Vers des actions concertées

L'UQAM accueille le premier symposium canadien sur les violences sexuelles dans les collèges et les universités.

28 Mai 2018 à 11H02

Photo: Istock

Plus de 250 personnes participeront au premier symposium canadien sur les violences sexuelles dans les établissements d'enseignement supérieur, qui se tiendra à l'UQAM (pavillon Sherbrooke) les 30 et 31 mai prochains. Rassemblant des chercheuses et des chercheurs provenant de six provinces canadiennes ainsi que des membres d'associations étudiantes et d'organismes communautaires, l'événement est organisé par l'équipe ESSIMU, qui a réalisé en 2016 l'enquête sur les violences sexuelles en milieu universitaire, en collaboration avec l'équipe du projet IMPACTS, dirigée par la professeure de l'Université McGill Shaheen Shariff.

«Après avoir documenté, ces dernières années, les manifestations de violence sexuelle sur les campus, nous devons maintenant passer à l'action, une action concertée s'appuyant sur les connaissances issues de la recherche universitaire et des milieux de la pratique», souligne Manon Bergeron, professeure au Département de sexologie et responsable de l'Équipe ESSIMU.

Le symposium vise à créer des ponts entre les chercheuses et chercheurs des milieux francophones et anglophones, et entre les collèges et les universités. «Alors que plusieurs établissements travaillent actuellement à l'élaboration de politiques spécifiques pour contrer les violences sexuelles, le symposium permettra de diffuser l'expertise qui s'est développée au Québec et dans le reste du Canada afin de définir des interventions préventives cohérentes», précise la professeure.

Les travaux s'articuleront autour de plusieurs axes, tels que la conceptualisation de la violence sexuelle, la mise en place de mesures préventives et les enjeux juridiques associés au traitement institutionnel des signalements et des plaintes en matière de violence sexuelle. «Le principe de la présomption d'innocence et la notion de confidentialité dans le traitement des plaintes, qui concernent à la fois les personnes victimes de violence et leurs agresseurs, feront l'objet de discussions», note Manon Bergeron.

Enjeux de recherche

L'un des objectifs du symposium est d'identifier des enjeux sur lesquels porteront de futures recherches. «L'enquête ESSIMU, menée dans six universités québécoises, a révélé que certains groupes de personnes, comme les minorités sexuelles et de genre, les personnes racisées et les étudiants étrangers, étaient plus à risque de subir de la violence sexuelle, observe la professeure. La recherche doit nous aider à mieux comprendre leurs besoins spécifiques en vue d'adapter les programmes de prévention et d'intervention.»

En matière de pratiques de prévention, la situation varie beaucoup d'un établissement et d'une région à l'autre, dit Manon Bergeron. La recherche doit permettre d'identifier les meilleures pratiques et un bilan de ce qui s'est fait depuis cinq ans dans l'ensemble des cégeps et des universités au Québec sera présenté lors du symposium. «Des universités se sont dotées d'instances afin de mener des campagnes de sensibilisation et de prévention, comme la campagne Sans oui, c'est non. Il s'agit maintenant d'évaluer leur efficacité.»

À propos d'ESSIMU et d'IMPACTS

En 2016, plus de 9 200 personnes, dont 70 % d’étudiants, ont participé à l'enquête ESSIMU, la première du genre au Québec, qui a documenté au moyen d'un questionnaire en ligne les manifestations de violences sexuelles dans six universités québécoises francophones, dont l'UQAM. Plus du tiers des répondants ont dit avoir vécu une forme ou une autre de violence sexuelle depuis leur arrivée à l'université et près de 42 % d'entre eux ont déclaré avoir été victimes de deux ou même de trois formes de violence. Seulement 9,6 % des victimes ont signalé ou dénoncé un événement violent aux instances de leur université. L'équipe ESSIMU était soutenue par le Réseau québécois en études féministes (RéQEF), le Service aux collectivités de l’UQAM et le Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (RQCALACS).

Les travaux de recherche menés dans le cadre du projet IMPACTS: Collaborations to Address Sexual Violence on Campus se développent autour de trois pôles: le rôle des universités (politiques, recours juridiques et éducation), l’influence des arts et de la culture populaire et celle des médias d’information et des réseaux sociaux.

Différences selon les cycles d'études

La professeure présentera, en primeur, les résultats de l'enquête ESSIMU sur les expériences de violences sexuelle vécues au sein de la population étudiante selon les cycles d'études. «Le contexte dans lequel surviennent les manifestations de violence et les caractéristiques des individus qui posent des gestes violents ne sont pas les mêmes au premier cycle et aux cycles supérieurs, indique Manon Bergeron. Les relations des étudiants avec les professeurs et le personnel sont aussi différentes. On observe enfin que les risques de subir de la violence sont plus élevés lors des premières années d'études à l'université.»

La réalité des violences sexuelles interpelle le corps enseignant et invite celui-ci à engager une réflexion sur les enjeux pédagogiques et éthiques qui y sont reliés. Au Québec, la Loi 151, adoptée par l'Assemblée nationale en décembre dernier, prévoit l'adoption d'un code de conduite dans les établissements d'enseignement supérieur afin d'encadrer les liens intimes (amoureux et sexuels) pouvant s'établir entre une étudiante ou un étudiant et une personne ayant une relation pédagogique ou d'autorité avec celle-ci ou celui-ci. «La consultation menée par la ministre de l'Enseignement supérieur Hélène David, avant l'adoption de la Loi 151, a montré que les groupes étudiants étaient en faveur d'un code de conduite interdisant des relations intimes dans un contexte d'autorité, tandis que les syndicats d'enseignants exprimaient des réticences», note la chercheuse.

La parole aux groupes étudiants

Le symposium favorisera la prise de parole par les étudiants et leurs associations. L'organisation Our Turn: a National Student Movement to End Campus Sexual Violence, qui collabore avec une vingtaine de groupes étudiants dans huit provinces canadiennes, présentera une grille d'analyse pour évaluer les politiques de prévention des violences sexuelles.

Il sera aussi question de programmes d'intervention que Manon Bergeron qualifie de prometteurs, comme l'Enhance Assess Acknowledge Act (EAAA), un programme d'éducation à la résistance aux violences sexuelles créé à l'Université de Windsor, en Ontario, et destiné aux étudiantes universitaires de première année (17 à 24 ans). Un autre programme s'adressant aux témoins d'actes violents décrira les meilleures façons d'agir pour venir en aide aux victimes.

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