Cancer du sein: une approche complémentaire

Annélie Sarah Anestin a étudié l'impact du yoga sur les effets secondaires de la chimiothérapie.

12 Avril 2018 à 16H58

Série Doc en poche
Un doctorat, ça ne change pas le monde, sauf que…

Photo: Nathalie St-Pierre

Annélie Sarah Anestin (Ph.D. psychologie, 2017)

Titre de sa thèse: «Impact du programme yoga Bali sur les effets secondaires liés à la chimiothérapie auprès de femmes atteintes d'un cancer du sein»

Directeur: Gilles Dupuis, professeur au Département de psychologie

Enjeu social: un des cancers les plus répandus

Le cancer du sein touche une femme sur neuf au Canada. C'est énorme. La bonne nouvelle, souligne Annélie Sarah Anestin, psychologue clinicienne et chercheuse dans le domaine de l'oncopsychologie, c'est que de plus en plus de femmes en réchappent. «Le taux de survie après cinq ans est de 87%, dit-elle. Il est donc important de se pencher sur la qualité de vie des survivantes.»

Annélie Sarah Anestin s'intéressait déjà aux différents aspects de la psychologie de la santé. C'est grâce à son directeur de thèse, Gilles Dupuis, qu'elle a été amenée à collaborer à un projet de recherche entrepris initialement par la psychologue Dominique Lanctôt. Victime d'un cancer du sein, cette dernière avait retiré de tels bienfaits de la pratique du yoga qu'elle avait décidé de faire une thèse de doctorat sur le sujet, sous la direction de Gilles Dupuis. Sa recherche portait sur l'amélioration des symptômes psychologiques et de la qualité de vie de patientes en chimiothérapie pratiquant le yoga. Annélie Sarah Anestin a réalisé une deuxième étude, portant sur les effets physiques.

À côté de la toxicité gastro-intestinale causée par la chimiothérapie, qui entraîne nausées et vomissements, la fatigue est un enjeu important pour les patientes, note la psychologue. «C'est l'effet secondaire le plus souvent rapporté et, chez 30% des patientes, la fatigue peut persister jusqu'à un an après la fin des traitements.» Le but de sa recherche doctorale était d'évaluer les effets de la pratique d'un programme de yoga Bali sur ces effets secondaires.

«Dans le cas des problèmes de nausées et de vomissements, nous n'avons pas observé de différence entre les femmes qui pratiquaient le yoga et les autres, rapporte-t-elle. On peut penser que les participantes avaient déjà d'autres moyens pour lutter contre ces effets. Par contre, on a noté une meilleure gestion de la fatigue.»

Il y a plusieurs dimensions à la fatigue, précise Annélie Sarah Anestin. «La pratique du yoga aidait les femmes à se sentir plus en forme, à avoir plus d'énergie. Elles souffraient moins de lourdeur. Le yoga a aussi amélioré leur motivation à s'engager dans des activités, alors que chez les femmes du groupe témoin, il y a eu une détérioration du niveau de motivation au cours de l'étude.»

Ce qu'il faut changer

Ses résultats, qui portent sur un petit échantillon, demeurent préliminaires, note la chercheuse. «Il faudrait faire des études à plus large échelle pour mieux documenter les effets et les limites de cette pratique», dit-elle. Celle qui est devenue instructrice de yoga pour compléter sa thèse souhaite conduire de nouvelles recherches pour savoir dans quels cas, pour quels symptômes et pour quels types de cancer la pratique est la plus bénéfique.

Selon la psychologue, il existe trop peu de données probantes sur les différentes pratiques complémentaires proposées dans le domaine de l'oncologie, que ce soit le yoga, l'art thérapie ou d'autres approches liées au bien-être. «Même si ces pratiques connaissent un essor important, les patients sont réticents à en parler à leur médecin parce qu'ils ne savent pas comment cela sera perçu et, du côté médical, on n'a pas tendance à aborder ce type de méthodes parce qu'on ne les connaît pas assez ou qu'on est incertain de leur efficacité.»

Annélie Sarah Anestin insiste sur l'aspect complémentaire – plutôt qu'alternatif – de la pratique du yoga, qui ne remplace pas un traitement comme la chimiothérapie, mais qui peut améliorer la qualité de vie des patientes. «C'est une méthode qui n'est pas dangereuse, qui n'est pas invasive et qui peut avoir un impact sur la qualité de vie même après la fin des traitements pour celles qui décident de continuer à la pratiquer.»

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