Des jeux vidéo au labo

Une délégation française de développeurs de jeux vidéo visite un laboratoire de l'UQAM.

25 Novembre 2019 à 11H35

Une délégation française de développeurs de jeux vidéo visite un laboratoire de l'UQAM.
Photo :Nathalie St-Pierre

Au Laboratoire de recherche en médias socionumériques et ludification de la Faculté de communication, un groupe joue à Ultimate Chicken Horse, un jeu vidéo dans lequel les personnages – des animaux de la ferme – doivent éviter des pièges et terminer une course à obstacles. Si la partie en tant que telle est banale, l’environnement dans lequel baignent les joueurs ne l’est pas. À l’exception des divans, tous les objets de la pièce sont connectés ou intelligents!

Des capteurs – bracelets, lunettes et couronnes – portés sur le corps des participants analysent chacun de leurs mouvements; des électroencéphalogrammes et divers moniteurs mesurent l’activité du cerveau, la fréquence cardiaque, la qualité de l’air et la température; un oculomètre (eye tracker) détecte les déplacements de l’œil pour vérifier à quel endroit se pose le regard de chaque personne en tout temps. Le laboratoire est même équipé d’un drone et d’une caméra thermique!

Toutes les données biométriques recueillies lors de cette séance apparaissent en temps réel sur un écran et sont enregistrées sur un serveur. «Ces données constituent une mine d’or d’information, mentionne Jonathan Bonneau, doctorant en communication, chargé de cours à l’École des médias et coordonnateur du laboratoire. Pour chaque jeu, nous pouvons évaluer les zones du cerveau sollicitées, la courbe d’apprentissage, les pics d’intérêt, les frustrations et les moments où les gens décrochent.»

Faire avancer la recherche

Cette expérimentation a été réalisée dans le cadre de la visite d’une délégation de développeurs de jeux vidéo venus des quatre coins de la France, le 20 novembre dernier. Ces développeurs, qui travaillent pour la plupart pour des studios indépendants, étaient au Québec dans le cadre du festival MEGA MIGS, le plus gros festival de jeux vidéo au Canada. Ils en ont profité pour visiter le laboratoire uqamien, qui les a fortement impressionnés. «Nous aimerions pouvoir nous baser sur de telles données pour améliorer les jeux que nous développons», admet Marine Freland Lemaître, présidente de l’entreprise Piece of Cake Studios de Paris.

Au cours des dernières années, le laboratoire a testé plusieurs jeux vidéo, dont For Honor (produit par Ubisoft) et Dead by Daylight (produit par Behaviour Interactive). «Les entreprises n’ont souvent pas le temps ou les ressources pour analyser leurs jeux de façon aussi approfondie que nous pouvons le faire, souligne-t-il. Ce genre de partenariat est aussi intéressant pour nos professeurs et étudiants, qui ont ainsi accès à de vrais objets de recherche.»

Les chercheurs passent parfois jusqu’à un an et demi sur l’évaluation d’un seul jeu. «Puisque tout se passe très vite dans le monde des jeux vidéo, nos recommandations servent souvent à améliorer la deuxième ou la troisième version du jeu», précise Jonathan Bonneau. Cette expertise uqamienne commence à rayonner de plus en plus au sein de l’industrie, puisque plusieurs diplômés de l’UQAM ont été embauchés comme scientifiques de données [NDLR : spécialisés à la fois en programmation, en statistiques et en analyse] ces dernières années.

Ouvert en 2017, le Laboratoire est codirigé par André Mondoux, professeur à l’École des médias, et Maude Bonenfant, professeure au Département de communication sociale et publique.

L'UQAM à HUB Montréal

Jonathan Bonneau et les étudiants Ronan LeGall et Maxime Boisvert, du baccalauréat en communication (création médias – médias interactifs), ont présenté le projet Playtime, le 19 novembre dernier, dans le cadre de la 3e édition de HUB Montréal, le marché international des industries créatives. La présentation était animée par Nadia Seraiocco, doctorante en communication et chargée de cours à l'École des médias.

Réalisé par des étudiants de deuxième année, Playtime replonge l’utilisateur vers des univers issus de l’imaginaire des enfants. Ce jeu d’expérience immersive a remporté le Prix de la relève étudiante lors du Festival du nouveau cinéma 2019. «L’originalité de ce jeu est sa trame narrative, commente Jonathan Bonneau. Les étudiants ont utilisé des technologies accessibles pour créer un jeu qui nous ramène en enfance et fait naître la nostalgie.»

Symposium de l’histoire du jeu

Jonathan Bonneau et des étudiants participaient également au Symposium de l’histoire du jeu, du 17 au 19 novembre derniers.

Organisé cette année par l’UQAM, ce symposium annuel est un lieu d’échange pour les historiens des médias, les sociologues, les conservateurs de musée et tout autre chercheur qui s’intéresse à l’histoire culturelle du jeu. «Nous nous intéressons non seulement aux manifestations et à l’histoire de cette scène, mais aussi à la manière dont les joueurs participent à la création et à la distribution d’un discours historique portant sur les objets de leur affection», souligne Jonathan Bonneau. 

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