Une architecture des sens

Le Centre de design présente une exposition consacrée à l’approche humaniste de l’agence Ferrier Marchetti Studio.

7 Octobre 2019 à 16H47

L'exposition Entre-deux s'ouvre sur l'installation Impressionimus, une reconstruction d'un fragment de la façade du siège communuataire de la Métropole Rouen Normandie, métropole française située dans le département de la Seine-Maritime.
Photo :Nathalie St-Pierre

Pour amorcer sa saison, le Centre de Design propose en première nord-américaine l’exposition Entre-deux: Ferrier Marchetti Studio – une architecture de la résonance. Au moyen de maquettes, de dessins, d’artefacts et d’images vidéo, l’exposition présente le travail des agences Jacques Ferrier architecture et Sensual City Studio, regroupées depuis peu sous le nom de Ferrier Marchetti Studio (FMS). Possédant des bureaux à Paris, Shanghai et Lisbonne, l’agence FMS est constituée d’une équipe de quelque 60 architectes qui partagent une vision humaniste de la vie urbaine.

Conçue par Pauline Marchetti de l’agence FMS avec la collaboration du professeur de l’École de design Philippe Lupien, Entre-deux vise à faire connaitre une pratique exploratoire de l’architecture et du design urbain.  Animée par une volonté de reconsidérer les infrastructures urbaines et l’architecture sous l’angle du développement durable et de l’importance des sens et des plaisirs dans la ville, l’agence Ferrier Marchetti Studio place l’expérience humaine au centre de ses projets.

«Marquée par le pragmatisme et le fonctionnalisme, par un désir de contrôler les ambiances, l’architecture du 20e siècle a souvent produit des espaces et des bâtiments aseptisés et décontextualisés, limitant la capacité des citadins de s’approprier la ville, souligne l’architecte paysagiste Philippe Lupien, co-commissaire de l’exposition. Jacques Ferrier et Pauline Marchetti proposent de repenser radicalement le rôle de l’architecture et de la technique. Dans des villes comme Paris, New York ou Shanghai, ils s’intéressent aux possibilités offertes par l’architecture de vivre des expériences sensibles, dans le respect de la qualité de l’environnement.»

Les projets architecturaux de l’agence FMS créent des écosystèmes reliant la ville à la nature, comme si chaque bâtiment était porteur de son propre paysage, attentif à la qualité de l’eau et de l’air, au rythme des saisons, au cycle naturel jour-nuit. «Une des particularités du travail de l’agence FMS consiste à intégrer dans la structure des édifices la dimension culturelle de l’expression architecturale et les technologies écologiques, comme les panneaux voltaïques, la géothermie et les écosystèmes végétaux», observe le professeur.

Une ville sensuelle

Pour Ferrier et Marchetti, l’urbanisme géométrique doit céder la place à la ville sensuelle. «Les deux architectes accordent une grande importance à la dimension sensible de l’espace et du bâti – volume, matérialité, lumière, ambiances –, aux sensations que l’on éprouve en occupant un bâtiment», note Philippe Lupien.

Siège communautaire de la Métropole Rouen Normandie. Photo: Luc Boegly

L’un des projets architecturaux qui illustre le mieux cette approche est celui du siège communautaire de la Métropole Rouen Normandie, métropole française située dans le département de la Seine-Maritime. «La façade du bâtiment est revêtue d’écailles de verre subtilement colorées, précise le professeur. Irisant et diffractant la lumière solaire, elles parent le bâtiment de touches de couleur qui se démultiplient avec les reflets du fleuve.» Le verre est doublé d’une couche d’oxydes métalliques qui, de l’extérieur, crée un reflet iridescent coloré, et qui s’efface vu de l’intérieur, n’altérant pas la vision des espaces de travail. «En toiture, les écailles de verre deviennent des panneaux photovoltaïques qui contribuent à l’autonomie énergétique du bâtiment», indique Philippe Lupien.

Ces couleurs changeantes sont une évocation contemporaine de l’étude de la lumière et des variations chromatiques dans les multiples tableaux du portail de la cathédrale de Rouen réalisés par le peintre impressionniste Claude Monet. «En ce sens, le siège de la Métropole Rouen Normandie est un bel exemple d’intégration culturelle et de technologie écologique», remarque le commissaire.

L’exposition s’ouvre d’ailleurs avec la spectaculaire installation Impressionimus, qui est une reconstruction d’un fragment de la façade du siège de la Métropole Rouen Normandie. Entre-deux présente aussi les maquettes du siège social de la gare Saint-Lazare, à Paris, dont la façade de reflets colorés et les jardins potagers suspendus créent une architecture de sensations, du pavillon de la France conçu pour l’exposition universelle de Shanghai en 2010, du lycée français international de Pékin et du parc aquatique Aqualagon, en France, constitué d’un grand chapiteau de verre et de bois.

«Nous avons choisi des projets architecturaux ayant une vertu pédagogique et qui, grâce à des maquettes, des dessins, des objets et des échantillons, permettent au grand public et aux étudiants de saisir la démarche exploratoire de Ferrier et Marchetti»,  dit le professeur.

Les visiteurs peuvent également visionner la vidéo Faire corps avec la ville, qui nous plonge dans la réalité virtuelle de New York, Marseille et Shanghai. Ces villes sont explorées de l’intérieur, à travers les ambiances et les styles de vie de leurs habitants.    

La notion de seuil

L’exposition se termine avec la présentation du travail des étudiants inscrits à l’atelier de design international tenu en mai 2019 à l’École de design, sous la direction de Jacques Ferrier. Dans le cadre de cet de cet atelier, les étudiants devaient aborder la notion de seuil en suivant un parcours de six segments à travers le centre-ville de Montréal et en jouant avec l’espace, les odeurs, les sons, les couleurs et la lumière.  

 «Dans leurs projets, Ferrier et Marchetti s’intéressent aux seuils, à ces espaces de transition ou entre-deux permettant de créer des sensations, des séquences d’ambiances variées entre les pièces d’un bâtiment, entre l’intérieur et l’extérieur, lesquelles sont autant de possibilités d’expériences individuelles et d’appropriations collectives», note Philippe Lupien.  

En marge de l’exposition, qui se poursuit jusqu’au 10 novembre, une journée d’étude intitulée Les sens et la ville, comment les sens contribuent  à créer une nouvelle urbanité? aura lieu au Centre de design (local DE-3550) le 30 octobre prochain, à 18h, en présence de Jacques Ferrier et de Pauline Marchetti, des professeurs de l'Université de Montréal Anne Cormier et Georges Adamczyk, et des architectes Rami Bebawi, de chez Kanva, et Hubert Pelletier, cofondateur de Pelletier de Fontenay.

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