Les Cahiers Tocqueville

Le doctorant Jeremy Elmerich est le cofondateur d'une nouvelle revue consacrée à l'approche comparative en sciences sociales.

2 Juillet 2019 à 15H33, mis à jour le 3 Juillet 2019 à 9H15

Le doctorant Jeremy Elmerich en compagnie de la professeure émérite de l'Université de Montréal Jane Jenson, une spécialiste de l'approche comparative. Photo: Guillaume Lamy

Les doctorants en science politique Jeremy Elmerich (UQAM) et Thibaut Dauphin (Université de Bordeaux) sont les cofondateurs d’une nouvelle revue numérique pluridisciplinaire destinée aux jeunes chercheurs, du baccalauréat au postdoctorat. «Accessibles en ligne gratuitement, les Cahiers Tocqueville des jeunes chercheurs visent à faire connaître et à valoriser les travaux d’étudiants issus de la Francophonie et de l'ensemble des disciplines des sciences sociales et humaines», précise Jeremy Elmerich.

Les Cahiers Tocqueville privilégieront les travaux et analyses qui s’inscrivent dans une démarche dite «comparatiste». La revue porte justement le nom du philosophe et historien français Alexis de Tocqueville (1805-1859), un précurseur de la sociologie moderne et un pionnier de la méthode comparative, dont on a redécouvert la pensée politique ces dernières décennies. «C’est une façon de rendre hommage à un penseur important, dit le doctorant. Attentif à la multiplicité des facteurs explicatifs, Tocqueville a cherché à mettre en parallèle les rouages de la démocratie nouvelle dans les sociétés américaine et française de son époque afin de mieux les comprendre. Ses écrits sur le Bas-Canada forment un trait d'union qui nous est cher entre le Vieux et le Nouveau Monde.»

Dans le vaste domaine des sciences sociales, la méthode comparative demeure aujourd’hui un outil de compréhension particulièrement utile. «L’un des pères de la sociologie, Émile Durkheim, disait que cette approche était l’équivalent en sciences sociales de l’expérimentation en sciences naturelles, rappelle Jeremy Elmerich. Fondée sur un examen croisé d’objets, de situations et de processus distincts, elle favorise la convergence de savoirs complémentaires et permet d’expliquer les similitudes et les différences entre des pensées, des cultures, des institutions, des pays ou encore des phénomènes sociaux et politiques.»

C’est cette même approche que le jeune chercheur utilise dans le cadre de sa recherche doctorale, menée sous la direction du professeur du Département de science politique Alain-G. Gagnon et en cotutelle avec l’Université polytechnique des Hauts-de-France. «Ma thèse porte sur trois référendums d’autodétermination, ceux ayant eu lieu au Québec en 1980 et 1995 ainsi que celui tenu en Écosse en 2014, explique Jeremy Elmerich. Je compare l’évolution historique des nationalismes minoritaire et majoritaire au Québec, au Canada anglais, en Écosse et en Grande-Bretagne, puis j’analyse leurs interactions lors des trois épisodes référendaires, à l'appui des imaginaires nationaux mobilisés.»

Miser sur l’entraide

Le doctorant a aussi cofondé l’Association des jeunes chercheurs comparatistes (AJCC), dont les objectifs sont de promouvoir l’approche comparative et de fédérer les jeunes chercheurs qui s’y intéressent. «Basée à Bordeaux, en France, notre association a entrepris d’établir des contacts en Belgique, en Suisse, au Luxembourg et au Québec, mais aussi en Afrique et en Asie», note Jeremy Elmerich. Outre la publication des Cahiers Tocqueville, l’AJCC organisera des colloques, tiendra des journées d’étude et favorisera le réseautage de jeunes chercheurs à travers la Francophonie. «Alors que le milieu universitaire est de plus en plus compétitif, notre ambition est de miser plutôt sur l’entraide», souligne le doctorant.  

Le premier numéro des Cahiers Tocqueville, présentement en ligne, propose entre autres une entrevue avec la professeure émérite de l’Université de Montréal Jane Jenson, réalisée par Jeremy Elmerich, qui aborde les perspectives actuelles du comparatisme, notamment en science politique. Un article du doctorant en science politique Félix Mathieu traite du rôle de la culture comme facteur explicatif des changements politiques, alors que Catherine Viens, également doctorante en science politique, examine dans un autre texte le poids des concepts de culture, d’identité et de nation dans la construction des États.

«Nous visons la publication de deux numéros par année, l’un thématique et l’autre à thème libre, indique le doctorant. Chaque numéro thématique comportera un entretien avec un chercheur ou une chercheuse francophone établie, accompagné d’une version vidéo, des analyses comparatives, des articles consacrés à la théorie et à la pratique du comparatisme, et des recensions d’ouvrages.» Avis aux intéressés, le prochain numéro portera sur le thème Nations et religions.

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