À la découverte du slam

Un programme d’ateliers d’écriture créative conçu à l’UQAM fait le bonheur d’écoliers haïtiens.

7 Juin 2019 à 9H31

Une soixantaine d’écoliers de Port-au-Prince, en Haïti, ont participé, l’hiver dernier, à des ateliers d’écriture de slam conçus par des Uqamiens. Mené par la professeure du Département d'éducation et formation spécialisées Chantal Ouellet, le projet avait pour but de former une douzaine d’enseignants du primaire afin d’aider des élèves âgés de 12 à 13 ans à consolider leurs compétences en lecture et en écriture tout en les initiant à la pratique poétique du slam.

Pendant 13 semaines, les enseignants de l’Institution du Sacré-Cœur (école pour filles) et de l’École nationale Jean-Marie Guilloux (école pour garçons) ont donné tous les samedis matins des ateliers d’écriture aux élèves. «Le slam est une forme de poésie contemporaine et urbaine qui rejoint davantage les jeunes que la poésie traditionnelle, explique Chantal Ouellet. Les règles du slam sont un peu moins strictes. La pratique permet, par exemple, le recours à plusieurs langues, ce qui plaît beaucoup aux élèves haïtiens qui parlent le français et le créole.»

Écrire en contexte d’instabilité sociale et politique

Les jeunes participants aux ateliers d’écriture de slam posent en compagnie de leurs animateurs et du coordonnateur du projet en Haïti Pierre Jonas Romain (au centre). Photo: Fondation Digicel-Haïti

Les ateliers d’écriture se sont déroulés en pleine période de crise en Haïti. La pénurie de carburant a donné lieu à plusieurs scènes d’émeute, de pillage et de vandalisme. «Grâce au slam, les élèves ont pu exprimer leur trop-plein d’émotions face à la situation, et ce, de manière ludique, souligne la professeure et spécialiste en orthodidactique de la lecture et de l’écriture. Faisant preuve de courage, de persévérance et d’une grande maturité, «les élèves ont rédigé de très bons textes dans lesquels ils ont pu dénoncer la situation sans perdre espoir».

Développé en partenariat avec la Fondation haïtienne Digicel, qui a pour mission d’investir dans des programmes de développement durable, ce programme fait également partie des projets de coopération bilatérale Québec-Haïti 2017-2018 financés par le ministère des Relations internationales et de la Francophonie. L’initiative a aussi reçu une subvention du Fonds mondial pour l’enseignement du français.

Le programme d’ateliers d’écriture créative a été conçu par la chargée de cours du Département d'éducation et formation spécialisées Amal Boultif (Ph.D. éducation, 2018), une ancienne étudiante de la professeure Ouellet dont la thèse portait sur les retombées d’un atelier d’écriture de slam sur la motivation à écrire et sur la créativité d’élèves fréquentant l’école secondaire. Le poète haïtien, animateur d’ateliers de poésie auprès des jeunes et formateur pour la Fondation Digicel Pierre Jonas Romain (C. éducation préscolaire et enseignement primaire, 2014) a aussi participé à la conception des ateliers ainsi qu’à la formation des enseignants à Port-au-Prince. Pierre Jonas Romain est un ancien participant du programme de perfectionnement des professeurs et formateurs haïtiens offert à l’UQAM par la Faculté des sciences de l’éducation. La formation délocalisée a fait partie d’un projet de coopération UQAM-Digicel.

Un prix du public pour le meilleur slam

L’activité parascolaire s’est terminée en avril dernier par un grand slam devant les parents des écoliers, leurs enseignants et leurs amis. Des médias haïtiens étaient aussi sur place. Les jeunes filles de l’Institution du Sacré-Cœur ont offert la meilleure performance. Gonflées à bloc par le succès de cette première expérience, elles ont participé à la deuxième édition du concours international «Slame tes accents», organisé par le Centre de la francophonie des Amériques. Le 9 mai dernier, elles ont remporté le Premier Prix du public. Les élèves de l’École nationale Jean-Marie Guilloux ont obtenu pour leur part la troisième place.

Chantal Ouellet, qui est aussi professeure associée à l’Institut des sciences, des technologies et des études avancées d’Haïti (ISTEAH), espère maintenant que d’autres enseignants haïtiens se montreront intéressés à mettre sur pied des ateliers d’écriture créative.

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