La science prend l’air

Pour optimiser les apprentissages en science, enseignants et élèves doivent passer plus de temps à l’extérieur des classes.

17 Juin 2019 à 14H50

Série Doc en poche
Un doctorat, ça ne change pas le monde, sauf que…

Jean-Philippe Ayotte-Beaudet.Photo: Nathalie St-Pierre

Jean-Philippe Ayotte-Beaudet

(B.Ed. enseignement secondaire science et technologie, 2010; M.A. éducation, 2013; Ph.D. éducation, 2018)

Titre de sa thèse : L’intérêt des élèves du premier cycle du secondaire lors des périodes d’enseignement des sciences à l’extérieur et à proximité de l’école

Directeur de recherche: Patrice Potvin, professeur au Département de didactique et cotitulaire de la Chaire de recherche sur l'intérêt des jeunes à l'égard des sciences et de la technologie.

Enjeu social: inscrire l’éducation scientifique en lien avec le quotidien des élèves

Dans le cadre de son doctorat, Jean-Philippe Ayotte-Beaudet s’est demandé comment les enseignants en science et technologie, un cours donné aux élèves du secondaire, pouvaient mieux utiliser les ressources disponibles à l’extérieur et à proximité de leurs écoles (parc, surface gazonnée, jardin, etc.) pour y mener des expériences de terrain afin de rendre la science plus facile, intéressante et concrète à comprendre pour les jeunes.

Pour expliquer l’adaptation des espèces végétales à leur environnement, l’enseignant pourrait, par exemple, sortir dehors avec ses élèves afin de faire de l’observation d’arbres à trois moments clés dans l’année, illustre Jean-Philippe Ayotte-Beaudet. «Chaque élève pourrait ainsi adopter un arbre et suivre son évolution en fonction des saisons.» L’objectif est de réaliser une activité pédagogique plus parlante pour les élèves. «Les apprentissages contextualisés sont plus significatifs et durables, fait remarquer le chercheur en éducation, qui est aujourd’hui professeur au Département de l’enseignement au préscolaire et au primaire de l’Université de Sherbrooke. Quand l’élève apprend de manière plus significative, il retient mieux les apprentissages et peut mieux les appliquer dans d’autres contextes de son quotidien.»

Ce qu’il faut changer

Les enseignants en science et en technologie ont une longue liste de concepts scientifiques prescrits par le ministère de l’Éducation qu’ils doivent couvrir en un temps limité. Selon Jean-Philippe Ayotte-Beaudet, l’enseignant doit, malgré cela, chercher à adopter une nouvelle posture. «Plutôt que de se soucier de savoir s’ils ont bien transmis aux élèves tous les concepts inscrits sur la liste, les enseignants devraient s’interroger sur ce que leurs élèves ont réellement appris et retenu durant l’année.» Comme les enseignants sont débordés, il faudrait peut-être réduire la liste des savoirs à transmettre, suggère le chercheur. «Les enseignants auraient du temps pour planifier des activités scientifiques de plus grande qualité et les élèves pour assimiler chaque concept.»

Les enseignants doivent être au fait des dernières avancés dans le domaine de la recherche en éducation et en didactique des sciences. «Au Québec, malheureusement, on ne valorise pas la formation continue en enseignement, déplore Jean-Philippe Ayotte-Beaudet. Pourtant, une telle formation permet aux professionnels de se mettre à jour et de revoir leurs méthodes. Oui, il existe une pénurie d’enseignants dans le milieu de l’éducation, mais cela n’est pas une raison pour oublier les standards de qualité.»

Afin d’inculquer une culture de la recherche scientifique aux futurs enseignants, la formation initiale en enseignement devrait être enrichie d’une année supplémentaire, propose Jean-Philippe Ayotte-Beaudet. «Pour obtenir leur brevet d’enseignement, les étudiants pourraient réaliser une maîtrise professionnelle, ce qui les amènerait à réfléchir à un problème en lien avec la pratique tout en ayant recours à la recherche scientifique pour y remédier», précise le chercheur.

Selon Jean-Philippe Ayotte-Beaudet, quand les enseignants reçoivent une formation comme celle portant sur la pédagogie de terrain, ils constatent par eux-mêmes la pertinence de mettre en place de telles pratiques pour le bénéfice de leurs élèves.

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