Plongée dans l’Égypte ancienne

Des égyptologues se rencontrent dans le cadre d’une exposition au Musée des beaux-arts de Montréal.

22 Octobre 2019 à 13H37

Vue de l'exposition Momies égyptiennes: passé retrouvé, mystères dévoilés, présentée au MBAM.  Photo: MBAM, Denis Farley

Une journée d’étude sur l’Égypte au temps des pharaons a rassemblé, le 16 octobre dernier, quelque 150 personnes au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), dans le cadre de l’exposition Momies égyptiennes: passé retrouvé, mystères dévoilés. Cette journée était organisée par le Département d’histoire de l’UQAM, en collaboration avec le MBAM, la Société pour l’étude de l’Égypte ancienne et l’Association des études du Proche-Orient ancien.

«L’idée était de profiter de la tenue de cette exposition majeure et de l’intérêt que suscite l’Égypte ancienne dans le grand public pour donner un aperçu de la diversité de la recherche en égyptologie qui se fait à Montréal, notamment à l’UQAM», explique le professeur du Département d’histoire Jean Revez, instigateur de l’événement.

Cinq étudiantes et un étudiant inscrits aux programmes de maîtrise et de doctorat en histoire de l’UQAM ont présenté les résultats de leurs travaux, portant sur des sujets aussi différents que les textes des pyramides, la vie mouvementée des statues du pharaon Taharqo et le rôle des reines étrangères dans les alliances matrimoniales et diplomatiques. «Les étudiants étaient confrontés à un défi de vulgarisation, dit Jean Revez. Ils devaient aborder des questions pointues devant un public composé de personnes qui n’avaient pas de connaissances préalables sur l’Égypte ancienne.»

L’une des étudiantes, la doctorante Perrine Poiron, a imaginé un espace éducatif et ludique dans le cadre de l’exposition, en collaboration avec Ubisoft. Le panthéon égyptien et les rites associés au passage dans l’au-delà y côtoient une expérience numérique permettant de découvrir l’Égypte ancienne.

Quatre chercheurs établis, dont deux de l’UQAM, ont donné des conférences autour du thème «Vivre en Égypte au temps des pharaons». Jean Revez a parlé de l’architecture domestique et de l’urbanisme à cette époque, tandis que la professeure du Département d’histoire de l’art Valérie Angenot a fait état de ses recherches épigraphiques et iconographiques montrant que deux femmes, et non pas une, sont montées sur le trône d’Égypte entre les règnes d’Akhenaton et de Toutânkhamon.

Une momie prêtée par l’UQAM

Une entente a été conclue avec la Galerie de l’UQAM pour que le Musée des beaux-arts de Montréal obtienne le prêt de deux lions en pierre sculptée et d’une momie accompagnée de son cercueil. Ces pièces seront accessibles au public dès le 9 novembre prochain dans la nouvelle aile du pavillon Jean-Noël Desmarais (4e étage), qui accueillera les arts du Tout-Monde.

La momie d’Hetep-Bastet (une riche Égyptienne de la 26e dynastie), avec son cercueil magnifiquement décoré et peint de hiéroglyphes particulièrement raffinés, est l’un des joyaux les mieux protégés de l’UQAM. Sa dernière sortie publique remonte à 2016, lors de la Journée des musées montréalais.      

Fascinante Égypte

Bien que disparue depuis des millénaires, la civilisation de l’Égypte ancienne continue de fasciner. En témoignent, notamment, l’exposition sur les reines égyptiennes, organisée l’an dernier à Montréal par le Musée Pointe-à-Callière, qui a battu des records d’affluence, l’exposition actuelle au MBAM, produite par le British Museum, qui a été couronnée de succès à l’international, et celle sur Toutânkhamon, présentée plus tôt cette année à Paris, qui a attiré plus d’un million de visiteurs.

