Jean-Marc Eustache, entrepreneur de haut vol

À partir d'une simple agence de voyage, l'homme d'affaires a bâti l'un des plus gros empires touristiques au monde.

20 Août 2019 à 14H35

Série L'esprit UQAM
On les reconnaît à leur audace, à leur esprit d’innovation, à leur sens de l’engagement. Ils ont «l’esprit UQAM». À l’occasion du 50e, des diplômés qui ont fait leur marque dans toutes les sphères de la société évoquent leur parcours uqamien. Cette série a été créée pour le site web UQAM: 50 ans d'audace.

Quand il commence à travailler dans le domaine touristique, c'est pour une petite agence de voyage spécialisée dans les périples à bas prix pour les étudiants. Puis, fraîchement diplômé du bac en économie, Jean-Marc Eustache (B.Sp. économique, 1975) fonde sa propre agence avec ses associés de toujours, Philippe Sureau et Lina De Cesare. Quelque 40 ans plus tard, le cofondateur et président de Transat s’apprête à vendre l'une des plus importantes entreprises touristiques au monde.

Transat et sa filiale Air Transat, ce sont des avions, bien sûr, mais aussi les agences de voyage et tous les services qui envoient les voyageurs à l'étranger, que ce soit sur les plages du sud ou vers l'Europe, les agences réceptives, qui accueillent les touristes à destination, et même une nouvelle division hôtelière. Active dans 26 pays, Transat embauche 5 000 employés au service de presque 5 millions de passagers annuellement. En 2018, l'entreprise est devenue le premier grand voyagiste international au monde à obtenir la certification Travelife pour toutes ses activités, couronnant son leadership en matière de développement durable. Pas étonnant que la vente de l’entreprise suscite autant d’intérêt.

Généreux philanthrope, Jean-Marc Eustache est aussi, depuis 2006, président de la Fondation de l'UQAM. Reconnaissant envers son alma mater de lui avoir fait une place comme étudiant à l'époque où l'Université était la première à s'ouvrir aux étudiants travailleurs, il n'a jamais cessé de s'impliquer pour le rayonnement de l'UQAM. En décembre dernier, l'Université le récompensait pour sa carrière hors de l'ordinaire en lui remettant le titre de titre de docteur honorifique.

Quel type d'étudiant étiez-vous?

De manière générale, je suis un gros travaillant. Avant d’être étudiant, je travaillais. C’est ce qui a dicté mon choix puisque l’UQAM me permettait de concilier mon travail et mes études. Je voulais avoir un diplôme en poche et élargir mes horizons. J’ai été un étudiant motivé, assidu et engagé tout au long de mes études en sciences économiques. J’ai obtenu mon baccalauréat après quatre années à temps partiel (de 1970 à 1974). J’ai représenté les étudiants à la Commission des études quelques années. C’était les débuts trépidants de la jeune université, et j’étais un peu rebelle.

Que rêviez-vous de devenir?

Au départ, je voulais devenir économiste. J’adorais les maths, l’histoire et la géographie politique. Pour moi, ces matières expliquaient le comportement humain, et c’est ce qui m’intéressait. Mais après neuf mois en tant qu’économiste au ministère de l’Expansion économique régionale, à Ottawa, j’ai travaillé dans des projets jeunesse, puis ma fibre entrepreneuriale a pris le dessus. En 1979, à 29 ans, j’ai fait ma première incursion dans le monde du voyage.

Quelle idée, quel concept, quel buzzword était à la mode dans votre domaine à l'époque de vos études?

Il faut se remettre dans le contexte du début des années 1970. On sort de la Révolution tranquille au Québec, avec toute l’effervescence que cela a entraîné sur les plans politique, économique, social et culturel. Ayant une plus grande ouverture sur le monde, les jeunes commencent à voyager. Un concept qui illustre bien cette époque, c’est la gestion participative, où les employés prennent part à la prise de décision de leur organisation à l’instar des comités d’entreprise instaurés après la guerre en France. 

Quel était l'endroit préféré des étudiants pour se réunir?

La taverne Saint-Régis sur la rue Sainte-Catherine, près de Bleury, était notre lieu de rencontre privilégié. Véritable institution, cet établissement a fermé ses portes en 1999 après 65 ans d’existence.

Pouvez-vous nommer un professeur, une phrase ou un cours qui vous a marqué?

Le professeur qui m’a le plus marqué, c’est Joseph Chung, un économétricien hors norme et très intelligent. Dans sa classe, on créait des modèles mathématiques et informatiques pour expliquer des comportements humains. Par exemple, à l’époque du développement du métro, on tentait de prédire la demande de transport en commun.

Que souhaitez-vous à l'UQAM pour ses 50 ans?

Je lui souhaite longue vie et prospérité. Forte de ses 50 ans d’existence, l’UQAM demeure une université fortement ancrée dans son milieu, ouverte et avant-gardiste. Je souhaite qu’elle conserve ce qui fait toujours d’elle une université unique en son genre. Finalement, mon vœu le plus cher, c’est qu’elle reçoive sa juste part de financement, quels que soient les domaines d’études qu’elle offre aux étudiants.

Jean-Marc Eustache (à gauche, deuxième rangée) a fait ses premières armes dans l'industrie du tourisme étudiant et jeunesse au sein de Tourbec en 1977, puis avec Trafic Voyages, une société qu'il a fondée en 1982 et qui a servi d'assise au démarrage de Transat. L’agence de voyages Tourbec était sise au pavillon Athanase-David de l’UQAM, rue Saint-Denis.  Photo: Tourbec
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