L'algorithme qui traduit les hiéroglyphes

La doctorante en histoire Perrine Poiron a participé à l'élaboration de la plateforme lancée par Google.

17 Décembre 2020 à 10H31

Image tirée de la plateforme Fabricius de Google Arts & Culture

Vous souhaitez décoder des inscriptions hiéroglyphiques de l'Égypte ancienne? Rien de plus simple grâce à Fabricius, une plateforme lancée l'été dernier par Google Arts & Culture, en collaboration avec Ubisoft, l'agence britannique Psycle Interactive, l'Académie des sciences de Berlin-Brandebourg, les universités Brown et Harvard (États-Unis), l'Université Macquarie (Australie) et l'UQAM. «L'algorithme d'intelligence artificielle est en mesure d'identifier correctement plus de 1000 hiéroglyphes pour ensuite proposer une traduction en anglais», indique l’égyptologue Perrine Poiron, qui a participé au projet en parallèle avec son doctorat en histoire.

Tout a débuté avec The Hieroglyphics Initiative, un projet de recherche lancé en 2017 par Ubisoft afin de coïncider avec la sortie du jeu Assassin's Creed Origins, dont l'action se déroule dans l'Égypte ancienne. Embauchée comme consultante par la multinationale, Perrine Poiron avait pour mandat de tisser des collaborations avec les plus éminents égyptologues de la planète. «Pour développer une machine capable de traduire les inscriptions hiéroglyphiques, il faut d'abord lui fournir un nombre considérable de données à analyser, explique-t-elle. Mon rôle était de contacter les égyptologues afin qu'ils nous donnent accès à leurs corpus et à leurs données.»

Le professeur du Département d'histoire Jean Revez a contribué au projet en fournissant les images qu’il a récoltées au site de Karnak. L'égyptologue s’intéresse depuis 2007 aux inscriptions gravées sur les colonnes de la salle hypostyle du temple de Karnak, dont les plus hautes mesurent 20 mètres et qu'au moins cinq pharaons du Nouvel Empire ont fait graver sur une période de 200 ans.

Proposer des restitutions

En 2019, Ubisoft a cédé les droits de son projet à Google, qui l'a intégré dans son vaste chantier sur les langues anciennes. Lancée en juillet dernier, la plateforme Fabricius se veut ludique et instructive. Elle comporte trois sections. Dans la première, on propose six étapes pour s'initier aux bases des hiéroglyphes égyptiens. Dans la seconde, on peut écrire un message automatiquement traduit en hiéroglyphes qu'il est possible d'envoyer par message texte ou par courriel (en anglais uniquement).

La dernière section est destinée aux égyptologues, qui peuvent soumettre une image, une photo ou même un dessin d'une séquence d'inscriptions hiéroglyphiques afin que l'outil génère une traduction.

Perrine Poiron voit le potentiel à long terme d'un tel outil. «On devrait ultimement pouvoir entraîner l'algorithme afin qu'il comble les lacunes des textes anciens qui sont souvent fragmentaires», souligne-t-elle. Lorsque les égyptologues butent sur des séquences comportant des hiéroglyphes manquants ou incomplets, ils déduisent ces derniers à partir de leurs connaissances des autres textes de la même époque, explique la doctorante. «C'est ce que nous appelons une restitution. Mais parfois nous passons des semaines avant de trouver les mots ou les concepts qui pourraient convenir. Or, plus l'algorithme analysera de séquences hiéroglyphiques, dont plusieurs fragmentées, plus il sera en mesure de combler les lacunes en proposant des restitutions.»

Enchantée par sa collaboration à ce projet, Perrine Poiron poursuit la rédaction de sa thèse en cotutelle sous la direction de Dominique Valbelle (Paris-Sorbonne) et Jean Revez. Elle s’intéresse à la déesse Bastet et à la question du pouvoir durant la XXIIe dynastie, qui a gouverné l’Égypte des environs de - 945 à - 715. «Je me propose de réhabiliter la déesse Bastet dans les fonctions qu’elle occupait aux origines de l’histoire pharaonique, en contraste avec l’image de déesse de la famille et de la joie qui s’est développée plus tardivement et pour laquelle on la reconnaît davantage de nos jours», précise l’égyptologue.

Apprendre l'égyptien hiéroglyphique classique

Les cours Initiation à l'égyptien hiéroglyphique I et II (SHM5031 et SHM5032) sont donnés à l'UQAM depuis l'automne 2012.

Il s'agit de cours portant sur l'égyptien hiéroglyphique classique, aussi appelé moyen égyptien.

On y vise l'acquisition de connaissances de base en philologie (grammaire et disciplines auxiliaires de la science des textes). Orientée vers l'étude des sources de l'histoire et de la civilisation pharaonique, cette initiation propose des éléments de grammaire et de morphologie, l'apprentissage d'un lexique de base et des techniques de compréhension de textes simples. Le cours est complété par une initiation aux principaux instruments de travail pour l'étude de la langue et de la civilisation: dictionnaires et lexiques, encyclopédies, instruments multimédia.

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