La classe de maître de Manon Barbeau

La diplômée a discuté de ses blessures d'enfance qu’elle a su transformer en moteur de création et d'action.

6 Décembre 2019 à 16H02

Manon Barbeau. Photo: Jean-François Hamelin

Le 4 décembre dernier, la cinéaste et présidente fondatrice du Wapikoni mobile Manon Barbeau (B.Sp. animation culturelle, 1974) était l’invitée de la troisième classe des Originaux, une classe de maître intitulée «Le précieux pouvoir de l’inconsolable». La série de conférences des Originaux a pour but de partager avec le grand public les idées inspirantes, les parcours et les réflexions de diplômés exceptionnels qui font rayonner l’UQAM.

Dans le cadre de sa conférence, Manon Barbeau est revenue sur ses blessures d’enfance et  leurs effets insoupçonnés sur son parcours professionnel. Née à l’époque de la Grande Noirceur, la cinéaste est la fille des artistes Suzanne Meloche et Marcel Barbeau, l’un des signataires de Refus global, un manifeste revendiquant une rupture avec les élites artistiques, culturelles et sociales de l’époque ainsi qu’avec les valeurs religieuses et traditionnelles. Alors qu’elle n’a que trois ans, la famille de Manon Barbeau éclate et ses liens avec ses parents et son petit frère sont rompus. «Cette cassure  m’a poussée, toute ma vie, à chercher à créer des liens, explique la cinéaste. La création a été la réponse pour me permettre de tisser des relations.»

C’est en tant qu’étudiante au baccalauréat en animation culturelle à l’UQAM (elle fait partie de la première cohorte de diplômés du programme), que Manon Barbeau découvre sa passion pour le cinéma. Celle-ci la mènera à réaliser et à scénariser des dizaines de longs-métrages et de documentaires sur des personnes marginalisées, comme les jeunes de la rue, les détenus, les jeunes Atikamekw et les punks… Au fil des années, elle bâtira des liens solides avec ces laissés-pour-compte.

En 2004, la diplômée cofonde le Wapikoni mobile, en collaboration avec le Conseil de la Nation Atikamekw et le Conseil des jeunes des Premières Nations du Québec et du Labrador. Cette unité mobile de création vidéo sillonne depuis lors les communautés autochtones tout en enseignant aux jeunes les rudiments des outils numériques et de la caméra afin de réaliser des courts-métrages. «À ce jour, c’est plus de 1200 courts-métrages et 800 créations musicales qui ont été produits par le Wapikoni, souligne avec fierté Manon Barbeau. Depuis quelques années, nous sommes mêmes sortis du Canada et avons visité 45 communautés aux quatre coins du monde.»

Par ses ateliers pratiques, le Wapikoni permet aux jeunes autochtones – et aux moins jeunes – de développer leur estime d’eux-mêmes et leurs compétences pratiques. Plusieurs anciens participants en font aujourd’hui un métier, comme la réalisatrice Marie-Pier Ottawa.

Durant sa carrière, la diplômée  a ainsi cherché à développer  des liens avec des gens qui, comme elle, ont vécu des ruptures, ce qui l’a menée vers la création cinématographique et l’action culturelle, en particulier avec les communautés autochtones. «L’inconsolable, ça ne se console pas, mais ça a été un moteur pour construire plein de choses dans ma vie», a-t-elle conclu.

En collaboration avec CHOQ.ca, la radio de l’UQAM, la classe de Manon Barbeau sera disponible en baladodiffusion au début de l’année 2020.

Prochaine classe des Originaux

Le 11 mars 2020, Cathy Wong (LL.B., 2008), première femme présidente du Conseil municipal de Montréal, partagera ses idées pour faire entrer la démocratie dans le 21e siècle. Elle souhaite donner la parole aux citoyens pour que la métropole soit à leur image. Pour tout savoir sur la prochaine classe des Originaux ou pour s’inscrire, il suffit de cliquer ici.

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