Stimuler l'entrepreneuriat dès l'université

Des jeunes pleins d'idées se lancent en affaires grâce au soutien du Centre d'entrepreneuriat ESG UQAM. 

17 Avril 2018 à 9H39

Martine Gariépy, cofondatrice de Loco, l'épicerie zéro déchet.
Photo: Nathalie St-Pierre

Le gouverneur de la Californie a annoncé en janvier dernier une cible ambitieuse en matière de véhicules électriques: il aimerait en voir 5 millions sur ses routes d'ici 2030. Cette nouvelle a de quoi réjouir David Corbeil (B.A.A., 2017) et sa sœur Marie-Pier (B.A. design graphique, 2014), fondateurs de l'entreprise Recharge véhicule électrique. Les deux entrepreneurs souhaitent, en effet, conquérir le marché californien dès cette année avec leurs solutions de recharge pour condo et pour maison. «Nous avons obtenu les certifications nécessaires pour vendre notre produit aux États-Unis», annonce fièrement David Corbeil.

Breveté et commercialisé au Québec depuis 2016, leur contrôleur de charges se pose entre la borne de recharge et le panneau électrique résidentiel. Il permet de s'assurer que la capacité du circuit est suffisante pour recharger la voiture. Dans l'éventualité d'une surcharge potentielle – par exemple, lorsque plusieurs appareils électriques fonctionnent simultanément –, la recharge de la voiture est temporairement arrêtée. Il fallait y penser!

L'entreprise n'aurait pas pu voir le jour (du moins, pas aussi rapidement) sans les conseils avisés des experts du Centre d'entrepreneuriat ESG UQAM, qui ont accompagné les Corbeil dès les premiers balbutiements de leur projet. Encouragés par le Centre, les deux jeunes ont posé leur candidature pour la bourse Pierre-Péladeau, d'une valeur de 50 000 dollars, l'une des plus importantes bourses destinées aux entrepreneurs en herbe. Et ils l'ont obtenue! «De l'élaboration de notre plan d'affaires à l'embauche d'un avocat pour peaufiner certains détails juridiques, l'aide du Centre d'entrepreneuriat a été précieuse», dit David Corbeil.

Un concours formateur

Le Centre d'entrepreneuriat ESG UQAM, qui existe depuis 2003, a pour mission de développer une culture entrepreneuriale au sein de l'Université et d'accompagner les entrepreneurs dans leurs démarches. «L'an dernier, nous avons donné un coup de pouce à plus de 150 projets», précise Michel Grenier, directeur général du Centre et chargé de cours à l'ESG UQAM.

Depuis son entrée en poste, en 2006, le Centre d'entrepreneuriat ESG UQAM organise le concours «Mon entreprise», qui donne la chance aux aspirants entrepreneurs d'obtenir un coup de pouce financier. «Nous les obligeons à faire un pitch et donc à présenter leur modèle d'affaires devant un jury, explique Michel Grenier. Cela les force à structurer leur projet et à peaufiner leurs habiletés de démarchage… qui seront très utiles s'ils souhaitent que leur rêve  se concrétise!»

«Le Centre d'entrepreneuriat ESG UQAM nous a guidées dès le départ et le concours Mon entreprise nous a permis d'obtenir de la visibilité et d'élargir notre réseau de contacts.»

Martine gariépy

Cofondatrice de Loco, l'épicerie zéro déchet

Ce concours a constitué un jalon important pour la candidate à la maîtrise en sciences de l'environnement Martine Gariépy, la doctorante Sophie Maccario et les diplômées Andréanne Laurin (M.Sc. sciences de l'environnement, 2014) et Marie-Soleil L'Allier (M.Sc. sciences de l'environnement, 2016). Les quatre amies à l'origine de Loco, une épicerie écologique zéro déchet,  ont remporté le concours au printemps 2016. Quelques mois plus tard, Loco ouvrait ses portes dans le quartier Villeray. On y retrouve des fruits et légumes, du yogourt et du lait en pots consignés, des farines et des cosmétiques non emballés, sans compter les produits de nettoyage sans danger pour la santé et l'environnement. Les consommateurs peuvent apporter leurs contenants et leurs sacs de toile ou en acheter sur place. Des ateliers sur le mode de vie zéro déchet sont aussi offerts.

Marie-Pier et David Corbeil
Photo: Nathalie St-Pierre

Tout le travail effectué en amont – le plan d'affaires, la recherche d'un local, les liens avec des fournisseurs et le rayonnement sur les réseaux sociaux – s'est avéré payant, car le commerce ne désemplit pas depuis son ouverture! Le succès est tel que les quatre partenaires ont ouvert une nouvelle succursale à Verdun l'automne dernier. «Le Centre d'entrepreneuriat ESG UQAM nous a guidées dès le départ et le concours Mon entreprise nous a permis d'obtenir de la visibilité et d'élargir notre réseau de contacts», souligne Martine Gariépy.

