Une stratégie de placement éthique

La Fondation de l’UQAM compte parmi les premières fondations universitaires au Canada à ne plus détenir de placements dans les énergies fossiles.

14 Mai 2019 à 15H56, mis à jour le 22 Mai 2019 à 10H30

Photo: Nathalie St-Pierre

Après s’être départie, il y a plusieurs années, de ses investissements dans les industries du tabac et des armements, la Fondation de l’UQAM compte parmi les premières fondations universitaires au Canada à ne plus détenir de placement dans le secteur des énergies fossiles. «Nous avions des questions à ce sujet de la part des donateurs et de la communauté étudiante, pour qui c’est une préoccupation de plus en plus importante, explique le directeur général de la Fondation, Pierre Bélanger. De tels investissements sont incompatibles avec la volonté de préserver l’environnement, en particulier avec la lutte contre le réchauffement climatique. Nous sommes très fiers de nous être retirés de ce secteur.»

L’idée d’exclure les entreprises œuvrant dans l’industrie des hydrocarbures a été soumise au comité des finances de la Fondation à l’automne 2017. La proposition a ensuite reçu l’aval du conseil d’administration de la Fondation, qui l’a approuvée à l’unanimité. Le processus a dès lors été entamé grâce à la collaboration de Gestion privée 1859, la division de la Banque Nationale qui s’occupe du portefeuille de placements de la Fondation. «Notre gestionnaire s’est montré très ouvert, mentionne Pierre Bélanger. Selon lui, de plus en plus de clients privés et d’institutions partagent ce type de préoccupation. Il s’est donc engagé à appliquer notre stratégie d’exclusion du secteur des énergies fossiles.»

Afin de ne pas nuire à la performance du portefeuille, le retrait du secteur s’est fait de façon progressive. «Nous avons la responsabilité, par rapport à nos donateurs, de faire fructifier leurs dons, note le directeur de la Fondation. En plus, comme nous gérons plusieurs fonds capitalisés – des fonds dont nous ne touchons pas le capital –, nous devons générer des rendements pour attribuer les bourses ou réaliser les projets pour lesquels ces fonds nous ont été confiés.»

Le contexte économique et la taille relativement modeste des investissements que la Fondation détenait dans le secteur des hydrocarbures au moment de la prise de décision – environ 3 millions de dollars sur un total de 33 millions placés sous sa responsabilité – ont fait en sorte que le processus a été rapide. En 2018, la Fondation ne détenait plus aucun investissement dans ce secteur.

Adhésion aux Principes pour l’investissement responsable de l’ONU

Depuis mars dernier, Gestion privée 1859 est signataire des Principes pour l’investissement responsable de l’ONU, indique le directeur de la Fondation. Ces principes engagent les investisseurs à évaluer les placements selon des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (les facteurs ESG). Intégrer les facteurs ESG dans le cadre de l’analyse financière permet, selon les signataires des Principes pour l’investissement responsable, une meilleure évaluation des risques et des occasions à saisir, conduisant à de meilleures décisions de placement. «Nous sommes très heureux de savoir que tous nos investissements seront soumis à cette analyse, affirme Pierre Bélanger, car cela va nous permettre de mieux évaluer l’impact de nos placements, que ce soit sur le plan environnemental, social ou de la gouvernance.»

Pour le directeur de la Fondation, cette initiative tombe à point, au moment où s’accélère la Campagne majeure. «Nous avons récolté jusqu’à maintenant 52 millions de dollars sur notre objectif de 100 millions, précise-t-il. Cela veut dire que d’ici deux ans et demi, nous aurons des dizaines de millions de plus à gérer. S’il y a des orientations majeures à prendre en matière d’investissements, il vaut mieux le faire maintenant plutôt que d’attendre que les sommes soient déjà placées et devoir revenir en arrière.»

Selon le candidat à la maîtrise en sociologie David Grant-Poitras, qui s'intéresse à la philanthropie, il faut aussi rappeler qu’il existe au Québec, en dehors de l'UQAM, plusieurs campagnes menées par des étudiants auprès de représentants de leurs universités afin de désinvestir les fonds universitaires placés dans l’économie extractiviste. «Le fait que la Fondation de l’UQAM ait choisi de sortir son portefeuille des hydrocarbures n’est absolument pas anodin pour ces campagnes en quête constante d’appuis», écrit-il dans un article publié sur le site du PhiLab, le Réseau canadien de recherche partenariale sur la philanthropie.

Les donateurs sont de plus en plus sensibles à la qualité éthique des placements qui sont faits par les Fondations, remarque Pierre Bélanger. «L’investissement responsable est une tendance de fond qui est là pour rester, conclut-il. De surcroît, cela correspond aux valeurs uqamiennes.»

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