Conseils aux personnes blanches 

La doctorante Gabrièle Gilbert offre ses conseils aux personnes blanches pour qu’elles deviennent des alliées dans la lutte antiraciste.  

16 Juin 2020 à 9H05

Gabrièle Gilbert souhaite que la cause antiraciste travaille avec la population majoritaire pour que des changements systémiques aient lieu. 

Lorsqu’elle a appris la mort de l’Afro-Américain George Floyd aux mains d’un policier blanc, Gabrièle Gilbert (B.Sc. psychologie, 2016) a été bouleversée et a ressenti le besoin de faire quelque chose de son inconfort. «Je n’étais pas en colère. Je ne cherchais pas la confrontation, j’étais triste. Je voulais m’adresser à mes amis proches avec douceur pour permettre un échange».

La doctorante en psychologie a composé un message qu’elle a partagé sur son compte Facebook le 30 mai, dans lequel elle offre des conseils aux personnes blanches pour combattre le racisme : «Ne vous laissez pas submerger par un sentiment de culpabilité venant de votre identification à l’agresseur blanc. Cela vous rendra défensif et ce sera contre-productif», «Reconnaissez vos privilèges», «Ne dédramatisez pas la situation qu’on vous raconte, ne minimisez pas et ne donnez pas d’excuse à la personne ayant commis un acte raciste », «Éduquez vos enfants, sensibilisez-les à cette réalité et donnez-leur des outils pour qu’ils deviennent eux-mêmes des antiracistes», etc. Quelques jours plus tard, son message avait été partagé plus de 2 600 fois et transformé en bande dessinée par Chloloula, une bédéiste, documentariste et graphiste également connue sous le nom de Chloé Germain-Thérien (M.A. arts visuels et médiatiques, 2014), en collaboration avec l'illustratrice et consultante en création, Emanuelle Dufour (C. scénarisation cinématographique). Gabrièle a aussi été invitée à la revue d’actualité de l’humoriste Louis T.

L’étudiante, qui a complété son baccalauréat en psychologie à l’UQAM, a ensuite entamé ses études supérieures lors desquelles elle s’intéresse plus particulièrement aux clientèles multiculturelles et multiethniques. Elle terminera son doctorat dans un an.

La jeune femme de 30 ans est métisse, d’origine haïtienne par son père et québécoise par sa mère. Enfant, elle a vécu à La Tuque, entourée d’amis blancs. «Souvent, j’essayais d’exprimer quelque chose, mais j’étais mal comprise et alors je me fâchais, confie-t-elle. Lors de mon cheminement en psychologie, j’ai beaucoup travaillé sur moi et j’ai réfléchi à la façon que nous avons de communiquer. Les mots ont un poids immense.»

Gabrièle est d’avis que les accusations créent un sentiment de culpabilité. «Ça fige les gens et ça peut les empêcher d’agir. Par exemple, j’ai des amis blancs qui m’ont confié qu’ils n’étaient pas certains de vouloir assister à la manifestation contre la brutalité policière et le racisme systémique à Montréal. Ils ressentaient de la honte et avaient l’impression qu’ils n’y seraient pas à leur place», se désole–t-elle. La jeune femme souhaite que la cause antiraciste travaille avec la population majoritaire, en l’occurrence les personnes blanches, en Amérique du Nord, pour que des changements systémiques aient lieu.

Sa vie partagée entre deux origines a permis à Gabrièle de mieux comprendre les défis auxquels les deux communautés sont confrontées. C’est son contexte familial et son domaine d’étude qui ont incité l’étudiante à prodiguer des conseils à son entourage blanc, dans la douceur et le respect.

En réfléchissant à la portée de son message publié sur Facebook, Gabrièle avoue avoir été surprise par les réactions du public. Naïvement, elle croyait que ses conseils tombaient sous le sens. Pourtant, certaines personnes lui ont affirmé que son message leur avait ouvert les yeux, comme une révélation. «Ce genre de réaction m’a frappée. Je me suis rendu compte qu’il y avait quelque chose qui manquait. Les gens ne savent pas quoi faire avec leurs privilèges», explique-t-elle.

Une enseignante a déjà contacté Gabrièle Gilbert pour reprendre son message dans son école, afin d’entamer une conversation sur le racisme systématique avec les enfants. Un centre jeunesse de Montréal a aussi invité l’étudiante à aller discuter de son message avec les jeunes. Son texte a été traduit en anglais et est maintenant partagé avec un vaste public au-delà des frontières.

 

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