Deux étudiantes à Design Parade

Leila Desrosiers Arslanian et Charlotte Barbeau Desjardins présenteront leur série d’objets en aluminium recyclé au prestigieux festival.

17 Juin 2019 à 16H01

Leila Desrosiers Arslanian et Charlotte Barbeau Desjardins présenteront leur série d’objets en aluminium recyclé au prestigieux festival.
Photo :Nathalie St-Pierre

Leila Desrosiers Arslanian et Charlotte Barbeau Desjardins flottent littéralement. Les deux finissantes de l’École de design font partie des 10 finalistes sélectionnés parmi 300 dossiers soumis au concours de design d’objet du festival Design Parade, qui se tiendra du 27 au 30 juin prochains à la Villa Noailles de Hyères, dans le sud de la France. Ce prestigieux concours annuel offre aux jeunes designers invités une vitrine exceptionnelle auprès du public et des professionnels, en plus d’être une occasion de rencontres et d’échanges.

Les deux étudiantes y présenteront trois objets de la Série 6000, une collection d’objets en aluminium recyclé réalisée dans le cadre d’un cours donné par le professeur invité Adrien Rovero. Les objets proposés – un banc, un tréteau de table et une série de vases – redonnent vie, grâce à un design inventif, à des profilés d’aluminium produits industriellement et normalement destinés à la construction de ponts ou d’autres ouvrages.

Pour produire le banc et le tréteau de table, qui se présentent en aluminium anodisé d’un beau vert chartreuse, les deux étudiantes ont trouvé un moyen ingénieux d’assembler les extrusions en aluminium fournies par l’industrie. Quand on regarde le banc de côté, son jeu de pied en angle suggère le mouvement. Le résultat est d'une grande élégance. Le design des vases, de formats multiples, exploite avec la même simplicité les formes des retailles recyclées.

Les deux finissantes du bac en design de l’environnement ont commencé à travailler sur ce projet dans le cadre de l’atelier thématique Objets et espaces intégrés offert par Adrien Rovero à l’automne 2018. Ce jeune designer suisse est une vedette dans son domaine. Créateur d’objets pour des marques telles que Hermes, en France, Droog Design, en Hollande, ou Campeggi, en Italie, il a aussi signé des pièces acquises par des institutions comme le Centre Georges-Pompidou à Paris ou le Musée de design et d’arts appliqués (mudac) à Lausanne.

Design et développement durable

Adrien Rovero puise en partie son inspiration dans les besoins qu’il constate dans son environnement. C’est dans cet esprit qu’est né le projet Série 6000. «Le Québec est un important producteur d’aluminium, d’où l’intérêt d’un projet qui met en lumière les possibilités de revalorisation des profilés issus de l’industrie, note le designer. À l’heure ou Rio Tinto et Alcoa s'unissent pour produire l'aluminium le plus vert au monde au Québec, notre démarche s’insère parfaitement dans le développement durable et place le design en prise directe avec les préoccupations de l’industrie.»

Une majeure partie des rejets de l'industrie sont recoulés en billot afin de produire ce qu’on appelle de l’aluminium secondaire. Celui-ci possède une bonne résistance mécanique, explique le professeur, mais son état de surface limite les possibilités d’usage. Le reste est voué au rebut.

À l’automne 2018, des discussions ont donc eu lieu avec des partenaires industriels. Le Centre d’expertise sur l’aluminium (CeAI) d’Alu Québec s’est montré emballé par le projet. «Le CeAI a organisé la livraison d’une tonne de retailles d’aluminium à l’École de design pour ce cours, rapporte le professeur. L’objectif était de revaloriser ces chutes à travers la création d’objets à usage domestique. Le résultat s’éloigne d’un simple geste de recyclage en proposant des objets aux fonctions claires et aux méthodes de fabrication intelligentes.»

Tel un véritable laboratoire, le cours a permis de mettre en valeur divers profilés industriels qui, autrement, se seraient retrouvés au rebut. Le projet a aussi été soutenu par l’entreprise TNM, qui s’est chargée du processus d’anodisation des objets produits dans le cadre du cours.

En décembre dernier, une exposition dédiée aux expérimentations des étudiants a été présentée au Centre de design. Trois prix ont été décernés par le CeAl lors du vernissage. Leila Desrosiers Arslanian et Charlotte Barbeau Desjardins ont remporté le premier prix pour le banc. Elles ont ensuite continué à peaufiner leur création dans l’atelier multitechnique de l’École de design et y ont ajouté le tréteau de table et les vases afin de présenter un dossier au concours Design Parade.

Les deux complices ont bien l’intention de poursuivre leur collaboration sur d’autres projets. En attendant, elles se préparent à s’envoler pour la France, où elles espèrent non seulement gagner le concours, mais faire des contacts qui pourraient déboucher sur une mise en production de leur série.

Leur professeur, qui s’apprête de son côté à rentrer en Suisse, se montre confiant. «Ce projet a un grand potentiel, assure Adrien Rovero. C’est une petite série à haute valeur ajoutée.»

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