«En classe!» avec Catherine Gaudet

La chorégraphe monte un spectacle avec les étudiantes en danse de deuxième année.

19 Mars 2019 à 13H51, mis à jour le 19 Mars 2019 à 14H45

Série En classe!
Un journaliste d'Actualités UQAM redevient étudiant et s'immisce dans un cours offert par l'un des 40 départements et écoles de l'Université.

Sous la supervision de leurs professeures, les étudiantes répètent pour leur spectacle de fin d’année.
Photo :Nathalie St-Pierre

En ce vendredi après-midi, la salle de répétition du Pavillon de Danse est baignée de lumière. Les 13 étudiantes du cours arrivent, discutent et se taquinent, font quelques échauffements. L’ambiance est à la franche camaraderie. Une des filles s’est blessée la veille et ne pourra danser aujourd’hui.

Sous la supervision de la professeure invitée et chorégraphe Catherine Gaudet (B.A. danse, 2003; M.A. danse, 2013) et de la directrice des répétitions et assistante-chorégraphe Sophie Michaud (B.A. danse, 1991; M.A. danse, 1996), les étudiantes répètent pour leur spectacle de fin d’année intitulé Paradis. C’est ainsi depuis le début de la session, tous les après-midis de la semaine, sauf le mercredi.

Chaque année, le Département de danse invite une chorégraphe à venir monter une production chorégraphique avec les étudiantes de deuxième année du baccalauréat en danse (profil pratique artistique). Les futures interprètes peuvent ainsi prendre part à un premier spectacle dans le cadre de leur formation universitaire tout en explorant l’univers et le langage précis d’une chorégraphe. Le cours obligatoire Spectacle chorégraphique dirigé est particulièrement exigeant, puisqu’il est offert en formation intensive étalée sur quatre après-midis.

«C’est une pièce qui parle du regard des autres sur soi, de l’image de soi que les autres  nous renvoient, explique Catherine Gaudet. Elle a été montée dans un processus de cocréation avec les étudiantes. J’aime puiser dans l’intuition et l’inconscience de chacune.»

Catherine Gaudet a d'abord travaillé comme interprète avant de s'engager dans une recherche chorégraphique personnelle en 2004. Fondatrice de la compagnie LORGANISME, elle a signé plusieurs créations, présentées au Québec, en France, en Belgique et au Danemark, dont L'invasion du vide (2009), Je suis un autre (2012) et La très excellente et lamentable tragédie de Roméo et Juliette (2016). Son travail met l'accent sur l'enchevêtrement de sensations et de contradictions qui composent l'être humain, et révèle les distorsions qui en font vaciller la façade.

Répétition

«1-2-3-4-5-6-7-8», scande Sophie Michaud, qui donne le rythme aux étudiantes. Sur fond de musique classique, les danseuses travaillent leurs enchaînements. La directrice des répétitions veut corriger certains détails avant de passer à d’autres scènes. Les danseuses se placent afin de former une grande ligne diagonale, puis, deux par deux, elles accélèrent le pas. «La séquence est-elle claire?», demande Sophie Michaud, à la fin de la scène.

Pour la première fois, les danseuses vont interpréter la quasi-intégralité de la pièce devant l’équipe de concepteurs. La costumière et candidate à la maîtrise en théâtre Justine Bernier Blanchette (B.A. art dramatique/ scénographie, 2018), le concepteur d’éclairages Hugo Dalphond (B.A. art dramatique/ scénographie, 2013; M.A. théâtre, 2016) et le compositeur Antoine Berthiaume prennent place sur leurs chaises, aux côtés de Sophie Michaud et de Catherine Gaudet. Une caméra vidéo enregistre les mouvements des jeunes interprètes.

«Quand tu veux, Léa», dit Catherine Gaudet à une des danseuses (Léa Dargis-Deschesnes) qui, seule sur scène, arbore un masque de gorille. Les autres viennent la rejoindre. Chacune dans leur bulle, elles dansent sur place de manière langoureuse. Dans une autre scène, elles se regroupent, crient, s’encouragent, grimacent… On dirait un groupe de jeunes filles pendant la récréation. Durant toute la pièce, les étudiantes passent d’une émotion à l’autre: joie, peine, colère.

Séance de discussion

Après la répétition, les étudiantes sont conviées à une séance de discussion où elles vont revenir sur leur interprétation avec leurs professeures. Catherine Gaudet consulte ses notes. «Lila, amène plus de tensions dans tes bras, suggère–t-elle. Quand tu papillonnes, cela doit devenir de plus en plus envahissant, doucement mais sûrement.» Bonne joueuse, Lila Geneix se met immédiatement au travail sous le regard des professeures. Elle cherche à trouver la bonne intention.

Dans l’ensemble, Catherine Gaudet semble satisfaite du travail réalisé par les étudiantes, mais souhaite davantage de profondeur. «Il y a encore beaucoup de relâchement, dit-elle. Une chorégraphie se compose de plusieurs épaisseurs de fils et j’ai l’impression que les couches se perdent. Si cela lâche trop, les fils vont se défaire…»

Pour Sophie Michaud, les étudiantes ont bien répété, connaissent les mouvements, mais doivent peaufiner leurs gestes. Pour se donner des repères et mieux se comprendre, les enseignantes et les étudiantes font référence aux différentes scènes de la chorégraphie: «Metallica», «les bébés», «les sexy», «le pique-nique», «Tchernobyl». Dans la scène des «sexy», par exemple, Catherine Gaudet déplore le fait que les danseuses tombent un peu trop dans les clichés. «J’ai l’impression que vous incarnez des filles de calendrier! Le jeu doit être moins appuyé.»

Les étudiantes doivent communiquer une grande palette d’émotions. Qui plus est, leur jeu doit être subtil, tout en retenue et en demi-teintes. «Elles doivent toujours se situer entre deux émotions, elles sont toujours dans un entre-deux», rappelle Catherine Gaudet.

Selon la chorégraphe, l’exercice est un bon moyen pour découvrir sa propre matière et puiser dans son monde intérieur. «Tout part du corps, on ne veut pas faire de mauvais théâtre!», ajoute Sophie Michaud.

Avant de clore la séance du vendredi, Catherine Gaudet fait aux étudiantes une dernière recommandation : «N’hésitez pas à occuper l’espace!»

L’œuvre chorégraphique sera présentée du 3 au 6 avril prochain au Pavillon de Danse.

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