Simulation de catastrophe à Berthier-sur-Mer

La quatrième édition des Rendez-vous bénévoles en sécurité civile a réuni plus de 200 participants.

29 Mai 2018 à 16H12

«Ce type de simulation constitue un exercice de démonstration des capacités opérationnelles des organismes bénévoles pour intervenir conjointement et efficacement lors d'une opération de sauvetage», explique le professeur invité Michel C. Doré.
Photo :Hans Asnong

Un bateau en feu qui doit être évacué, un autre qui s'est échoué, des canots de sauvetage à la dérive, un écrasement d'avion et des gens perdus en forêt: les quelques 200 bénévoles qui participaient à la simulation de catastrophe organisée le 26 mai dernier à Berthier-sur-Mer, près de Montmagny, n'ont pas eu le temps de se tourner les pouces! «Il s'agissait de la plus ambitieuse simulation depuis la création des Rendez-vous bénévoles en sécurité civile en 2015», souligne l'instigateur de l'exercice, le professeur invité Michel C. Doré, ex-sous-ministre associé à la sécurité civile du Québec. Une équipe du Service de l'audiovisuel formée des techniciens David Pilotte et Carl Aksynczak était sur place pour tourner des images. Une trentaine de figurants, dont quelques étudiants du DESS en gestion des risques majeurs, ont pris part à la simulation. «Une vingtaine ont été maquillés, ont joué leur rôle, puis ont été maquillés à nouveau avant de retourner sur un autre plateau pour un autre scénario», souligne Michel C. Doré. Entre les blessures physiques nécessitant des soins d'urgence et les troubles psychologiques associés aux événements traumatiques, les bénévoles avaient du pain sur la planche. «Il y avait même des équipes canines de thérapie assistée par l'animal pour réduire l'anxiété des "blessés"», ajoute le professeur.

Les organisations participantes et leurs bénévoles ne sont pas préparés à l'avance pour la simulation. L'objectif est qu'ils réagissent en direct, dès l'amorce de la situation d'urgence. «La Croix-Rouge, par exemple, a monté le matin même un centre d'hébergement d'urgence pour être prête à recevoir les gens évacués du bateau en détresse», illustre Michel C. Doré. Ambulance Saint-Jean a préparé une aire de triage, un poste de soins et un hôpital de campagne avec une salle de réanimation. «À deux infirmières près, c'était le même personnel qu'à l'urgence de l'Hôpital de Lévis. La capacité de cet hôpital de campagne est la moitié de ce qu'Ambulance Saint-Jean déploie chaque année au Festival d'été de Québec.»

Un exercice de coopération

«Ce type de simulation constitue un exercice de démonstration des capacités opérationnelles des organismes bénévoles pour intervenir conjointement et efficacement lors d'une opération de sauvetage», explique le professeur, qui a constaté une nette amélioration depuis trois ans en matière de coopération et d'efficacité.

En plus des trois principales organisations en sécurité civile du pays – la Croix-Rouge canadienne, l'Armée du salut et Ambulance Saint-Jean – trois groupes spécialisés en sauvetage participaient à l'événement: Sauvetage et recherche aériens du Québec (SERABEQ), la Garde côtière auxiliaire canadienne et l'Association québécoise des bénévoles en recherche et sauvetage (AQBRS). «Nous invitons aussi Radio amateur du Québec, qui compte sur des membres souvent sollicités en situation d'urgence pour rétablir les canaux de communication», ajoute Michel C. Doré. Les Rendez-vous bénévoles en sécurité civile sont chapeautés par l'Association de sécurité civile du Québec (ASCQ). L'UQAM est partenaire de l'événement depuis ses débuts en 2015.

Heureusement pour les participants, la météo a été clémente le 26 mai. «Les gens du coin nous ont dit que nous étions chanceux, car le fleuve était relativement calme. Pourtant, des figurants ont réellement été malades en mer et nous avons dû les soigner pour vrai!», raconte le professeur.

Outre les figurants, la diplômée Lisanne Léveillé-Desjardins (DESS gestion des risques majeurs, 2017) agissait à titre de contrôleuse pour s'assurer du bon déroulement des différentes séquences de la simulation. L'animateur pédagogique Hans Asnong a aussi joué le rôle de contrôleur sur le bateau durant l'exercice. La chef évaluatrice chargée de coordonner le rapport final qui sera publié sur le site de l'ASCQ était la finissante au DESS Karoline Bergeron, et l'étudiante Ève Majeau-Malo (B.A. communication/relations publiques, 2016) agissait à titre de relationniste pour l'événement.  

Une école sur la sécurité civile a eu lieu à Montmagny un mois avant la simulation à Berthier-sur-Mer. «Nous y avons formé gratuitement une centaine de bénévoles sur des thématiques comme la gestion de victimes multiples, les télécommunications d'urgence, la gestion d'opérations et le positionnement par GPS. Un carnet du bénévole en sécurité civile – un outil très utile créé avec le soutien de Repro-UQAM –  a été remis à chacun des participants», précise le professeur.

