Fermière engagée

Annie-Claude Lauzon propose une entreprise agricole innovatrice et respectueuse de l’environnement.

9 Juillet 2019 à 15H51

Série «Sur le terrain»
Des diplômés de l'UQAM qui ont fait leurs preuves répondent à 10 questions sur leur univers professionnel.

Annie-Claude Lauzon et Justine Chouinard.Photo: Alex Chabot pour Les Fermiers

En 2018, les agricultrices Annie-Claude Lauzon (B.A. relations internationales et droit international, 2008; M.Sc. sciences de l’environnement, 2015) et Justine Chouinard (B.A. histoire de l’art, 2013) ont démarré La Fermette, une entreprise agricole à échelle humaine et durable située à Hemmingford, en Montérégie. On y cultive plus d’une trentaine de variétés de légumes biologiques, dont des verdurettes (roquette, moutarde, mini-kale, etc.) et plusieurs sortes de tomates. Les deux entrepreneuses ont amorcé leur projet en s’associant avec les restaurateurs montréalais de La Buvette chez Simone et du Café Parvis.

On peut suivre les péripéties d’Annie-Claude Lauzon et de Justine Chouinard dans le cadre de l’émission Les fermiers, diffusées en ligne sur le site web d’Unis.tv, ainsi qu’en rediffusion sur la chaîne télé. La première saison portait sur le quotidien de jardiniers maraîchers en agriculture biologique au Québec, tandis que la deuxième saison abordait la création de La Fermette.

En plus de fournir des légumes frais aux restaurants et épiceries de Montréal comme la Buvette chez Simone, le Butterblume, Mon lapin, la Petite-Boulangerie et le Vin papillon, La Fermette vend ses surplus au public. Il est possible d’acheter leurs produits au marché des Éclusiers du Vieux-Port de Montréal, les samedis jusqu’au 30 octobre, ainsi qu’au marché de la Buvette chez Simone, sur l’avenue du Parc, les mercredis après-midis, jusqu’au 30 septembre. Les vendredis après-midis, on peut se procurer des légumes directement à la ferme.

Annie-Claude Lauzon a appris les rudiments du métier en travaillant sur de nombreuses fermes, dont la Ferme des Quatre-Temps, auprès de son mentor Jean-Martin Fortier, un pionnier de l’agriculture biologique de petite surface. En tant qu’apicultrice et ancienne membre du Collectif de recherche en aménagement paysager et agriculture urbaine durable (CRAPAUD) de l’UQAM, elle a aussi participé aux jardins collectifs du Complexe des sciences Pierre-Dansereau et à l’installation du rucher de l’UQAM au pavillon de Design.

Quelle est la plus grande qualité pour être heureuse dans votre domaine?

Il faut être convaincue de l’importance de nos actions, soit de cultiver des légumes sains pour nourrir les gens. C’est très satisfaisant malgré les conditions parfois difficiles.

Votre plus grande réussite?

Le projet de la Fermette, bien sûr, qui repose sur un modèle d’agriculture bio-intensive, un type d’agriculture consistant à tirer le maximum de rendement sur une petite surface. On produit des cultures courtes, ce qui favorise une rotation rapide des variétés de légumes. Le modèle s’inspire des techniques agricoles utilisées par les jardiniers parisiens du 19e siècle pour nourrir la population. 

Un faux pas qui vous a servi de leçon?

Justine et moi avons débuté notre première saison un peu trop rapidement sans connaître le sol. C’était une grande prise de risque qui a engendré beaucoup trop de stress! Au final, nous avons été chanceuses: la récolte a été bonne. Mais si c’était à refaire, je prendrais le temps de bien analyser la terre à cultiver pour avoir la conscience plus tranquille…

Un bon coup d'un compétiteur que vous auriez aimé faire?

Eliot Coleman, un pionnier de l’agriculture bio-intensive aux États-Unis, qui a réussi à produire, dans sa microferme du Maine, plusieurs variétés de légumes durant l’hiver, et ce, malgré le temps froid. Il cultive des légumes locaux durant toute l’année.

La dernière tendance dans votre secteur?

L’engouement pour les produits biologiques chez les consommateurs. Une minorité de fermes au Québec produisent des fruits et des légumes biologiques, mais les jeunes agriculteurs s’y intéressent de plus en plus.

Et ce qui est définitivement dépassé?

Le chimique, non seulement les pesticides mais aussi les engrais pour le sol. Il vaut mieux fertiliser avec des apports bio et se préoccuper davantage de l’environnement autour des fermes. Les prés fleuris avoisinant notre ferme, par exemple, attirent les pollinisateurs et les insectes prédateurs qui éloignent ceux qui sont nuisibles. Tout cela est bon pour faire pousser les légumes. C’est une agriculture plus résiliente.

Sur la scène nationale ou internationale, qui est l'influenceur de l'heure?

Jean-Martin Fortier de la Ferme des Quatre-temps. C’est la référence pour comprendre l’ABC de l’agriculture biologique. Il a su mettre l’agriculture à l’avant-scène au Québec et plusieurs citoyens ont commencé à jardiner grâce à lui. Son livre Le jardinier maraîcher est maintenant traduit en plusieurs langues.

Nommez une étoile montante qui vous inspire.

Les fermes biologiques Tourne-Sol et Agricola, pour leur modèle de coopérative agricole et pour la diversité de leurs produits. Située en Montérégie, la première est une ferme à grande surface et propose une variété de légumes biologiques ainsi que des semences vendues en ligne. La deuxième, située à Buckingham en Outaouais, est une petite ferme où l’on cultive des fleurs, des fines herbes et des légumes biologiques.

Quel est le livre qu'il faut lire en ce moment?

Faire campagne: joies et désillusions du renouveau agricole au Québec (La Pastèque), une bande dessinée québécoise qui s’intéresse à une nouvelle génération d’agriculteurs. Écrite par le journaliste indépendant Rémy Bourdillon et illustrée par Pierre-Yves Cézard, la BD présente, de manière simple et accessible, les enjeux agricoles au Québec. Les ouvrages d’Eliot Coleman sont aussi des incontournables pour quiconque s’intéresse à l’agriculture biologique.

Les deux principaux conseils que vous donneriez à un jeune qui commence sa carrière?

Le métier d’agricultrice, ça s’apprend d’abord en travaillant sur des fermes. On y prend de l’expérience et on se familiarise avec les différents modèles d’entreprise agricole. Si on souhaite lancer sa propre ferme, il faut prendre le temps de définir son projet et bien s’entourer. Il ne faut surtout pas hésiter à demander de l’aide parce que les tâches à faire et les concepts à maîtriser sont nombreux!  

PARTAGER
COMMENTAIRES 1 COMMENTAIRE

Commentaires

Félicitations à Annie-Claude et Justine pour leur projet. J'ai la chance de temps à autres de goûter à leurs bijoux de légumes et ils sont très bons. Bonne continuation dans cette belle aventure agrobioalimentaire. Il nous faut plus de femmes comme vous dans ce domaine.