Entre histoire et littérature

«Qu’est-ce que la littérature dit sur l’histoire que les historiens ne nous disent pas ou ne peuvent pas nous dire?»

21 Mai 2019 à 14H30

Série Acfas 2019
Plusieurs scientifiques de l'UQAM organisent des colloques dans le cadre du congrès qui a lieu à l'Université du Québec en Outaouais du 27 au 31 mai.

Les auteurs dont il sera queston au colloque effectuent un travail sur l'archive, rivalisant de sérieux avec les historiens. Photo: Getty/Images

Parallèlement aux nombreux récits d’autofiction qui se sont multipliés au cours des dernières décennies, un nouveau courant littéraire cherche à se connecter avec l’histoire. «Utilisant diverses archives, des œuvres littéraires produites en France et au Québec ces 30 dernières années s’intéressent à des périodes ou événements historiques – Révolution française, Guerres mondiales, Crise d’octobre 70 au Québec – pour mieux interroger les rapports entre la fiction et le réel et entre le vrai et le vraisemblable», observe le professeur du Département d’études littéraires Robert Dion, coresponsable du colloque De l’archive à l’œuvre: la mémoire face à la crise historique en littérature contemporaine (27 mai).

«Qu’est-ce que la littérature dit sur l’histoire que les historiens ne nous disent pas ou ne peuvent pas nous dire? Cette question animera les débats», souligne Robert Dion. Les auteurs dont il sera question au colloque ne font pas de l’histoire romancée, ajoute le professeur. «Ils utilisent des techniques littéraires avant-gardistes et effectuent un travail sur l’archive, rivalisant de sérieux avec les historiens.»

Robert Dion présentera une communication sur Léonard et Machiavel (2008), un récit de Philippe Boucheron, historien devenu romancier. «Dans ce récit, l’auteur se tient sur la frontière entre fiction et histoire pour imaginer ce qu’aurait pu être la rencontre, probable mais non attestée, entre Léonard de Vinci et Nicolas Machiavel, au moment où éclate une crise politique à l’époque de la Renaissance.»

Une autre communication portera sur le roman français L’indigène (2014), de Jean-Denis Clabaut, qui traite d’un épisode méconnu de la Première Guerre mondiale: l’enrôlement de travailleurs sénégalais dans l’armée coloniale française.

La Crise d’octobre 70 au Québec a suscité l’intérêt de plusieurs romanciers et poètes. Le stagiaire postdoctoral Éric Chevrette (M.A. études littéraires, 2008), coresponsable du colloque, parlera du roman Le personnage secondaire (2006), signé par l’écrivain et cinéaste Carl Leblanc. «Dans ce récit au statut ambigu, l’auteur souligne le rôle occulté de l’otage James Richard Cross, relève le professeur. Il montre que ce diplomate d’origine irlandaise, désigné comme un représentant du colonialisme britannique, était favorable au débat sur l’indépendance du Québec.»

Comment expliquer cet intérêt renouvelé de la littérature pour l’histoire? «Nous vivons dans une société qui valorise la mémoire et la commémoration, indique Robert Dion. De plus, le fait que de nouvelles archives soient maintenant accessibles – comme celles concernant l’occupation nazie en France ou la guerre d’Algérie – incite à revisiter l’histoire. Enfin, alors que les témoins de grands événements historiques du 20e siècle sont en train de disparaître, certains se demandent comment transmettre la mémoire autrement que par le témoignage. Hors des discours des spécialistes, la fiction littéraire peut prendre le relais.»

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