de suscité la controverse, tout en générant l'espoir de guérir des maladies complexes, mais aussi de produire une personne humaine améliorée.

Avec sa volonté d'affranchir l'être humain de ses limites biologiques, le transhumanisme soulève une foule de questions concernant le vivant, la mort, la reproduction et la manipulation génétique, souligne la professeure. «La réalité a rattrapé la science-fiction», dit-elle.

L'idée  de créer des hybrides homme-machine n'est pas nouvelle, rappelle la professeure. Mais avec les progrès réalisés depuis les dernières décennies dans le domaine de l'intelligence artificielle, même les grands patrons de Google, Amazon, Facebook et Apple nous mettent en garde contre le danger d'un développement incontrôlé de ces technologies.

D'un côté, la possibilité de créer des robots capables de tuer fait frissonner, observe la chercheuse. De l'autre, les avancées technoscientifiques se traduisent par des progrès remarquables. «Nous sommes entrés dans l'ère du paradoxe, dit Angela Konrad. Il est vrai que les progrès en médecine, par exemple, sont spectaculaires. Si nous pouvons éradiquer des handicaps ou des maladies dégénératives, nous serons évidement très heureux. Mais comment gérer le progrès? Les porte-parole les plus extrémistes du transhumanisme souhaitent euthanasier la mort. Comment la réflexion éthique et philosophique peut-elle accompagner la révolution technoscientifique? Quelles sont les limites à ne pas franchir ? À quel moment, l'humain bascule-t-il dans le non-humain? Ces enjeux contemporains forment le matériau de la pièce.»

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