Médias: l'urgence d'agir

Le professeur Patrick White présente son rapport à la commission parlementaire sur l’avenir des médias.

27 Août 2019 à 15H54

«Ce n'est pas uniquement la presse qui est en crise, insiste Patrick White. Tous les médias connaissent des enjeux budgétaires. Et la crise est permanente.» Photo: Getty

Le journaliste Patrick White, qui s’est joint récement au corps professoral de l’École des médias, a présenté un rapport lors de la première journée des travaux de la commission parlementaire sur l’avenir des médias qui se tenait le 26 août dernier. Ancien rédacteur en chef du Huffington Post Québec et journaliste pour divers médias depuis 1990, le professeur a dressé un portrait de la situation des médias québécois, avant de proposer un ensemble de solutions pour remédier à la crise et assurer la sauvegarde d’une information de qualité. Il a accordé une dizaine d’entrevues à divers médias à l’issue de sa présentation.

À l’instar des autres membres de la profession qui ont témoigné devant les membres de la Commission de la culture et de l’éducation, Patrick White a déploré la chute radicale des revenus publicitaires qui a détruit le modèle d’affaires des médias. «Ces revenus sont absorbés par les multinationales Google, Amazon, Facebook et Netflix, entre autres, à près de 70%», a-t-il mentionné. À titre d’exemple, il a cité des recherches menées par son collègue Jean-Hugues Roy sur Facebook, montrant que «les médias du Québec ont rapporté environ 23 millions de dollars au réseau social fondé par Mark Zuckerberg». Jean-Hugues Roy, qui est directeur de l’Unité de programmes en journalisme et médias numériques, sera également entendu par les membres de la Commission le vendredi 30 août prochain à titre de représentant de l’École des médias.

«Les députés étaient très bien préparés, les mémoires déposés avaient été annotés et les questions étaient pertinentes, commente Patrick White. J’étais content de proposer des solutions à la crise, qui est très grave. Avec le Groupe Capitales Médias et 6 des 12 journaux quotidiens du Québec qui sont techniquement en faillite, la commission a pris un nouveau sens. Il va falloir un geste urgent du gouvernement pour pallier la situation le temps que les médias se trouvent un nouveau modèle d’affaires.»

Une crise sans précédent

Fermetures de journaux, particulièrement en région, mises à pied de journalistes, diminution de la couverture et de la qualité de l’information causée par les contraintes financières imposées aux salles de presse, augmentation de la consommation de l’information sur appareils mobiles et en différé, les aspects de la crise sans précédent qui touche les médias sont nombreux, rappelle le journaliste.

«Ce n'est pas uniquement la presse qui est en crise, insiste-t-il. Tous les médias connaissent des enjeux budgétaires. Et la crise est permanente.» La situation est dramatique pour les hebdos, dit-il. Elle est inquiétante pour les radios locales et les agences de presse. Quant aux bulletins de nouvelles télévisés, ils ont connu une baisse notable de leurs cotes d’écoute depuis 10 ans. Même des médias numériques populaires comme Vice, HuffPost et Buzzfeed ont été affectés par la crise, souligne le professeur dans son mémoire.

Selon lui, l’avenir est aux contenus de niche hyperspécialisés, aux contenus payants à valeur ajoutée (grands reportages, enquêtes, grandes entrevues), aux nouveaux formats (balado, contenus visuels avec infographie, alertes mobiles) et, «que ça nous plaise ou non», aux contenus de marque.

Patrick White demeure toutefois «convaincu que les citoyens ont besoin des journalistes plus que jamais pour comprendre le monde, faire le tri des grands événements du jour, et aider les citoyens à prendre des décisions éclairées».

En mode solutions

Parmi les pistes de solutions qu’il propose, le professeur souhaite la création d’un crédit d’impôt de 35% sur la masse salariale des journalistes, la participation du gouvernement du Québec au Fonds québécois du journalisme international, la limitation des dépenses de publicité gouvernementales sur Facebook et Google, l’imposition des revenus et profits des multinationales afin de soutenir les médias locaux, un appui plus soutenu aux médias communautaires et une bonification du programme d’aide aux médias du ministère de la Culture et des communications du Québec.

Patrick White suggère aussi de donner un nouveau mandat d’information à Télé-Québec, particulièrement en région, de créer un fonds annuel pour les grands reportages locaux des hebdos régionaux et des sites web d’informations locales, et de confier un mandat régional à La Presse Canadienne, dont le rôle, selon lui, est vital dans l’écosystème médiatique du Québec.

Enfin, le professeur indique diverses mesures qui pourraient être prises pour assurer la viabilité des médias à l’ère numérique, dont un crédit d’impôt de 35% pour les initiatives numériques telles que la vidéo en réalité virtuelle et la réalité immersive.

Toutes ces aides devront être accordées aux médias «de façon inconditionnelle, afin de préserver l’indépendance éditoriale totale des rédactions», précise le journaliste.

Selon Patrick White, «la démocratie québécoise est directement menacée par la faiblesse des médias et leur disparition éventuelle serait un déni de démocratie». Le gouvernement, affirme-t-il, doit agir maintenant, avant qu’il ne soit trop tard.

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Commentaires

On sent que M. White est un journaliste qui défend sa corporation bec et ongles. C'est dommage lorsque l'on devient un chercheur. Le dernier paragraphe fait mal : les médias ne sont pas les "chiens de garde de la démocratie" puisqu'ils appartiennent à des milliardaires. La vraie solution est de transformer les médias en coopérative et que les journalistes "reconnectent" avec la population, pour qu'ils soient au service des citoyens et non de quelques puissants. Cet ancien modèle ne fonctionne plus. Christian Leray (ancien directeur du Laboratoire d'analyse de presse de l'UQAM)