Une caverne exceptionnelle

La caverne récemment découverte à Saint-Léonard serait, selon Jacques Schroeder, la plus grande cavité glacio-tectonique au monde.

28 Août 2018 à 11H10

La nouvelle caverne a été découverte dans le prolongement de la caverne du parc Pie-XII, dans l'arrondissement de Saint-Léonard.
Photo :Luc Le Blanc

«Il n'y a pas beaucoup de cavernes au Québec. Alors, quand on en découvre une, c'est un événement!», reconnaît le professeur du Département de géographie Jacques Schroeder, mandaté par l'arrondissement de Saint-Léonard pour étudier les nouvelles galeries découvertes en octobre dernier dans le prolongement de la caverne du parc Pie-XII. Les photos de la caverne ont rapidement fait le tour du monde et même été publiées dans la revue National Geographic.

Ce sont les spéléologues Daniel Caron et Luc Le Blanc qui ont découvert de nouvelles galeries en creusant la paroi au fond de la caverne existante, connue depuis 1812 et aménagée dans les années 1970. «De l'autre côté, ils ont été abasourdis d'aboutir, six mètres plus bas, dans une galerie au plafond plat plus large et deux fois plus haute que la "grande salle" de la caverne ouverte au public», relate le professeur.

En progressant, les deux spéléologues ont découvert une galerie parallèle à la caverne historique et une autre située dans son prolongement. «Dans cette dernière galerie, on parcourt quelques mètres, puis il faut escalader un éboulis et on redescend de l'autre côté dans une partie immergée sur plusieurs dizaines de mètres», précise Jacques Schroeder.

Une longue fissure dans le roc

Spécialiste en géomorphologie, le professeur Schroeder étudie les grottes depuis de nombreuses années, sa thèse ayant porté sur l'origine de cavernes des Territoires du Nord-Ouest. «L'âge du roc ne donne pas d'information sur l'âge de la caverne, explique le chercheur. L'essentiel du sous-sol montréalais est composé de calcaire, une roche sédimentaire grise formée il y a 450 millions d'années, alors que la caverne de Saint-Léonard date d'environ 15 000 ans.»

«Il est clair que la fissure ouverte dans le roc à l'origine de cette caverne a été créée par le poids et la poussée des glaciers – par dislocation. C'est, à ce jour, le plus grand vide au monde apparu ainsi.»

Jacques Schroeder

Professeur au Département de géographie

Beaucoup de grottes dans le monde sont créées par la dissolution du calcaire, mais ce n'est pas le cas de celle-ci. La caverne s'est formée lorsque la partie supérieure des roches calcaires a été déplacée par le mouvement des glaces lors de la dernière glaciation. On appelle cela une cavité glacio-tectonique. «Lorsqu'on observe attentivement les parois de la galerie récemment découverte, on voit très bien les anfractuosités d'un côté qui s'emboîtent parfaitement dans celles de la paroi opposée. Il est clair que la fissure ouverte dans le roc à l'origine de cette caverne a été créée par le poids et la poussée des glaciers – par dislocation. C'est, à ce jour, le plus grand vide au monde apparu ainsi.» Le professeur prépare un chapitre de livre ainsi qu'un article scientifique sur la question, à paraître au cours des prochains mois.

Dans le noir total

Topographier et caractériser une caverne s'effectue en plusieurs étapes. «Il faut en déterminer le squelette en trois dimensions à l'aide de points d'arpentage validés par des instruments numériques, comme des lasers, explique Jacques Schroeder. Il faut ensuite en faire l'habillage, c'est-à-dire étudier la forme des parois, du plafond et du plancher en fonction des informations géologiques et géomorphologiques connues. Tout cela s'effectue par des observations directes dans la caverne.»

Les conditions de travail du spécialiste et de ses collaborateurs sont difficiles. «Les trois quarts de la caverne sont sous le niveau de la nappe phréatique. C'est le noir total et, dans la section noyée, la profondeur de l'eau peut atteindre 5 mètres et sa température est de 5 degrés Celsius. On utilise donc une petite embarcation pour s'y déplacer ou on nage quand le plafond est proche du niveau de l'eau.»

Dans la section noyée, la profondeur de l'eau peut atteindre 5 mètres et sa température est de 5 degrés Celsius.Photo: Luc Le Blanc

Jusqu'à maintenant, plus de 200 mètres de nouveaux passages ont été cartographiés. «Nous savons que la caverne se prolonge au-delà du parc. Il faut maintenant déterminer ce qu'il y a comme structures en surface», souligne Jacques Schroeder. Pour cela, son équipe utilise un système de radiolocalisation – on fixe un émetteur électromagnétique dans la caverne et on se promène en surface avec une antenne et des écouteurs pour déterminer l'endroit correspondant à l'émetteur. «Ce n'est pas si facile lorsqu'il y a plusieurs électroménagers qui fonctionnent aux alentours!», note en riant le chercheur. Même si cela requiert le consentement des propriétaires sur les terrains concernés, cette technique demeure plus conviviale, moins envahissante et surtout moins onéreuse qu'un forage, ajoute-t-il.

Une réserve prudente

Lorsque les rendus numériques en 3D seront terminés, Jacques Schroeder pourra déterminer avec exactitude la profondeur de la caverne, et ce, pour chaque section. Selon son rapport préliminaire de décembre dernier, les galeries nouvellement découvertes ne semblent pas présenter de danger pour les bâtiments en surface. «Avec un plafond plat et trois mètres de roc au-dessus, il n'y a pas grand chance que cela s'effondre», observe le spécialiste.

Il préfère toutefois attendre la publication du rapport final, en octobre prochain, pour statuer sur l'état des lieux. Les enjeux sont nombreux et les inquiétudes des propriétaires compréhensibles. «Le maître d'œuvre du projet est l'arrondissement, rappelle-t-il, et les citoyens concernés près du parc prendront connaissance des résultats avant que le rapport ne soit rendu public.»

PARTAGER
COMMENTAIRES 0 COMMENTAIRE