À la découverte du Vieux-Longueuil

Dans le cadre de la campagne Centraide, des Uqamiens ont visité l’arrondissement et l’organisme communautaire La Maison de Jonathan.

29 Octobre 2019 à 16H58

La Maison Jonathan accueille, depuis 1981, des jeunes de 12 à 17 ans vivant diverses difficultés.
Photo :Nathalie St-Pierre

Avec ses jolies maisons centenaires, son site patrimonial, ses grandes artères commerciales et ses établissements postsecondaires, l’arrondissement du Vieux-Longueuil, qui regroupe les municipalités de Longueuil et de LeMoyne, cache sous son charme apparent une réalité fort différente. «Dans la grande agglomération de Longueuil, c’est ici que l’on trouve le plus de familles vivant sous le seuil de la pauvreté, dont plusieurs mères monoparentales, ainsi que la proportion la plus élevée de locataires. Il y a aussi beaucoup d’aînés et de personnes seules», annonce d’entrée de jeu le directeur général de la Corporation de développement communautaire (CDC) de l’agglomération de Longueuil, Martin Boire (B.A. science politique, 2010), à la quarantaine de personnes réunies pour la visite, des Uqamiens ainsi que des membres du comité organisateur de la campagne Centraide de BAnQ. La CDC a fait paraître l’été dernier un portrait social de cet arrondissement qui compte 142 000 habitants, le plus peuplé de la ville de Longueuil.

Offerte dans le cadre de la campagne Centraide, la visite du 24 octobre dernier avait pour but de faire découvrir le quartier et ses nombreux organismes communautaires, dont plusieurs sont financés par Centraide du Grand Montréal.

Une vie communautaire riche

Quelque 270 organismes communautaires à vocation locale ou régionale ont pignon sur rue dans l’arrondissement. Est-ce trop pour un si petit territoire? «Pas du tout!, répond Martin Boire. Chaque organisme a son utilité de par les différentes populations vulnérables qui habitent le quartier et de par la situation géographique spécifique qui renforce l’isolement, puisque le territoire est traversé par un chemin de fer.»

L’organisme L’envol offre ainsi soutien et accompagnement aux jeunes mères de moins de 25 ans alors que la Maison de la famille de LeMoyne s’adresse aux familles de manière plus générale. «Une jeune maman peut se sentir plus à l’aise dans un programme qui s’adresse à ses besoins en particulier», note Martin Boire.

Autre problème: l’étalement urbain, qui fait des déplacements un véritable casse-tête pour les populations vulnérables. Dans l’ancien quartier LeMoyne, à deux pas de Saint-Lambert, les commerces et les services de proximité sont pratiquement inexistants. «L’épicerie se trouve dans le quartier plus riche de Saint-Lambert, s’insurge Martin Boire. Les personnes âgées ou à mobilité réduite de LeMoyne n’ont d’autre choix que de payer un taxi pour s’y rendre ou de se rabattre sur de la bouffe de dépanneur.»

L'agglomération de Longueuil

L’agglomération de Longueuil regroupe les villes de Longueuil, de Boucherville, de Brossard, de Saint-Lambert et de Saint-Bruno-de-Montarville. La ville de Longueuil comprend, pour sa part, les arrondissements de Greenfield Park, de Saint-Hubert et du Vieux-Longueuil.

Pour les jeunes parents du quartier, la situation n’est guère mieux. «Le seul CPE du coin est situé de l’autre côté du chemin de fer, précise Martin Boire. Les mamans doivent passer chaque matin par la voie ferrée! C’est complètement absurde et, en plus, très dangereux.»

Pour remédier à la situation précaire des résidents du quartier, l’ancienne église Saint-Maxime, située sur la rue Charron au cœur de LeMoyne et où loge déjà la CDC-Longueuil, sera au cours des prochaines années reconvertie en centre communautaire. L’aménagement d’un CPE est aussi prévu.

Des ressources en itinérance et pour les nouveaux arrivants 

D’autres organismes viennent en aide aux itinérants, comme la Casa Bernard-Hubert, qui offre de l’hébergement à plus ou moins long terme aux hommes sans-abri, ou Macadam Sud, qui s’adresse aux jeunes marginaux de moins de 35 ans. «Le visage de l’itinérance est différent de celui de Montréal, explique le directeur général de la CDC-Longueuil. Les sans-abri de Longueuil se déplacent à Montréal, le jour, et retournent sur la Rive-Sud la nuit, pour y dormir. Ils butinent souvent d’un logement d’ami à l’autre.»

L’arrondissement du Vieux-Longueuil compte de nombreux nouveaux arrivants. «Le Carrefour le Moutier, un organisme qui favorise l’insertion sociale tout en proposant de l’accompagnement pour les immigrants, fête cette année ses 50 ans, dit Martin Boire. C’est l’un des plus vieux organismes communautaires de Longueuil.» Comme de nombreux organismes communautaires de la ville ont été fondés dans les années 70 et 80, ces derniers ont dû s’adapter pour répondre aux besoins des nouveaux arrivants et renouveler leurs pratiques, observe Martin Boire.

La Maison de Jonathan

La visite de quartier prend fin dans les magnifiques locaux de La Maison de Jonathan, nommée en l’honneur du roman initiatique de Richard Bach, Jonathan Livingstone le goéland. Les intervenants Christopher Brown-Hernandez et Steve Pinel, l’enseignant Gabriel Tremblay ainsi que le directeur général Alex Gauthier accueillent chaleureusement les participants avec du café et des gâteaux. Après le mot de bienvenue, les intervenants font faire la visite de la maison.

La Maison Jonathan accueille, depuis 1981, des jeunes de 12 à 17 ans vivant des difficultés scolaires, personnelles, familiales ou sociales afin de les aider à raccrocher aux études grâce à des ateliers artistiques et à un programme scolaire des matières de base. Les jeunes prennent ainsi une pause de leurs études pour refaire le plein d’énergie et résoudre leurs problèmes. Une panoplie d’ateliers en petits groupes sont offerts aux jeunes décrocheurs: menuiserie, cuisine, émail sur cuivre, modèle réduit, poterie, vitrail, musique… Il y en a pour tous les goûts!

Des salles d’étude ont été aménagées afin d’aider les jeunes en mathématiques, en français et en anglais dans une formule «un intervenant pour un écolier». Une quinzaine de bénévoles et des stagiaires viennent compléter l’équipe de supervision des ateliers et du programme scolaire. Une cinquantaine de jeunes fréquentent le centre par année.

Chaque chambre de la maison abrite un atelier. Le matériel artistique est des plus complets et modernes. Le four à poterie côtoie les pots d’acrylique aux mille couleurs et les instruments de musique. Les projets des jeunes sont affichés sur les murs: masque de Batman sur vitrail, sac à main en feutre, fusée, voiture en modèle réduit, etc. «Ils ont vraiment du talent!», souffle une Uqamienne. «À la fin de l’année, les jeunes préparent une exposition devant parents et amis, précise l’intervenant Christopher Brown-Hernandez. Ça fait de beaux cadeaux à offrir!» L’organisme possède, par ailleurs, un rucher et vend du miel afin de financer ses activités.

Selon l’intervenant, environ 90% des jeunes qui fréquentent les ateliers de la Maison de Jonathan retournent à l’école.

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