Anxiété et dépression au travail

Les employés aux prises avec des problèmes de santé mentale ont besoin de se sentir en contrôle de leur environnement.

11 Octobre 2019 à 15H27

La prise de pouvoir sur son espace de travail ainsi que la capacité à dire non, à moduler son énergie et à respecter ses limites font partie des stratégies d’autogestion les plus efficaces pour les travailleurs anxieux ou dépressifs. Photo: Getty Images

La prise de pouvoir sur son espace de travail ainsi que la capacité à dire non, à moduler son énergie et à respecter ses limites font partie des stratégies d’autogestion les plus efficaces pour les travailleurs anxieux ou dépressifs. C’est ce qui ressort d’une étude menée auprès d’employés travaillant dans différentes entreprises canadiennes et réalisée par les professeures du Département de psychologie Sophie Meunier (B.Sc. psychologie, 2004) et Janie Houle (Ph.D. psychologie, 2005), en collaboration avec la doctorante Camille Roberge (B.Sc. psychologie, 2017) et le professeur Simon Coulombe de l’Université Wilfrid Laurier, à Waterloo. Intitulée Feeling better at work!, la recherche a été publiée en juillet dernier dans la revue Journal of Affective Disorders.

Ces stratégies permettent aux personnes souffrant de problèmes de santé mentale d’avoir le contrôle de leur vie au travail et de respecter leurs limites, précise Sophie Meunier. «Elles ont ainsi moins l’impression qu’elles doivent subir leur environnement de travail.»

Employés versus gestionnaires

Plusieurs stratégies ont trait à des gestes simples que l’on peut faire sans changer son environnement de travail ou modifier son horaire, souligne la chercheuse. Pourtant, les gestionnaires interrogés dans le cadre de l’étude n’ont pas identifié de telles stratégies d’empowerment comme étant les plus importantes et utiles aux employés. Ces derniers ont plutôt relevé l’importance d’éviter les situations stressantes ou les relations interpersonnelles malsaines. Pour les employés, cependant, de telles situations ne peuvent pas toujours être contournées, note Sophie Meunier. «Les gestionnaires, de par leur position d’autorité, ont peut-être un plus grand contrôle de ce qu’ils peuvent éviter au travail, dit-elle. Les stratégies d’autogestion peuvent donc varier selon la position hiérarchique.»

D’autres stratégies d’autogestion liées au quotidien, telles que s’engager à faire des exercices de méditation, éviter de consommer de l’alcool, suivre une routine, poursuivre sa médication ou conserver un bon équilibre entre sa vie personnelle et son travail, peuvent s’ajouter aux mesures prises par les personnes anxieuses ou dépressives pour être heureuses au travail.  À l’instar des employés, les gestionnaires ont noté la conciliation travail-vie personnelle et le fait d’entretenir des relations harmonieuses positives avec ses collègues parmi les meilleures stratégies à adopter.

Les participants de l’étude, une trentaine d’employés recrutés dans des entreprises canadiennes, avaient pour tâche de remplir un formulaire en ligne dans lequel ils devaient sélectionner, parmi une liste de 60 stratégies d’autogestion, celles pouvant le mieux s’appliquer au travail. Ils devaient, par la suite, évaluer chacune de ces stratégies en fonction de son efficacité à réduire leurs symptômes d’anxiété et de dépression. Les participants pouvaient également ajouter de nouvelles stratégies. Une vingtaine de gestionnaires, qui ne souffraient pas d’anxiété ou de dépression, mais qui avaient déjà eu à faire face à de tels problèmes au sein de leurs équipes, ainsi que des chercheurs spécialistes en santé mentale ont aussi répondu au questionnaire.

Cette étude fait suite à la recherche Je vais mieux, menée par la professeure Janie Houle en 2014 et à laquelle a aussi participé Sophie Meunier. Cette étude visait à identifier les stratégies d’autogestion de personnes en rétablissement et à définir les comportements ou les manières de penser les aidant à prévenir les rechutes ou à se sentir bien. Les chercheuses ont voulu savoir, dans un deuxième temps, si ces méthodes d’autogestion personnelles pouvaient aussi s’appliquer en milieu de travail.

De meilleurs programmes d’aide aux employés

Pour améliorer les programmes d’aide, il faut tenir compte du point de vue des employés et de leurs besoins, soutient la chercheuse. «La recherche met en lumière l’importance de mieux informer les gestionnaires au sujet des besoins de leurs employés, souligne Sophie Meunier. Les gestionnaires se sentent souvent démunis face aux difficultés vécues par leurs équipes, d’où l’importance de bien les former.»

Pour remédier à une situation difficile au travail, la tâche n’incombe pas seulement aux employés, martèle Sophie Meunier. La professeure mène actuellement une recherche financée par le Fonds de Recherche du Québec - Société et Culture (FRQSC) afin d’établir si les stratégies d’autogestion mises en place par les employés souffrant de troubles anxieux et dépressifs varient en fonction de l’âge et du type d’emploi. «Si l’employé met en place de bonnes pratiques d’autogestion, mais que l’environnement de travail est toxique, le gestionnaire doit être capable de régler le problème, avance la chercheuse. La solution gagnante, c’est d’avoir, d’un côté, des travailleurs qui adoptent de bonnes stratégies individuelles et, de l’autre, des entreprises qui assument leur part de responsabilité pour veiller au bien-être de leurs employés.»

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