Une installation au château de Chambord

L’œuvre interactive de Nicolas Reeves transpose en musique l’architecture du célèbre château.

8 Novembre 2019 à 14H34

Le château de Chambord.

Emblème de la Renaissance française, le château de Chambord est le plus vaste de la Loire et l’un des plus célèbres du pays. Érigé à la demande de François 1er, il se distingue par son architecture extraordinaire sur laquelle flotte l’esprit de Léonard de Vinci, invité à la cour du roi à l’époque de sa construction. C’est dans ce lieu mythique, qui célèbre son 500e anniversaire en 2019, que le professeur de l’École de design Nicolas Reeves présente Point d.Origine, une œuvre issue de son laboratoire NXI Gestatio. L’installation interactive transpose en timbres sonores et en musique l’architecture du château de Chambord.

Chercheur et artiste, Nicolas Reeves s’est fait connaître, entre autres, avec la création, en 1997, de sa Harpe à nuages. Cet instrument météo-électronique qui convertit en temps réel la forme des nuages en séquences audio a connu un retentissement médiatique international.

Depuis plusieurs années, le professeur poursuit des travaux qui marient l’architecture et la musique. Une version précédente du projet de Chambord a d’ailleurs été présentée dans la cathédrale gothique de Mende, un autre Monument historique de France, en 2017.

L’expérience proposée est toute simple. Dans le donjon du château de Chambord, le visiteur est muni d’une «lanterne harmonique» et d’un casque d’écoute. Invité à déambuler entre les différents lieux de l’édifice, il déclenche par ses mouvements des timbres sonores et des embryons mélodiques qui génèrent à chaque trajectoire une composition différente, dont il est à la fois le compositeur, l’interprète et l’audience.

La transposition en ondes sonores se fait en plusieurs étapes, à partir d’un modèle mathématique complexe. «Version contemporaine et poétique de l’harmonie des sphères, Point d.Origine s’ancre dans la relation intime qu’entretiennent la musique et l’architecture depuis la plus haute antiquité», explique Nicolas Reeves. Selon les philosophes de l’Antiquité, tout dans le monde, y compris le mouvement des astres, est ordonné selon une musique céleste, une «harmonie des sphères» qui détermine également les proportions idéales.

L’installation, précise le chercheur, considère chaque édifice comme une petite cosmologie. Elle est formée d’un très grand nombre de centres potentiels, les points harmoniques, que le visiteur traverse tout au long de sa trajectoire. Chacun de ces centres, grâce au modèle mathématique, détermine une transposition différente de l’édifice en timbres sonores. En déclenchant la trajectoire harmonique spécifique à ses propres déambulations, le visiteur se retrouve à chaque instant au centre de sa propre cosmologie architecturale et musicale.

Jusqu’à la Renaissance, le point d’origine de tous les repérages spatiaux était la plupart du temps centré sur la Terre, centre du monde, note le professeur. Dans les modèles des scientifiques, le centre s’est ensuite progressivement éloigné pour finir, après Einstein et Hubble, par se pulvériser sur l’ensemble des points de l’espace. Le seul centre qui résiste, aujourd’hui, est celui où se tient l’individu qui perçoit le monde, ce qui signifie qu’il existe autant de centres que d’êtres humains. «Depuis le cosmos antique, repéré par rapport à un point d’origine, nous sommes passés à un univers dans lequel il n’y a point d’origine», remarque Nicolas Reeves.

De petites sculptures comme celle-ci évoquent les outils mathématiques utilisés pour la transposition entre l'architecture et la musique.

Point d.Origine se complète d’une exposition qui présente des panneaux explicatifs du processus de transposition de l’architecture en musique et de petites sculptures de bronze et de polymère qui évoquent les outils mathématiques utilisés pour cette transposition. Présentée depuis le mois de septembre, l’installation de Nicolas Reeves et de son laboratoire NXI Gestatio, conçue en collaboration avec le CERS-Intelligence des patrimoines de Tours, est en place jusqu’au 16 novembre.

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