Inégalités, troubles du sommeil et Parkinson

Faustin Etindele vise à éclaircir le lien entre statut socio-économique et troubles du sommeil chez les aînés vieillissants.

18 Octobre 2019 à 16H31

Faustin EtindelePhoto: Nathalie St-Pierre

Le doctorant Faustin Etindele a entrepris un projet de recherche visant à éclaircir le rôle joué par le statut socio-économique dans le déclenchement des troubles du sommeil chez les aînés vieillissants et ceux souffrant de la maladie de Parkinson. Son projet mené dans le cadre du doctorat interdisciplinaire en santé et société a reçu des appuis totalisant près de 150 000 dollars du programme de bourses d’excellence pour étudiants étrangers du Fonds de recherche du Québec – Nature et technologie (FRQNT), du Fonds de recherche du Québec – Santé, de Parkinson Canada et du Réseau québécois sur le suicide, les troubles de l’humeur et les troubles associés.

Originaire du Cameroun, le doctorant a fait des études de médecine à l'Université Centrale de Tunis et à l’Université de Sherbrooke, avec une spécialisation en anesthésiologie. Ayant choisi un profil de clinicien-chercheur, il a été attiré à l’UQAM pour y faire son doctorat par ses deux codirecteurs, le professeur du Département de psychologie Jean-François Gagnon, spécialiste du vieillissement pathologique et des troubles du sommeil, et le professeur du Département de sexologie Mathieu Philibert, qui s’intéresse à l’épidémiologie sociale et aux liens entre santé et inégalités sociales.

On sait que le stress joue un rôle dans les troubles du sommeil (insomnie ou somnolence), qui touchent plus de 40% des aînés et plus de 90% des patients atteints par la maladie de Parkinson. Cette maladie neurodégénérative progressive affecte près de 1% de la population âgée au Canada. Considérant le vieillissement de la population, le nombre de personnes souffrant de troubles du sommeil et de la maladie de Parkinson est appelé à augmenter. «D’où l’intérêt, souligne Faustin Etindele, d’évaluer l’association entre stress socio-économique et troubles du sommeil.»

«De mon côté, je vais étudier comment les symptômes ou la sévérité des troubles du sommeil sont influencés par le statut socio-économique, précise Faustin Etindele. Je vais m’intéresser au niveau d’éducation, au revenu, au quartier que les gens habitent, au type d’emploi qu’ils occupent. Je vais les classer selon un indice composé de tous ces facteurs et regarder comment évoluent leurs troubles du sommeil dans le temps.»La dégradation du sommeil s’accompagne d’une perturbation du système dopaminergique impliqué dans les troubles cognitifs et les troubles de l’humeur comme l’anxiété et la dépression, explique le chercheur. L’évolution de la maladie de Parkinson entraîne également une perturbation du système dopaminergique. Par ailleurs, certains troubles du sommeil sont prédicteurs de la maladie de Parkinson. Le diplômé Shady Rahayel (Ph.D. psychologie, 2019), qui a également travaillé sous la direction du professeur Jean-François Gagnon, a récemment démontré que la présence d’un trouve comportemental en sommeil paradoxal s’accompagne d’atteintes étendues dans le cerveau.

Pour ce qui est de la population générale âgée, le chercheur se basera sur les données de l’Étude longitudinale canadienne sur le vieillissement (ELCV). Cette étude, qui contient, en plus des informations sur le statut socio-économique, des données sur l’historique médical des sujets, l’activité physique, le tabagisme et plusieurs autres variables, est menée auprès de 50 000 participants qui étaient âgés de 45 à 85 ans lors de la première récolte de données en 2015. Un premier suivi a été effectué en 2018. En ce qui concerne le groupe de personnes atteintes de la maladie de Parkinson, les données proviendront du Réseau Parkinson Québec, qui collecte les informations sociodémographiques et les données cliniques de 1300 patients suivis depuis cinq ans dans différentes cliniques à travers le Québec.

Le projet de Faustin Etindele comporte, en fait, deux objectifs. Le premier consiste à mesurer l’association entre le stress socio-économique et la progression des troubles du sommeil dans le temps. Le deuxième est d’évaluer le rôle médiateur de la santé mentale et de la cognition dans cette association. Pour y parvenir, il compte utiliser des algorithmes de calcul sophistiqués et même avoir recours à l’intelligence artificielle pour extraire les données pertinentes de ses bases de données. «C’est ce qui nous permettra, par exemple, de comparer des personnes avec différentes trajectoires de santé mentale», note le doctorant.

La recherche qu’il a entreprise est une première. «Plusieurs études ont évalué la contribution des facteurs biologiques et psychologiques à l’insomnie et à la somnolence dans la maladie de Parkinson, mentionne Faustin Etindele. On sait aussi que le stress affecte le cerveau et l’horloge biologique, ce qui a un effet direct sur des états de santé qui influencent à leur tour le développement des troubles du sommeil. Mais on n’a jamais regardé comment le stress socio-économique affecte, sur le long terme, les troubles du sommeil dans la population âgée et chez les patients atteints de la maladie de Parkinson.»

Articles connexes
PARTAGER
COMMENTAIRES 0 COMMENTAIRE