Au service de la population

Avec son bagage professionnel d'ambulancier paramédical, d'infirmier et d'officier militaire, Michel C. Doré se consacre depuis plus de 30 ans à la gestion des crises et des catastrophes. «Comme secouriste, ambulancier paramédical ou infirmier, j'ai toujours aimé pouvoir intervenir dans la vie d'une personne à un moment où elle en a particulièrement besoin. C'est une motivation viscérale pour moi», affirme-t-il.

Michel C. DoréPhoto: Émilie Tournevache

En plus d'un baccalauréat en soins infirmiers et d'une maîtrise en santé communautaire de l'Université de Montréal, Michel C. Doré détient un doctorat en sociologie des organisations complexes (gestion de catastrophe) de l'University of North Texas. Il est l'un des fondateurs et le président actuel du Réseau canadien d'étude des risques et dangers (CHRNet). Il détient depuis 1993 la désignation professionnelle de Certified Emergency Manager de l'International Association of Emergency Managers.

Chargé de cours à l'UQAM de 1999 à 2005, Michel C. Doré a été sous-ministre associé, Sécurité civile et sécurité incendie, au ministère de la Sécurité publique du Québec, de 2005 à 2010. «C'est lors de mon passage à Québec que j'ai incité les universités à créer un programme de formation dans le domaine et l'UQAM a répondu à l'appel, ce qui a mené à la création du DESS», raconte-t-il fièrement. Il est revenu à l'UQAM à titre de professeur invité en 2017.

En 2016, le ministre de la Sécurité publique du Québec lui a décerné le prix «Hommage en sécurité civile» pour son engagement et ses réalisations dans le domaine. Il a reçu récemment du ministre de la Sécurité publique du Canada le Prix pour service exemplaire en sécurité civile (contribution remarquable à la gestion des urgences) et il sera investi en juin de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem des mains de la Gouverneure générale.

Nouveaux programmes en vue

Le dixième anniversaire du DESS en gestion des risques majeurs a été l'occasion d'évaluer le programme afin de l'améliorer. «Le nom changera pour DESS en résilience, risques et catastrophes», annonce le professeur.

Un programme court de deuxième cycle sur le même thème sera également créé. «Nous aimerions l'offrir en ligne. Les images captées par le SAV lors de la simulation pourraient servir à la médiatisation du cours», note Michel C. Doré. Le programme court et le DESS amélioré devraient être offerts pour la première fois à l'automne 2019.

Une maîtrise en résilience, risques et catastrophes devrait également voir le jour à l'automne 2020. «Les étudiants demandaient depuis longtemps la création d'une maîtrise pour pouvoir poursuivre leur formation dans le domaine», ajoute-t-il. Les trois programmes se donneront selon le mode pédagogique d'apprentissage actif par problèmes et par projets.

Personne n'est à l'abri

Au Québec, le mot catastrophe évoque le déluge du Saguenay (1996), l'accident d'autocar aux Éboulements (1997), la crise du verglas (1998), les inondations du Richelieu (2011) ou l'accident ferroviaire de Mégantic (2013). Ces désastres abondamment couverts par les médias ont frappé l'imaginaire, mais des centaines d'autres passent plus ou moins sous silence, bien qu'ils bouleversent la vie de centaines, voire de milliers de personnes. «Bon an mal an, environ 500 événements forcent les municipalités, qui n'ont pas les ressources pour y répondre adéquatement, à demander de l'aide au gouvernement, indique Michel C. Doré. De ce nombre, une cinquantaine nécessite la mobilisation de plus de trois ministères.»

«Bon an mal an, environ 500 événements forcent les municipalités, qui n'ont pas les ressources pour y répondre adéquatement, à demander de l'aide au gouvernement.»

Michel C. Doré

Professeur invité

Il n'y a pas beaucoup d'endroits au Québec où on est à l'abri d'une catastrophe, rappelle sagement Michel C. Doré. «Déversement de produits chimiques, glissement de terrain, inondation, tremblement de terre et même tempête de neige, comme on l'a vu au cours des dernières années: tous ces événements peuvent menacer la sécurité de la population et solliciter une mobilisation de ressources extraordinaires», note l'expert, qui agit à titre de coordonnateur de la sécurité civile pour Ambulance St-Jean à l'échelle canadienne.

Les simulations qu'il a organisées au cours des dernières années ont mis en scène une collision aérienne (Lanaudière, 2015), un incendie sur un bateau de croisière sur le Richelieu (Sabrevois, 2016) et des dégâts causés par des micro-rafales (Mauricie, 2017). La prochaine simulation aura lieu au printemps 2019 en Outaouais. «Nous espérons convaincre quelques organisations ontariennes de participer à l'événement, annonce Michel C. Doré. Chaque année, on augmente le degré de complexité de l'exercice. Mon objectif l'an prochain: simuler les effets d'un tremblement de terre.»

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