Une pratique millénaire et protégée

Mauricio Ruiz décrit le rôle des livres dans la transmission et la sauvegarde de la fauconnerie.

14 Mai 2019 à 16H10, mis à jour le 15 Mai 2019 à 10H30

Série Doc en poche
Un doctorat, ça ne change pas le monde, sauf que...

Mauricio Ruiz.Photo: Nathalie St-Pierre

Mauricio Ruiz

(B.A. histoire de l’art 2005; Ph.D. sémiologie, 2018)

Titre de sa thèse: Les livres de la fauconnerie: sauvegarde et transmission d’un patrimoine culturel immatériel

Directrice de recherche: Catherine Saouter, professeure à l’École des médias

Enjeu social: transmettre le patrimoine culturel immatériel

Le patrimoine culturel immatériel – ou patrimoine vivant – comprend, entre autres, les traditions orales, les savoir-faire, les pratiques sociales et les rituels. Transmis d'une génération à l’autre, ce patrimoine est un facteur important du maintien de la diversité culturelle face à la mondialisation croissante. Parmi les traditions et pratiques inscrites sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, on compte le yoga, la capoeira ainsi que la fauconnerie.

Dans le cadre de sa thèse en sémiologie, Mauricio Ruiz s’est intéressé aux livres sur la fauconnerie dans la transmission de ce mode de chasse millénaire. «La fauconnerie est un savoir qui se transmet par les livres depuis plus de mille ans, dit le chercheur. On y traite de tout: de la manière de capturer les rapaces aux qualités requises pour être un bon fauconnier, en passant par la manière de traiter les animaux.»

Ce savoir complexe ne peut pas être (uniquement) enseigné en ligne ou par des tutoriels sur YouTube, précise Mauricio Ruiz, qui est chargé de cours au Département d’histoire de l’art et à l’Université du Québec en Outaouais. «C’est un art qui prend du temps. Il faut savoir observer.»

La fauconnerie n’est pas une pratique menacée, assure-t-il. «Les traditions qui l’entourent sont encore très vivantes en Europe ainsi qu’au Maroc, au Qatar, en Corée et au Japon.» 

 

Ce qu’il faut changer

Mauricio Ruiz souhaite que s’améliore la collaboration entre les praticiens et les chercheurs qui s’intéressent aux pratiques traditionnelles. Les spécialistes – historiens de l’art ou anthropologues – peuvent faire une évaluation du patrimoine immatériel. «Ils accompagnent les praticiens et les aident à documenter leurs pratiques», note le chercheur. Les praticiens peuvent alors développer une vision plus large de leurs pratiques et se familiariser avec le vocabulaire savant, «ce qui est utile pour faire des demandes en lien avec la sauvegarde du patrimoine.» 

Faucon de huit mues nommé Borrasque. Image: La fauconnerie de Charles d'Arcussia, 1627

Les bibliothèques spécialisées et les institutions muséales ont un rôle important à jouer dans la sauvegarde et la préservation des documents, mais la transmission du savoir patrimonial passe autant par les apprentissages sur le terrain que par la documentation. «Il faut combiner les deux, martèle le chercheur. Les traités sur la fauconnerie complètent les expériences menées en forêt.»

Pour assurer le maintien des activités en lien avec la fauconnerie, les gouvernements doivent protéger les écosystèmes dans lesquels vivent les faucons pèlerins. «L’animal n’est plus aujourd’hui considéré comme une espèce menacée», dit Mauricio Ruiz. Au Québec, où la pratique de la fauconnerie date du début des années 2000, il est désormais possible de posséder un faucon en captivité et de capturer des rapaces sauvages afin de les utiliser comme compagnons de chasse. Selon le chercheur, seule une vingtaine de personnes pratiquent la fauconnerie à temps plein. «C’est davantage un hobby au Québec.»

 
 
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