Cette fascination tient à divers facteurs, dit Jean Revez. «Notons d’abord le caractère très ancien et distinctif de la société égyptienne, dont la genèse remonte à environ 5 000 ans. Sur le plan architectural, des constructions aussi monumentales et durables que les pyramides et les obélisques sont des signatures qui frappent l’imaginaire. Par ailleurs, attirés par l’inconnu et le mystérieux, nous sommes fascinés par la momification et les tombeaux égyptiens.»

Modèle de barque funéraire, XIIe dynastie, vers 1985-1795 AEC, provenance inconnue, bois de figuier sycamore, EA 9525. © The Trustees of the British Museum

L’Égypte ancienne a aussi quelque chose de moderne dans la mesure où elle questionne nos rapports à la vie et à la mort, à la science, à la religion et au politique. «L’Égypte a transmis un legs majeur à l’humanité dans plusieurs domaines, comme celui de l’écriture hiéroglyphique, permettant à toute une culture de se développer, observe l’historien. Les pharaons ont été les premiers monarques de l’histoire. Enfin, aucune autre civilisation n’a développé un corpus religieux aussi sophistiqué et élaboré que les textes des pyramides et des sarcophages, lesquels relatent une géographie de l’au-delà.»

L’intérêt pour l’Égypte a été particulièrement marqué dans le monde francophone, notamment en France, pays à l’avant-plan de la recherche en égyptologie, mais aussi au Québec. «En 1927, on a construit à Montréal l’Empress Theatre, une salle de cinéma située sur la Sherbrooke Ouest, dont l’architecture était inspirée par la découverte quelques années plus tôt du  tombeau de Toutânkhamon, rappelle Jean Revez. Entre 1987 et 2001, le public a pu apprécier les colonnes égyptisantes du cinéma Égyptien, logé dans le centre commercial des Cours Mont-Royal, sur la rue Peel.»

Une science jeune

Apparue au 19e siècle, l’égyptologie est une science relativement jeune, souligne le chercheur. «Beaucoup de choses restent à découvrir concernant la civilisation et la culture de l’Égypte ancienne. On continue de fouiller des sites de cités anciennes dont on connaissait à peine l’existence, où se trouvent quantité d’objets, et même de corps, conservés de manière remarquable. De nombreux papyrus dorment encore sur les tablettes de différents musées à travers le monde, attendant d’être traduits et commentés.»

L’égyptologie est aujourd’hui traversée par une diversité de courants de recherche, poursuit Jean Revez, lui-même spécialiste de l’architecture des temples, dont celle du temple de Karnak, à laquelle est d’ailleurs consacré l’un des volets de l’exposition au MBAM. Pour une majorité de gens, l’Égypte pharaonique est, sur le plan architectural, synonyme de tombes et de temples majestueux, une conception largement alimentée par l’archéologie. «Parallèlement à ces constructions de pierre, dit le professeur, l’architecture domestique et l’urbanisme s’avèrent des champs de recherche essentiels pour appréhender le quotidien des Égyptiens anciens. De quelles sources les historiens disposent-ils pour étudier leurs résidences privées? Comment reconstituer l’aspect physique d’une maison pour mieux comprendre l’usage que l’on faisait de ses pièces? Que nous enseigne l’aménagement des villes et des villages sur la perception de l’espace dans l’Égypte ancienne? Ces questions suscitent un intérêt grandissant chez les égyptologues.»

Au Québec, l’UQAM tire bien son épingle du jeu, tant en matière de recherche que d’enseignement. «Depuis sa création, il y a toujours eu un égyptologue au Département d’histoire, lequel abrite aujourd’hui les sièges de la Société pour l’étude de l’Égypte ancienne et de l’Association des études du Proche-Orient ancien, note Jean Revez. L’UQAM est, par ailleurs, la seule université montréalaise à offrir des cours sur l’égyptien hiéroglyphique.» Elle est aussi la seule université québécoise qui compte deux égyptologues, soit Jean Revez et Valérie Angenot. 

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