Introduction à l'enseignement pour pallier la pénurie

Le cours conçu pour le personnel qui ne détient pas de brevet d'enseignement est un succès.

18 Septembre 2019 à 16H06

Cet été, le vice-doyen aux études de la Faculté des sciences de l'éducation, Henri Boudreault, est allé faire un tour dans chacun des quatre groupes, question d'échanger avec les étudiantes et étudiants quant à leurs attentes, leurs besoins et leur appréciation du nouveau cours. On l'aperçoit ici avec la professeure Émilie Tremblay-Wragg, du Département de didactique. Photo: Nathalie St-Pierre

Tel qu'annoncé en juin dernier, le cours d'introduction à l'enseignement pour le personnel qui ne détient pas de brevet a été donné pour la première fois en août. «C'est une réussite au-delà de nos attentes: nous avons eu 88 étudiants répartis en 4 groupes», souligne le vice-doyen aux études de la Faculté des sciences de l'éducation, Henri Boudreault.

Ce cours de deuxième cycle, intitulé Introduction à l'enseignement et didactique générale, a été conçu dans la foulée des discussions qui se tiennent depuis un an entre les commissions scolaires de l'île de Montréal, l'UQAM et l'Université de Montréal concernant la pénurie de personnel enseignant. «Les commissions scolaires nous ont dit que leurs banques de suppléantes, de remplaçantes et de CV étaient vides», rappelle Henri Boudreault. Si l'UQAM et l'Université de Montréal diplômaient tous leurs étudiants et étudiantes en éducation, cela ne suffirait pas à combler la moitié du manque de personnel dans les écoles primaires sur l'île de Montréal, ajoute-t-il.

Ayant accepté d'aider les commissions scolaires à former le personnel qui ne détient pas de brevet qu'elles ont embauché ou qu'elles embaucheront au cours des prochaines années, les deux universités ont proposé une solution commune. «Il s'agit d'un cours développé et offert de manière autonome par chacune des institutions et rejoignant les mêmes grands objectifs, soit l'appropriation des éléments de base de la planification, de la gestion de classe et de l'évaluation des apprentissages, explique le vice-doyen. Adapté à la réalité d’une personne n'ayant pas de formation en enseignement, il vise aussi à se familiariser avec les concepts issus du domaine et à s'initier à des stratégies pédagogiques axées sur le développement des compétences chez l'élève.»

À l'UQAM, ce cours d'introduction de 45 heures a été donné par les professeures Sylvie Viola (Ph.D. éducation, 1999) et Émilie Tremblay-Wragg (Ph.D. éducation, 2018), et par la chargée de cours Hélène Jammes, du Département de didactique. «Elles cumulent plusieurs années d'expérience en formation initiale en éducation préscolaire et primaire, ce qui leur a permis de moduler le cours pour répondre aux besoins des étudiantes et des étudiants», souligne le vice-doyen.

Vers une maîtrise qualifiante

Les candidats qui ont raté l'inscription pour le cours d'été peuvent se reprendre au trimestre d'automne, car le cours est à nouveau offert en octobre (la date limite pour s'y inscrire est le 26 septembre). «Nous offrirons également un second cours abordant plus spécifiquement la gestion de classe», annonce Henri Boudreault. On peut consulter le site web pour s'inscrire aux deux cours – le descriptif du deuxième cours sera disponible dans les prochaines semaines.

L'objectif de la Faculté des sciences de l'éducation est de concevoir au fur et à mesure le cursus d'une maîtrise qualifiante pour l'enseignement au préscolaire/primaire et en adaptation scolaire, rappelle le vice-doyen (il existe déjà une maîtrise en enseignement pour le secondaire et la formation générale des adultes).

D'ici à ce que cette nouvelle maîtrise soit créée - et dûment accréditée pour mener à l'obtention du brevet d'enseignement - les étudiantes et étudiants qui s'inscrivent à l'un des deux cours le font à titre d'étudiantes et d’étudiants libres de deuxième cycle. Ils et elles doivent détenir un baccalauréat de premier cycle complété (ou son équivalent) et une moyenne de plus de 2,8/4,3 (ou l’équivalent).

Le plus grand défi, insiste Henri Boudreault, est d'offrir une formation de qualité à la hauteur des attentes tout en s'adaptant à la réalité de personnes en situation d'emploi, provenant d'horizons et de formations diverses. «Nous avons reçu une demande d'une astrophysicienne et une autre d'un agent immobilier», illustre-t-il.

Plusieurs personnes intéressées ont une formation antérieure dans une discipline reconnue par le Programme de formation de l'école québécoise - en langues, en science ou en littérature, par exemple. D'autres ont été formées dans des disciplines connexes au domaine de l'éducation comme l’animation culturelle, la sociologie, le travail social ou la psychologie. Certaines, toutefois, possèdent une formation éloignée de l'univers de l'éducation, en droit ou en communication, par exemple. «Certaines auront des cours de propédeutique à compléter avant de s'inscrire à la maîtrise qualifiante, note le vice-doyen. Si le nombre de crédits exigés en propédeutique est trop élevé, nous conseillons aux gens qui le peuvent de s'inscrire au baccalauréat en enseignement.» Ce sont les règles ministérielles qui déterminent les domaines de formation antérieurs permettant la reconnaissance d'acquis, précise-t-il.

Les maîtrises qualifiantes sont habituellement offertes à temps partiel, mais le régime d'études n'est pas le seul aspect à considérer, poursuit Henri Boudreault. «Nous devons également réfléchir aux modalités: doit-on offrir des cours à distance, une formation hybride ou délocalisée? Y a-t-il des contenus plus pertinents que d'autres en regard du profil des personnes intéressées par notre futur programme?» Cet été, le vice-doyen est allé faire un tour dans chacun des quatre groupes, question d'échanger avec les étudiantes et étudiants quant à leurs attentes, leurs besoins et leur appréciation du nouveau cours.

Henri Boudreault se réjouit que la Faculté des sciences de l'éducation ait commencé à former plus de 80 personnes qui n'avaient pas d'expérience en enseignement. «Avec les inscrits à l'Université de Montréal, on avoisine les 150 personnes, dit-il. Or, ce sont des gens qui n'étaient pas sur le radar des commissions scolaires, et qui deviennent de bons candidats pour effectuer de la suppléance ou pour éventuellement devenir enseignantes et enseignants. Pour plusieurs, il s'agit d'une seconde ou d'une troisième carrière.»

L'équipe du vice-doyen est à compiler des données plus précises sur le statut des personnes qui ont suivi le cours cet été, mais selon leur analyse préliminaire, plus du quart sont maintenant en situation d'emploi dans une commission scolaire.

La pénurie risque de se prolonger pendant de nombreuses années, mais Henri Boudreault et son équipe sont optimistes. «Nous sommes proactifs, nous mobilisons notre corps professoral et nos experts afin d'adapter nos formations pour répondre aux besoins et aux profils des personnes intéressées par une éventuelle maîtrise qualifiante en enseignement au préscolaire/primaire et en adaptation scolaire. Le travail collaboratif avec les commissions scolaires se poursuivra cet automne et, avec l'appui du ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur, nous devrions être en mesure de bonifier notre offre et d'annoncer sous peu de nouveaux projets.» Un dossier à suivre!

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