Cinquante ans de sexologie

À l’occasion des 50 ans du Département de sexologie, le passé et l’avenir de la discipline font l’objet d’un colloque.

19 Novembre 2019 à 11H38

Illustration: Getty/Images

L’entrée de la sexualité comme objet d’étude dans le monde universitaire coïncide avec la création à l’UQAM, en 1969, du Département de sexologie. L’UQAM devient alors la première université en Amérique du Nord à offrir une formation sur la sexualité humaine. Pour souligner son 50e anniversaire, le Département de sexologie organise le colloque «Naissance d’un département, avènement d’une discipline, développement d’une profession», qui aura lieu au pavillon Sherbrooke le 23 novembre prochain. L’événement vise à porter un regard tant sur le passé que sur l’avenir de la sexologie et de la profession de sexologue.

«Certes, il y a 50 ans, la sexualité humaine suscitait déjà l’intérêt de chercheurs provenant de divers horizons, mais de façon compartimentée, note la professeure du Département de sexologie Francine Duquet. La création du Département a favorisé la constitution d’un champ d’études et de recherche interdisciplinaire, autonome et distinct, dédié à la compréhension de l’ensemble des dimensions – biologiques, psychologiques, sociologiques – de la sexualité.»

Des pionniers de la sexologie à l’UQAM,  actifs dans les années 1970 et 1980, présenteront des témoignages au cours du colloque, alors que le professeur retraité André Dupras rappellera les étapes marquantes de l’histoire du Département. Isabelle Beaulieu, directrice générale de l’Ordre professionnel des sexologues du Québec (OPSQ), abordera les enjeux et défis actuels de la profession. Un débat, auquel participera Alain Giami, directeur scientifique de la World Association for Sexual Health (WAS), abordera les effets sur la pratique de la sexologie de l’identification de la santé sexuelle comme catégorie diagnostique. Le colloque se terminera par un hommage aux personnalités marquantes de la sexologie au Québec, aux personnes fondatrices du Département et aux professeurs retraités.

Formation à tous les cycles

L’UQAM demeure aujourd’hui la seule université en Amérique du Nord à offrir une formation en sexologie à tous les cycles d’études. «Après avoir créé, au début des années 1970, une mineure et une majeure permettant de former des pédagogues spécialisés en sexologie, le Département a mis en place, en 1978, un programme de baccalauréat professionnel donnant accès au titre de sexologue, rappelle Francine Duquet. Puis, une maîtrise comportant une double concentration (clinique et recherche-intervention) a été créée en 1980, suivie, en 2012, d’un doctorat qui vise à former des chercheurs destinés à travailler dans le milieu universitaire et dans les réseaux de l’éducation, de la santé et des services sociaux.» Depuis septembre dernier, deux nouveaux programmes se sont ajoutés à l’offre de formation: le certificat en études critiques des sexualités et le programme court de premier cycle en éducation à la sexualité en milieu scolaire. 

Le Département a été aussi un fer de lance dans la recherche en sexologie au Québec, laquelle a pris son envol au début des années 1980, au moment où le VIH-Sida commençait à faire des ravages. À partir des années 1990, les objets de recherche se sont diversifiés: sexualité des jeunes, hypersexualisation, homophobie, impact des nouvelles technologies de communication sur la sexualité, etc. «Cela dit, des thèmes comme la prévention des violences à caractère sexuel, la santé sexuelle et l’éducation à la sexualité sont demeurés des incontournables», note la professeure.

L’avènement d’une profession

Les professeurs du Département de sexologie, de concert avec l’Association des sexologues du Québec et le Regroupement professionnel des sexologues, ont participé aux travaux et réflexions qui ont conduit à la création, en 2013, de l’Ordre professionnel des sexologues du Québec. Depuis, le titre de sexologue est réservé aux membres accrédités de l’Ordre.

«Les participants au colloque se pencheront sur l’évolution de la profession de sexologue et sur les combats qui ont été menés pour défendre la place de la sexologie comme champ de connaissances, souligne Francine Duquet. Les sexologues sont aujourd’hui confrontés à de nouvelles problématiques, telle que la médicalisation de la sexualité et la diversité sexuelle et de genre. Ils sont aussi interpellés par l’éducation à la sexualité des jeunes, un enjeu de société fondamental. Souhaitons que cette éducation ne soit pas tributaire de l’intérêt que lui accorde un gouvernement, une commission scolaire ou une direction d’école.»

La question de la santé sexuelle fera également l’objet de discussions. La révision, depuis 2010, des deux plus importantes classifications internationales des maladies – le DSM de l’Association américaine de psychiatrie et la Classification internationale des maladies de l’OMS – et la reconnaissance de la santé sexuelle comme catégorie diagnostique constituent pour les sexologues un moment privilégié d’observation du processus de construction des normes sociales de la sexualité, de la pathologisation ou non de certaines conduites sexuelles. Reste à voir quels seront les impacts sur la profession, sur les champs de compétence et sur la recherche en sexologie.

Francine Duquet se réjouit que la pertinence sociale et l’apport scientifique de la sexologie soient maintenant reconnus au Québec et dans d’autres pays. «Cette reconnaissance est le fruit d’une longue bataille dans laquelle les professeurs du Département de sexologie ont joué un rôle majeur», conclut-elle.

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