Jocelyne Robert,  pionnière de la sexologie

Depuis plus de 30 ans, la sexologue combat les préjugés en matière de sexualité humaine.

17 Juin 2019 à 16H39

Série L'esprit UQAM
On les reconnaît à leur audace, à leur esprit d’innovation, à leur sens de l’engagement. Ils ont «l’esprit UQAM». À l’occasion du 50e, des diplômés qui ont fait leur marque dans toutes les sphères de la société évoquent leur parcours uqamien. Cette série a été créée pour le site web UQAM: 50 ans d'audace.

Jocelyne Robert (B.A. sexologie, 1982) ne ménage aucun effort pour combattre les préjugés et faire progresser les connaissances dans le domaine de la sexualité humaine. Animatrice, chroniqueuse, conférencière, consultante et formatrice, elle est reconnue pour la qualité de son travail de vulgarisatrice et pour son apport au débat public sur l'importance de l'éducation à la sexualité, non seulement au Québec, mais aussi en France, en Suisse et en Belgique.

La sexologue est l'auteure d'une douzaine de livres, traduits en 20 langues, sur la sexualité des enfants, des adolescents et des adultes. Certains titres sont devenus des classiques, tels que Ma sexualité, Full sexuel, Le sexe en mal d'amour et Parlez-leur d'amour et de sexualité.

Membre fondatrice du Regroupement des sexologues professionnels du Québec, la diplômée a remporté le prix Reconnaissance UQAM 2007 de la Faculté des sciences humaines ainsi que le Prix Femmes de mérite 2010 décerné par la Fondation du Y des femmes de Montréal.

«Lorsque j'étais étudiante en sexologie à l'UQAM, à la fin des années 1970, des rumeurs circulaient à l'effet que nos cours étaient des laboratoires où on expérimentait des choses pas très catholiques!, confiait Jocelyne Robert à Actualités UQAM en 2010. Hors de l'université, les étudiants étaient perçus comme des personnes obsédées par le sexe ou aux prises avec des problèmes sexuels». Pour la diplômée, la sexologie est plutôt une discipline unique dont les approches intègrent les dimensions personnelles, culturelles et sociales d'un aspect fondamental de la vie humaine.

Quel type d'étudiante étiez-vous?

Très active, concernée et engagée, malgré qu’il s’agissait pour moi d’un retour aux études à la fin de la vingtaine et que j’avais une fillette de 6 ans. J'étais heureuse et fière d’avoir accès à l’université. Une collègue m’avait surnommée «la conscience du groupe»…

Que rêviez-vous de devenir?

Je voulais faire de la vulgarisation dans le domaine de la sexologie et de l’éducation à la sexualité: déboulonner des mythes, remettre en cause les idées reçues, informer avec justesse et rassurer. Je me disais que j’apporterais ma petite contribution pour aider la sexologie à acquérir ses lettres de noblesse. 

Quelle idée, quel concept, quel buzzword était à la mode dans votre domaine à l'époque de vos études?

Il y avait cette idée que la sexualité, un objet d’étude négligé, était aussi importante que n’importe quelle autre dimension de l’expérience humaine…  On voulait étudier la sexualité dans sa globalité, en lien avec l'identité et l'estime de soi, allant ainsi bien au-delà de la stricte expression génitale.

Quel était l'endroit préféré des étudiants pour se réunir?

Je me souviens du salon des étudiants de sexologie au deuxième étage du pavillon Hubert-Aquin. Nous en avions fait un lieu ludique et accueillant: coussins multicolores au sol, tisanes et jus, murs peints avec des couleurs chaudes, musique... Les étudiants des autres disciplines nous enviaient. 

Pouvez-vous nommer un professeur, une phrase ou un cours qui vous a marquée?

À ma première session, le professeur Jules Bureau m'avait dit que le ton d'un de mes travaux était rafraîchissant, et même «sexo-poète». Son collègue Claude Crépault trouvait, lui, que j’écrivais bien et que mon travail de session – «Lettre posthume à Sigmund Freud» – avait été fort agréable à lire. Je crois que le fil rouge de ma carrière de sexologue a commencé à se dessiner ce jour-là.

Que souhaitez-vous à l'UQAM pour ses 50 ans?

De l’audace. De continuer d’innover et de rendre le savoir accessible. De résister à la tendance selon laquelle il n'est plus possible de débattre des idéologies et de les critiquer sans se faire taxer d’anti-progressiste.

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