Penser le religieux d’hier à aujourd’hui

Le Département de sciences des religions a célébré ses 50 ans lors d’un colloque international.

24 Septembre 2019 à 13H59, mis à jour le 25 Septembre 2019 à 8H15

Photo: Getty/Images

Afin de célébrer ses 50 ans d’existence, le Département de sciences des religions de l’UQAM a rassemblé récemment près d’une centaine de chercheuses et chercheurs universitaires provenant du Québec, du Canada anglais et de l’Europe dans le cadre du colloque international Penser le religieux d’hier à demain : objets, savoirs, interventions.

«Le colloque a permis de mesurer le chemin parcouru depuis 50 ans dans l’étude des diverses dimensions – historique, sociologique, culturelle –  du phénomène religieux et de cerner la transformation des approches pour le penser», souligne la professeure Marie-Andrée Roy, directrice du Département. Comme en témoignaient les thèmes abordés lors du colloque, les sciences des religions ont été marquées par la multiplication et la diversification des méthodes et des objets d’étude. «En 1969, on ne parlait pas des changements religieux dans l’Himalaya contemporain, du fait religieux et du monde numérique, des spiritualités autochtones, de l’islam et des approches de genre dans le champ des études religieuses», rappelle Marie-Andrée Roy.

La question de la pertinence culturelle et sociopolitique de l’étude du christianisme a aussi fait l’objet de discussions au colloque. «La croyance en Dieu est un phénomène historique et social comme les autres, dit la professeure. Il y a 50 ans, le tiers des études portaient sur ce thème. En 2019, on s’intéresse encore au christianisme, mais celui-ci n’occupe plus la position dominante qui était la sienne dans les années 1970.»

«Affirmant son caractère laïque dès sa naissance, l’UQAM a mis sur pied le premier département universitaire francophone au Québec voué à l’étude et à l’enseignement du phénomène religieux dans une perspective non confessionnelle.»

Marie-Andrée Roy,

Directrice du Département de sciences des religions

 Un pari audacieux

Selon Marie-Andrée Roy, la création en 1969 d’un Département de sciences des religions à l’UQAM constituait un pari audacieux. «Affirmant son caractère laïque dès sa naissance, l’UQAM a mis sur pied le premier département universitaire francophone au Québec voué à l’étude et à l’enseignement du phénomène religieux dans une perspective non confessionnelle, souligne la professeure. Depuis, cette approche a servi de source d’inspiration à d’autres universités québécoises.» Le collège Sainte-Marie, l’un des établissements fondateurs de l’UQAM, a joué un rôle important dans la création du département. «Plusieurs professeurs provenaient de ce collège qui, en 1967, avait fait accepter l’idée d’offrir des cours sur l’histoire des religions et de ne pas obliger les étudiants à suivre un enseignement confessionnel», note Marie-Andrée Roy.

À cette époque, l’étude du religieux dans les universités de Sherbrooke, Laval et Montréal était dominée par la théologie catholique. «Les contenus d’enseignement étaient cautionnés par l’Église, laquelle jouait aussi un rôle dans l’embauche des professeurs, observe la chercheuse. Certains d’entre eux ont d’ailleurs perdu leur emploi parce que leurs convictions personnelles étaient non conformes à la doctrine de l’Église.»

La petite équipe du Département de sciences des religions a joué un rôle d’avant-garde dans le long processus de déconfessionnalisation du réseau scolaire québécois. «Dès 1972, notre département avait écrit au ministère de l’Éducation pour réclamer le développement d’une approche culturelle du phénomène religieux dans les écoles, indique Marie-Andrée Roy. Il a aussi joué un rôle de premier plan dans l’élaboration du programme Éthique et culture religieuse qui sera mis en place en 2008.»    

Des contributions importantes

Les contributions du Département à l’essor des sciences des religions ont été nombreuses. «Mentionnons l’approche novatrice consistant à rechercher les structures du religieux dans les productions culturelles, comme la littérature et la peinture, relève la professeure. L’imaginaire et l’univers culturel occidentaux, par exemple, ont été imprégnés par la vision du monde issue du christianisme.»

La création, dans les années 2000, du Groupe de recherche interdisciplinaire sur le Montréal ethnoreligieux (GRIMER), pilotée par le professeur émérite Louis Rousseau, a constitué un autre apport important. «Les recherches du GRIMER ont mobilisé plusieurs professeurs et représentants des communautés ethnoculturelles afin de mieux comprendre le déploiement du religieux sur le territoire montréalais et son influence sur la vie des membres de ces communautés», explique Marie-Andrée Roy. Il faut aussi souligner les travaux du Centre interdisciplinaire d’études et de recherches autochtones (CIERA), dirigé par le professeur Laurent Jérôme, et les contributions de la revue Recherches amérindiennes au Québec, sans oublier les voyages d’étude organisés régulièrement en Amazonie brésilienne, en Inde et au Népal ainsi que dans les communautés autochtones au Québec.

Des sciences toujours pertinentes

 Les sociétés occidentales se caractérisent aujourd’hui par une diversification des adhésions religieuses, remarque Marie-Andrée Roy, et on observe en même temps une montée du phénomène de la non croyance, qui touche non seulement les chrétiens, mais aussi des personnes d’autres confessions, comme les musulmans et les bouddhistes. «Nous devons constamment nous questionner et nous renouveler pour être à la fine pointe des transformations du religieux», dit la chercheuse. Selon elle, les programmes doivent aussi accorder une plus large place aux traditions religieuses africaines.  

 «Nos étudiants s’intéressent à l’islam, aux dynamiques religieuses autochtones ou encore au rapport entre femmes et religions, dit la professeure. Au baccalauréat, nous avons de petites cohortes d’étudiants, mais les cours sont pleins, dont celui sur les trois grandes religions monothéistes: christianisme, judaïsme et islam.»

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