Cathy Wong: la force de l'engagement

Première femme à présider le Conseil municipal de Montréal, la diplômée en droit a fait de l'engagement social le moteur de sa carrière.

4 Juin 2019 à 15H41

Série L'esprit UQAM
On les reconnaît à leur audace, à leur esprit d’innovation, à leur sens de l’engagement. Ils ont «l’esprit UQAM». À l’occasion du 50e, des diplômés qui ont fait leur marque dans toutes les sphères de la société évoquent leur parcours uqamien. Cette série a été créée pour le site web UQAM: 50 ans d'audace.

Son désir de s'engager date de l'adolescence. De retour d'un voyage en Chine, pays natal de ses parents, Cathy Wong (LL.B., 2008) prend conscience de sa chance de vivre dans une démocratie. Durant ses études, elle milite pour différentes causes, fait du travail pro bono, écrit dans le journal étudiant, participe à des simulations parlementaires et à des débats oratoires. En sortant de l'université, elle participe à la reconstruction du YMCA de Port-au-Prince, détruit par le tremblement de terre qui a frappé la ville en 2010, préside le Jeune Conseil de Montréal, puis le Forum jeunesse de l'île de Montréal. La jeune femme fait de l'engagement social le moteur de sa carrière.

Agente de développement du secteur jeunesse des YMCA du Québec, elle forme des jeunes à l'engagement citoyen, tout en s'impliquant elle-même dans divers conseils d'administration: Société des célébrations du 375e anniversaire de Montréal, Offices jeunesse internationaux du Québec, comité consultatif d'Élections Canada, théâtre Jean-Duceppe, Conseil des Montréalaises, dont elle devient, à 27 ans, la plus jeune présidente. Excellente communicatrice  (elle a fait partie de l'émission La Course Évasion autour du monde en 2011), elle signe des chroniques dans le journal Le Devoir et participe à de nombreuses émissions de radio.

Élue en 2017 conseillère de ville, Cathy Wong a été nommée présidente du Conseil municipal de Montréal, une instance impartiale gardienne des valeurs démocratiques de la Ville. Une victoire pour celle qui milite depuis toujours pour la cause féministe: elle est la première femme à occuper ce poste, qui lui confère également la responsabilité d'agir comme deuxième hôtesse officielle de l'hôtel de ville, après la mairesse. 

Quel type d'étudiante étiez-vous?

Engagée. J'avais choisi l'UQAM parce que je voulais étudier dans une université engagée, que ce soit dans des mouvements sociaux ou des débats politiques. Donc, je saisissais toutes les occasions que j'avais de m'impliquer et j'étais partout. En me permettant de m'impliquer ainsi, l'UQAM a vraiment ouvert mes horizons.

Que rêviez-vous de devenir?

À cette époque, cela changeait à tous les jours selon le cours que je suivais, le professeur ou le sujet de l'actualité (rires). À l'UQAM, le droit nous ouvrait à toutes sortes de possibilités. Être avocat ou notaire n'étaient pas les seules directions dans lesquelles on t'enlignait. C'est grâce à cela que je fais ce que je fais aujourd'hui. Mais s'il faut répondre de façon plus spécifique, je me souviens d'avoir voulu faire du droit international, ce qui est plutôt amusant considérant que je fais aujourd'hui de la politique municipale!

Quelle idée, quel concept, quel buzzword était à la mode dans votre domaine à l'époque de vos études?

Le buzzword de l'époque – mais je pense que c'est toujours le cas aujourd'hui –, c'était «travail d'équipe». Il fallait faire des projets en équipe, des présentations en équipe et les profs nous évaluaient en équipe. À l'époque, c'était assez unique à l'UQAM. On ne retrouvait pas ça dans les autres facultés de droit de Montréal. Et malgré toutes les critiques des étudiants «tannés» de travailler en équipe, je dois dire que sur le marché du travail, particulièrement dans le domaine de la politique, on voit toute l'importance de valoriser le travail en équipe dès les études universitaires. Pour moi, aujourd'hui, savoir travailler en équipe est la clé de la réussite de tout projet, de tout changement social, de toute initiative collective. Et je suis extrêmement reconnaissante à l'UQAM de nous avoir inculqué cette valeur.

Quel était l'endroit préféré des étudiants pour se réunir?

Le premier endroit qui me vient à l'esprit, c'est l'Agora du pavillon Judith-Jasmin. Pour moi, c'était le cœur de l'UQAM, là où les étudiants passaient, où les idées circulaient… J'ai organisé des conférences pour la Journée internationale des femmes, le 8 mars, dans la salle Marie-Gérin-Lajoie, juste à côté, et les discussions se poursuivaient dans l'Agora.  Nous passions des soirées assis sur les bancs de béton à discuter, à lancer des projets. Même après avoir reçu mon diplôme, j'y suis retournée à plusieurs reprises pour participer à des conférences ou à d'autres activités. Pour moi, ce lieu demeure emblématique. Quand je pense à l'UQAM, je pense à ce lieu.

Pouvez-vous nommer un professeur, une phrase ou un cours qui vous a marquée?

Je veux nommer Rachel Chagnon, qui est toujours à l'UQAM et aujourd'hui à la direction de l'IREF [Institut de recherche et d'études féministes]. J'ai suivi plus d'un cours avec elle, mais celui qui m'a particulièrement marquée, c'est le cours sur le droit des femmes. C'est aussi une professeure avec laquelle nous nous sommes engagées au moment du projet de loi C-484 du gouvernement conservateur de l'époque, qui remettait en question le droit à l'avortement. Avec Rachel Chagnon, nous avions mobilisé des étudiants et étudiantes, nous avions collaboré avec des groupes de femmes, nous avions écrit à des élus et nous étions sorties dans la rue. Pour elle, l'éducation, ce n’est pas seulement dans la salle de classe, mais aussi à l'extérieur. Elle m'a marquée non seulement par le contenu de son enseignement, mais aussi par l'importance qu'elle accordait au fait de transférer le savoir dans des projets concrets et de travailler aux changements auxquels on croit dans la société.

Que souhaitez-vous à l'UQAM pour ses 50 ans?

J'ai toute une liste, mais je vais essayer de me limiter à trois choses. Premièrement, que l'UQAM demeure un laboratoire d'esprits engagés où on ose essayer des nouvelles choses, mélanger des parcours qui n'ont pas l'habitude de se rencontrer. L'UQAM l'est déjà, mais je lui souhaite de poursuivre dans cette direction-là. Deuxièmement, je lui souhaite de continuer à nourrir des esprits critiques. J'ai beaucoup aimé qu'on nous apprenne à être critiques par rapport aux enseignements et à remettre en question même ce que les professeurs nous enseignaient. L'UQAM a toujours été fière de mettre de l'avant le nom de son département des «sciences juridiques» parce que les «sciences juridiques», par rapport au droit, permettent justement de se questionner et de nourrir cet esprit critique. Finalement, je souhaite à l'UQAM d'être un exemple à l'international pour d'autres universités, un exemple d'université engagée, connectée à sa société et à son monde.

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