Berlin, je me souviens

Des étudiants de l’UQAM présentent une exposition soulignant le 30e anniversaire de la chute du Mur de Berlin.

23 Septembre 2019 à 15H23, mis à jour le 24 Septembre 2019 à 16H30

Murale à Berlin évoquant le «mur de la honte».

9 novembre 1989. Ce jour-là, des milliers d’Allemands se massent le long du mur de Berlin qui divise la ville depuis 1961. A l’est, sous les yeux ahuris des gardes-frontières, les postes de contrôle sont pris d’assaut par la foule. Vers 23 heures, l’affluence est telle qu’un premier point de passage est ouvert. Pendant toute la nuit et dans les jours qui suivent, devant les caméras de télévision du monde entier, les Berlinois de l’Est et de l’Ouest entreprennent la démolition de ce qu’on appelait le «mur de la honte».

Des étudiants de l'École d'été de Berlin en visite, l'été dernier, dans la ville de Havelberg (ancienne République démocratique allemande), avec la guide locale et témoin de l'époque Barbara Hallmann. Photo: Katharina Niemeyer

Pour souligner le 30e anniversaire de la chute du Mur de Berlin, qui a symbolisé la fin de la Guerre froide, la Faculté de communication et le Goethe-Institut de Montréal organisent une Journée portes ouvertes, le 28 septembre prochain, dans le cadre des Journées de la culture. À cette occasion, une vingtaine d’étudiants en communication, histoire, musique, littérature et allemand qui ont participé à la 6e édition de l’École d’été de Berlin, l’été dernier, exposeront au Goethe-Institut les fruits de leurs travaux et de leurs réflexions: films, reportages, interviews, photographies, essais, carnets de voyage et balados.

«Nous ne voulions pas faire une commémoration conventionnelle de cet événement historique», souligne la professeure de l’École des médias Katharina Niemeyer, co-responsable de l’École d’été avec le chargé de cours Sebastian Döderlein, de l’École de langues. «Le Goethe-Institut souhaitait présenter le point de vue de jeunes Québécois et Québécoises sur ce que représente pour eux la chute du Mur de Berlin, mais aussi sur l’histoire de l’Allemagne et de l’Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu’à aujourd’hui.»

Parallèlement à l’exposition, une table ronde ayant pour thème «De la révolution pacifique et de la marchandisation de la (n)ostalgie à Rammstein» réunira des étudiants et la réalisatrice Catherine Veaux-Logeat, auteure du film Entre mer et Mur. «Les étudiants raconteront les expériences qu’ils ont vécues lors de leur séjour à Berlin l’été dernier, note la professeure. Certains parleront de la marchandisation du passé de l’Allemagne par l’industrie touristique, qui se manifeste notamment par la vente de morceaux du Mur et d’autres objets évoquant la vie quotidienne dans l’ancienne République démocratique allemande (Allemagne de l’Est). D’autres aborderont la révolution pacifique qui a entraîné la réunification des deux Allemagnes en 1990, un an après la chute du mur. Il sera aussi question du populaire groupe de métal Rammstein, dont les membres, nés en Allemagne de l’Est, sont reconnus pour leur côté provocateur.»

La Journée portes ouvertes se terminera par une prestation musicale de l’étudiante Melyssa Lemieux, qui a composé une chanson sur le thème de la chute du Mur de Berlin.

Une frontière à travers l’Allemagne        

Du 28 septembre au 29 novembre, le Goethe-Institut présente une autre exposition, Le Mur 1961-1989, une frontière à travers l’Allemagne, qui propose 20 affiches grand format illustrant l’histoire du mur et de la frontière intra-allemande. On y trouvera aussi des photos et des documents provenant des archives des journaux allemands Bild et Die Welt, qui racontent les tentatives de franchissement du Mur depuis son érection en 1961, la vie quotidienne dans les deux Allemagnes et dans la ville divisée, ainsi que la révolution pacifique de 1989.

Le Goethe-Institut présentera enfin une série de films, du 10 octobre au 11 novembre.

Effet de dominos

Produisant un effet de dominos qui a conduit à l’effondrement de quelques-uns des régimes socialistes en Europe de l’Est, la chute du Mur de Berlin a suscité de grands espoirs et ouvert de nouveaux horizons. «Certes, certains espoirs associés aux promesses de croissance économique et de progrès social ont été déçus, souligne Katharina Niemeyer. On observe même une nostalgie chez des citoyens de l’ancienne Allemagne de l’Est. Il s’agit moins d’une nostalgie du système politique socialiste que de l’esprit de solidarité qui existait entre les gens.»

Pour certains observateurs, comme le politologue américain Francis Fukuyama, auteur de la fameuse thèse sur la «fin de l’histoire», la chute du Mur de Berlin annonçait l’avènement d’un consensus universel sur la démocratie libérale, sonnant le glas des conflits idéologiques. «La chute du mur a plutôt correspondu à la fin d’une certaine histoire, celle de la confrontation entre les blocs de l’Est et de l’Ouest, soutient la professeure. Depuis, on a vu émerger de nouveaux conflits politiques, idéologiques et ethniques, voire religieux, notamment dans les Balkans, au Moyen-Orient et en Afrique.»

Selon Katharina Niemeyer, il était difficile pour les étudiants, qui n’étaient pas nés à l’époque de l’écroulement du mur, de bien saisir tous les enjeux sous-jacents à cet événement. «Leur séjour dans la capitale leur a toutefois permis d’acquérir une connaissance sensible de l’histoire de l’Allemagne et de l’Europe, ne serait-ce, par exemple, qu’à travers leurs contacts avec les Berlinois et l’architecture de la ville.»

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