Vert et solidaire Rosemont

Dans le cadre de la campagne Centraide, des Uqamiens participent à une visite du quartier Rosemont–La Petite-Patrie.

26 Octobre 2018 à 13H41, mis à jour le 30 Octobre 2018 à 10H45

Dans le cadre de la campagne Centraide, des Uqamiens ont visité l'arrondissement Rosemont-La-Petite-Patrie avec l'Autre Montréal. Sur la photo, on aperçoit l'organisme Bouffe-Action de Rosemont. 
Photo :Denis Bernier

«Bien que de nombreuses familles de classe moyenne vivent dans Rosemont, c’est dans ce quartier que l’on trouve le plus de mères monoparentales à Montréal. Il y a aussi beaucoup d’aînés et de personnes seules», nous apprend notre guide, l'historien Simon Vézina, de l’organisme d’animation urbaine l’Autre Montréal. En ce beau mardi midi d’automne, une quarantaine d’Uqamiens participent à la visite du quartier offerte dans le cadre de la campagne Centraide. La visite en autobus a pour but de faire découvrir l’arrondissement Rosemont–La Petite-Patrie et ses nombreux organismes communautaires.

Avant sa fondation, en 1905, Rosemont–La Petite-Patrie est un territoire agricole où se trouvent plusieurs fermes regroupées le long de la Côte-de-la-Visitation (maintenant le boulevard Rosemont). «Montréal possède des terres arables riches et donc propices à l’agriculture», rappelle Simon Vézina. À la fin des années 1800, l’Hôpital des varioleux, situé sur la rue Rachel Est, accueille les malades de la ville «pour que la maladie ne progresse dans la métropole.» De nombreuses tanneries y élisent domicile. «On tient les odeurs loin de Montréal», précise l’animateur. 

La langue parlée par la plupart des citoyens est le français. «Rosemont n’est pas traditionnellement un quartier d’immigrants, rappelle l’animateur, bien que de plus en plus de nouveaux arrivants décident de venir s’y installer.» Les immigrants récents proviennent principalement de pays francophones comme l’Algérie, le Maroc, la France et Haïti.

Berceau de l'action communautaire

Quartier vert par excellence, – c’est ici que l’on aménage le plus de ruelles vertes dans la métropole –, Rosemont–La Petite-Patrie est également le berceau de l’action communautaire. «Comme plus de 70 % des logements sont occupés par des locataires, il existe beaucoup de projets de logement social soutenus par la communauté», précise Simon Vézina.

L’organisme d’habitations communautaires LOGGIA est l’un des OSBL les plus connus sur le territoire rosemontois. L’autobus s’arrête sur la rue Rachel, à deux pas des ateliers Angus, où l’on peut voir l’un des immeubles construits par LOGGIA en logement social. «Sa particularité est d’être accessible pour les locataires vivant avec un handicap», dit Simon Vézina.  Près de la rue Molson, l’immeuble Le Pélican loge pour sa part les personnes âgées.

Au début des années 1900, la compagnie de chemin de fer Canadien Pacifique (CP) ouvre les ateliers Angus, entre la rue Rachel, au sud, et le boulevard Saint-Joseph, au nord. Le site de près de 5 hectares deviendra un important complexe d'entretien de trains et de locomotives du CP et l’un des emblèmes du quartier. Trois mille ouvriers y travailleront et une trentaine de wagons y seront construits chaque jour.

À la fermeture des ateliers, dans les années 90, la Société de développement Angus (SDA), une entreprise d’économie sociale, met sur pied un mégaprojet de développement sur le site de l’ancienne usine. L’objectif du Technopôle Angus sera de favoriser la prospérité économique et l’emploi dans le quartier. Plusieurs commerces (fromagerie, spa, café, restaurant, épicerie, etc.), des entreprises, des condos ainsi que des immeubles à bureaux s’y sont installés. Plusieurs compagnies, comme Insertech, une entreprise informatique de réinsertion, ont une vocation sociale.

Simon Vézina nous amène ensuite dans le Vieux-Rosemont. «"Oui Papa!", ça vous dit quelque chose comme slogan?», lance-t-il. Le premier commerce à s’établir à Rosemont, en 1954, se nomme Au Bon Marché. Les propriétaires du célèbre magasin de stores verticaux et vénitiens de la rue Masson, – la famille Shiller –, «détiennent environ le tiers des propriétés de l’artère, par ailleurs reconnue pour ses nombreux Dollarama et autres pawn shops bien que l'on y trouve de plus en plus d'épiceries fines et de fruiteries», souligne Simon Vézina.

En descendant l’une des rues les plus dangereuses du quartier, où des membres de gangs de rue terrorisaient par le passé les résidents, l’autobus débouche sur le magnifique jardin communautaire Basile-Patenaude. «Il s’agit de la première ruelle verte comestible à Montréal», annonce l’animateur. L’espace comprend plus d’une centaine d’arbres fruitiers, un champ de maïs, des prairies mellifères, un jardin de champignons et une fermette éducative où vivent quelques poules urbaines. «Ce projet a permis de changer la dynamique du quartier», fait remarquer Simon Vézina.

Bouffe-Action de Rosemont

Dernier stop avant la visite dans les locaux de l’organisme en sécurité alimentaire Bouffe-Action de Rosemont: Regroupement Partage. Situé sur la rue d’Iberville, le regroupement met sur pied des projets d’agriculture urbaine tout en distribuant des fournitures scolaires et des paniers de Noël aux enfants et familles défavorisés.

Dans les locaux de l'organisme, les Uqamiens font connaissance avec la directrice générale, Magdalena Schweiger. «L’aide financière de Centraide nous permet d'assumer notre mission de base, soit d’aider les familles monoparentales, immigrantes, ainsi que les aînés, les personnes seules ou en situation de handicap», explique la directrice, qui précise que Bouffe-Action de Rosemont n'est pas un organisme de dépannage alimentaire. «Notre objectif est d’amener les Rosemontois vers une plus grande autonomie alimentaire», dit-elle.

Pour ce faire, des intervenants communautaires donnent différents ateliers dans les cuisines collectives de l’organisme situé sur la rue Lafond. Des citoyens mitonnent ensemble une série de petits plats qu’ils rapportent ensuite à la maison. Quelque 20 000 repas y sont cuisinés chaque année. «De nombreux jeunes ne maîtrisent pas les bases de la cuisine, remarque Magdalena Schweiger. Ces ateliers leur permettent d’apprendre à se débrouiller tout en les aidant à respecter un budget.»

«On propose des recettes saines, savoureuses et faciles à reproduire à la maison, ajoute l’intervenante communautaire Djamila Graichi, qui donne des ateliers de cuisine pour les futures et les jeunes mamans. Durant l’événement, les jeunes mères ont aussi l’occasion de se confier, de partager leur vécu.» Les cuisines collectives de Bouffe-Action de Rosemont sont par ailleurs spécifiquement adaptées pour accueillir des participants souffrant de déficience intellectuelle ou d’un handicap physique.

L’organisme possède aussi des jardins collectifs où les citoyens peuvent cultiver des légumes à faible coût. Des ateliers de nutrition et d’éducation populaire sont aussi proposés. «Les citoyens peuvent prendre part à un atelier sur les courges ou sur la cuisine autochtone», illustre Julie Poirier, coordonnatrice des projets en nutrition et en éducation populaire.

La visite du quartier a été organisée par Jean Landry, conseiller aux activités de sensibilisation et de rapprochement pour Centraide du Grand Montréal, en collaboration avec Sylvie Quéré, directrice de la campagne Centraide UQAM, et Marc-André Fortin, codirecteur de la campagne.

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