Former des interprètes en langue des signes

Une nouvelle majeure en interprétation français – LSQ sera offerte à l'automne.

28 Février 2019 à 10H57

La traduction de l'article en langue des signes québécoises a été réalisée par Alice Dulude, chargée de cours au Département de linguistique.

À compter de l'automne 2019, la Faculté des sciences humaines offrira une nouvelle majeure en interprétation français – langue des signes québécoise (LSQ). Ce programme remplace le certificat en interprétation visuelle, qui existait depuis 1990. «La majeure représente une très belle évolution par rapport au certificat, se réjouit Anne-Marie Parisot, professeure au Département de linguistique. Avec 20 cours au lieu de 10, la formation des interprètes sera beaucoup plus étoffée, tant sur le plan théorique que pratique.»

Selon la professeure, cette modification majeure du programme était devenue une nécessité en raison des nouvelles connaissances issues de la recherche. «Autrefois perçus comme des "aidants" pour les personnes sourdes, les interprètes sont aujourd'hui reconnus comme des professionnels du transfert linguistique et culturel, au même titre que les interprètes de n'importe quelle langue», mentionne la directrice du programme. 

Une interprète lors d'un colloque du Département de linguistique en 2017.Photo: Nathalie St-Pierre (archives)

Depuis près de 30 ans, l'UQAM est la seule université québécoise à former des interprètes en langue des signes. Provenant de toutes les régions du Québec, ces derniers oeuvrent dans les établissements scolaires, les cours de justice, les organismes culturels et sportifs. La demande pour des interprètes a bondi depuis qu'un nouveau service relais-vidéo (SRV), qui permet à des personnes sourdes et entendantes de communiquer par l'entremise d'un interprète, a vu le jour en 2016. Plus de 280 000 appels ont d'ailleurs été faits à travers le Canada au cours de la première année. «Le SRV offre de nouvelles perspectives d'emploi à nos diplômés, dont le taux de placement était déjà excellent», souligne Anne-Marie Parisot.

Arrimer la théorie à la pratique

Près de la moitié des cours de la majeure auront une composante pratique. Sept ateliers mèneront graduellement les étudiants de l’interprétation consécutive – qui permet à l'étudiant de faire des pauses pour réfléchir à ses choix terminologiques – à l’interprétation simultanée, utilisée en contexte réel.

Pour favoriser l’insertion professionnelle, deux nouveaux cours d’interprétation en milieu scolaire et judiciaire ont été créés. «Lors d'un procès, il est essentiel que les interprètes s’entendent au préalable avec le juge sur les termes utilisés, souligne Anne-Marie Parisot. Par exemple, en LSQ, on ne peut pas employer certains verbes comme tuer de façon générique, il faut préciser tuer avec tel objet ou tuer d’une certaine manière. Le terme employé par l'interprète peut donc avoir des incidences légales très importantes.»

Afin de favoriser les échanges, les étudiants seront invités à aller faire du bénévolat dans la communauté sourde. Ils devront également se constituer un portfolio qui pourra être utilisé lors de l'entrevue d'embauche. Deux stages obligatoires en milieu professionnel complèteront la formation pratique.

Sur le plan théorique, différents cours porteront notamment sur l’analyse linguistique, les processus cognitifs, la réflexion métalinguistique et la déontologie. Un cours portera spécifiquement sur les différences culturelles entre le français et la LSQ. «L'utilisation systématique des questions rhétoriques – par exemple, "Qu’est-ce que la langue des signes? La langue des signes est…" – fait partie de la structure du discours en LSQ, alors que cela peut être perçu comme infantilisant en français», note Anne-Marie Parisot.

Tous les cours théoriques du programme pourront être suivis à distance. «Nous aimerions étendre cette possibilité à tous les cours», souhaite la professeure.

Milieu dynamique

Outre les personnes qui souhaitent devenir interprètes, ce programme peut également intéresser des professionnels – enseignants, orthophonistes, psychologues – qui évoluent dans le milieu de la surdité. Les candidats doivent démontrer une connaissance approfondie de la LSQ et du français. Des cours de mise à niveau pourraient être nécessaires pour être admis dans le programme.

Anne-Marie Parisot souligne que tous les acteurs ont été consultés lors du processus menant à la refonte des cours et du programme. «La communauté sourde est très dynamique. De nouvelles associations sont créées chaque année, que ce soit dans le domaine de la culture, des droits civiques, des femmes ou de la protection de la langue. Le nouveau programme a été conçu avec les gens du milieu et pour eux.»

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