Trente ans sur l’eau douce

Le Groupe de recherche interuniversitaire en limnologie et en environnement aquatique (GRIL) est un leader dans son domaine à l’échelle internationale.

21 Mai 2019 à 15H59

Série Acfas 2019
Plusieurs scientifiques de l'UQAM organisent des colloques dans le cadre du congrès qui a lieu à l'Université du Québec en Outaouais du 27 au 31 mai.

«On peut maintenant prélever un échantillon d’eau qui ne contient pas d’organismes et savoir quelles espèces de poissons se retrouvent dans cet environnement grâce aux traces d’ADN à faible concentration qu’ils y ont laissées», explique Beatrix Beisner, directrice du GRIL et coresponsable du colloque. Photo: Marie-Claude Bourdon

Comme dans tous les domaines scientifiques, les avancées technologiques des dernières décennies, que ce soit en génomique ou en télédétection, ont contribué à une formidable progression des connaissances sur les environnements aquatiques et l’eau douce. Le colloque La science aquatique des eaux douces : 30 ans de recherches au GRIL (29 mai) a pour but de faire une rétrospective de ces 30 années de recherche sur les écosystèmes aquatiques d’eau douce au Québec et de faire état des avancées actuelles dans le domaine.

«Il y a eu beaucoup d’études sur des contaminants émergents, dit la professeure du Département des sciences biologiques Beatrix Beisner, directrice du GRIL et coresponsable du colloque. Certains de ces contaminants, comme le glyphosate, existent depuis longtemps, mais on comprend mieux leurs effets sur la biologie et sur le fonctionnement des écosystèmes.»

L’évolution de la technologie a aussi amené de nouveaux enjeux environnementaux avec, par exemple, la dissémination dans les cours d’eau des microplastiques et des nanoparticules.

Une présentation du colloque s’attardera à la pollution sonore sous l’eau, peu étudiée dans l’environnement des lacs et rivières, alors que son étude en milieu marin est déjà un champ de recherche établi. On se demandera, entre autres, à quoi sert l’audition chez des poissons qui ne vocalisent pas et dont les prédateurs ne font pas de bruit, et s’ils évitent la pollution sonore engendrée par les activités récréatives ou industrielles. «La pollution lumineuse, causée par le nombre grandissant de lumières allumées toute la nuit, peut aussi avoir une influence notable sur les cycles circadiens de la faune et de la flore aquatiques», note Beatrix Beisner.

Grâce à la génomique, les chercheurs découvrent de nouvelles espèces de bactéries dont on ne soupçonnait pas l’existence. «Il y a des bactéries qu’on ne peut pas cultiver en laboratoire et qu’il était impossible d’identifier à l’aide des méthodes traditionnelles», explique la directrice du GRIL. Des questions sur l’évolution à l’échelle du temps écologique de bactéries, de planctons et même de poissons qui s’adaptent aux modifications de leur écosystème peuvent aussi être étudiées grâce aux nouvelles approches génomiques.

En matière de science appliquée, une présentation sera consacrée au projet ATRAPP, qui porte sur les cyanobactéries et cyanotoxines. «Les approches génomiques servent à déterminer si les espèces de cyanobactéries présentes dans un plan d’eau sont toxiques», précise la professeure.

Les chercheurs d’aujourd’hui utilisent l’ADN environnemental à la manière de détectives sur une scène de crime. «On peut maintenant prélever un échantillon d’eau qui ne contient pas d’organismes et savoir quelles espèces de poissons se retrouvent dans cet environnement grâce aux traces d’ADN à faible concentration qu’ils y ont laissées, explique Beatrix Beisner. C’est un domaine encore émergent, mais on espère que cela nous aidera à détecter plus tôt qu’auparavant les espèces exotiques envahissantes.»

Le GRIL, qui constitue un des regroupements stratégiques du Fonds de recherche du Québec – Nature et technologies (FRQNT), est devenu au fil du temps le plus grand réseau de recherche en limnologie et écologie des eaux douces au Canada et l’un des plus importants au niveau international. Les quatre universités montréalaises rattachées au GRIL (UQAM, UdM, McGill et Concordia) viennent d’ailleurs d’être désignées comme l’un des sites de stages à l’international admissibles du programme LOREX. Ce programme de l’Association for the Sciences of Limnology and Oceanography (ASLO) subventionne les échanges internationaux d’étudiants aux études supérieures dans quelques universités triées sur le volet à travers le monde.

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