Lors de l'édition 2017 du concours, un total de 16 000 dollars a été attribué aux gagnants dans les différentes catégories. Le concours est rendu possible grâce à la participation de la Banque Nationale, partenaire principal du Centre d'entrepreneuriat ESG UQAM et fidèle donateur de la Fondation de l'UQAM depuis plus de 30 ans.

Entrepreneuriat Sciences-Techno

Neuromotrix fait également partie des nombreuses entreprises qui ont bénéficié du soutien du Centre d'entrepreneuriat ESG UQAM. La firme conçoit des programmes d'activité physique taillés sur mesure pour les personnes atteintes de troubles neurologiques (maladie de Parkinson, maladie d'Alzheimer, sclérose en plaques ou fibromyalgie), une clientèle qui ne trouve pas son compte dans les centres d'entraînement conventionnels. «L'activité physique peut faire diminuer leurs symptômes et ralentir la progression de leur maladie, ce qui augmente leur qualité de vie», explique Benoit Carignan (M.Sc. kinanthropologie, 2010), l'un des fondateurs de l'entreprise, avec Catherine Lavigne-Pelletier (M.Sc. kinanthropologie, 2013; M.B.A. sciences et génie, 2016) et Martine Lauzé (M.Sc. kinanthropologie, 2017).

«Il y a quelques années, la presque totalité des futurs entrepreneurs étudiaient en gestion. Aujourd'hui, ils sont plus de 50 % à provenir d'autres domaines.»

Michel Grenier

Directeur général du Centre d'entrepreneuriat ESG UQAM

 Benoit Carignan, Martine Lauzé et Catherine Lavigne-Pelletier.
Photo: Nathalie St-Pierre

Les fondateurs de Neuromotrix étaient candidats à la maîtrise en kinanthropologie lorsqu'ils ont participé au concours Mon entreprise (ils ont remporté un prix lors de l'édition 2014) et au programme de soutien «Mon entreprise Sciences-Techno», offert par le Centre d'entrepreneuriat aux jeunes entrepreneurs dans le domaine des sciences et de la technologie. Il s'agit d'une formation de trois week-ends portant sur différents sujets tels que la finance, la propriété intellectuelle, la façon d'aborder des investisseurs et le lancement d'entreprises technologiques. «Nous n'avions aucune expérience en entrepreneuriat et cela nous a été bénéfique à tous les points de vue», confie Benoit Carignan.

LOCO et Neuromotrix illustrent bien que l'entrepreneuriat n'est pas l'apanage des étudiants en gestion. «Il y a quelques années, la presque totalité des futurs entrepreneurs étudiaient en gestion. Aujourd'hui, ils sont plus de 50 % à provenir d'autres domaines», souligne le directeur du Centre.

Le futur Carrefour Entreprendre

Michel Grenier souhaite voir la création du Carrefour Entreprendre, un projet englobant la création d'une chaire en entrepreneuriat, innovation et société, d'un réseau de veille en entrepreneuriat ainsi que d'un incubateur interfacultaire. «Entre 4 et 7 % de la population possédera un jour son entreprise, dit-il. Si seulement 5 % des étudiants universitaires souhaitent devenir entrepreneurs, ça signifie qu'il y aurait autour de 2000 entrepreneurs potentiels à l'UQAM! Il y a donc un immense intérêt à développer un pôle de recherche et de services autour des activités du centre.»

«Si seulement 5 % des étudiants universitaires souhaitent devenir entrepreneurs, ça signifie qu'il y aurait autour de 2000 entrepreneurs potentiels à l'UQAM! »

MIchel GRenier

L'idée de créer un incubateur interfacultaire le réjouit particulièrement. «Cela nous permettra d'accompagner les entrepreneurs jusqu'au lancement de leur entreprise, ce que nous ne pouvons pas faire systématiquement aujourd'hui. Les jeunes pourront également côtoyer d'autres entrepreneurs. Ces rencontres sont souvent éclairantes, car les défis à relever sont similaires d'une entreprise à une autre.»

Le futur Carrefour Entreprendre ESG constituera un outil de recrutement puissant pour l'UQAM, croit Michel Grenier. «Un centre d'entrepreneuriat très fort peut être un formidable fer de lance pour une université, au même titre qu'une équipe sportive», insiste-t-il.

Source:
INTER, magazine de l'Université du Québec à Montréal, Vol. 16, no 1, printemps 2018.

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