Des nuances à apporter

Deux professeures défendent l'enseignement à distance dans une lettre ouverte.

19 Octobre 2020 à 8H50

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Image: Getty

Les professeures du Département de management de l'ESG UQAM Julie Delisle et Nancy Aumais ont signé une lettre ouverte, le 17 octobre dans La Presse+, en réaction à un article intitulé «Que vaudra notre diplôme?» paru plus tôt ce mois-ci. Cet article dressait un portrait peu nuancé de l’enseignement à distance à partir de témoignages d’étudiants insatisfaits. «Nous vous écrivons aujourd'hui pour partager notre réaction à ce portrait car nous le trouvons réducteur et incomplet. S'il y a, en effet, d'indéniables faux pas (nous sommes tous et toutes en adaptation) et une maîtrise inégale des outils, il serait bien de présenter les bons coups et les avantages de l'enseignement à distance», écrivent-elles.

Les professeures soulignent avoir reçu «des témoignages positifs spontanés» de plusieurs de leurs étudiantes et étudiants, qui disent «apprécier, voire préférer la formule actuelle». Elles notent entre autres une hausse de la présence aux cours, ainsi qu'une participation accrue. «J'avais des craintes par rapport à la présence en classe, mais les étudiants sont présents et ils ne sont pas démotivés», affirme Nancy Aumais, jointe pour commenter la publication de la lettre qu'elle cosigne avec Julie Delisle, qui participe également à cet entretien en vidéoconférence.

Des outils interactifs

«L'article donnait à penser que les étudiants ne peuvent pas poser de questions ou que l'interaction est impossible lors des cours à distance, mais c'est faux, souligne Julie Delisle. Il suffit, par exemple, d'utiliser l'onglet conversation sur Zoom. C'est même beaucoup moins gênant que de lever la main en classe, car je peux répondre aux questions sans nommer celui ou celle qui l'a posée.»

Julie DelislePhoto: Émilie Tournevache

Les enseignants qui utilisent Zoom peuvent aussi former des sous-groupes pour le travail en équipe. «Le processus est instantané, efficace et l'enseignant peut se "promener" d'un groupe à l'autre», précise la professeure, qui a suivi depuis le printemps dernier différentes formation offertes par le Centre de formation en soutien à l'académique et le Carrefour technopédagogique, en plus d'un cours du Programme court de 3e cycle en pédagogie universitaire et environnement numérique d'apprentissage.

Dans leur lettre ouverte, les deux professeures reconnaissent qu'il faut proscrire les cours magistraux de trois heures. Elles soulignent aussi l'importance de conserver des périodes synchrones afin de ne pas priver les étudiantes et étudiants «d'interactions essentielles pour leur apprentissage, sans parler du développement d'un sentiment d'appartenance et de liens sociaux avec leurs pairs».

Caméra ouverte ou fermée?

Si les périodes synchrones permettent de créer des liens entre les étudiants, c'est avant tout parce qu'elles permettent de se voir et d'échanger. Faut-il alors obliger les étudiants à ouvrir leur caméra ? «Un sondage a été réalisé parmi les étudiants en gestion de projet concernant les aménagements mis en place à la suite du confinement, indique Julie Delisle. Une minorité déplorait le fait que certains enseignants obligeaient l'ouverture de la caméra, tandis qu'une majorité se plaignaient du manque de contact visuel avec leurs collègues de classe et souhaitaient plutôt que les caméras soient ouvertes.»

La professeure a vécu les deux cas de figure. «L'été dernier, j'ai donné un cours où la plupart des étudiants fermaient leur caméra et cet automne, presque tout le monde l'active. Cela crée une énergie bien différente, mais, cela dit, je n'impose rien.»

Nancy Aumais
Photo: Émilie Tournevache

«Si les gens interviennent, si nous travaillons en sous-groupes ou si nous sommes en discussion, je leur demande d'ouvrir leur caméra», dit Nancy Aumais, qui enseigne la pédagogie au doctorat en administration. Les deux professeures notent toutefois qu'il n'est pas optimal que chacun ouvre sa caméra dans un grand groupe, car cela surcharge inutilement la bande passante et nuit à la qualité du son et de l'image.

Aucune n'a vécu de cas d'étudiants en pyjama ou suivant le cours dans son lit. «Peu m'importe où ils sont et comment ils sont habillés, du moment qu'ils sont présents et motivés», note Julie Delisle. «C'est normal que certains étudiants mangent pendant un cours qui se déroule entre 18 h et 21 h, ajoute Nancy Aumais. Et s'ils veulent suivre le cours avec leur chien sur les genoux, ce n'est pas grave!»

Les deux professeures estiment même que l'enseignement à distance est plus facile pour la gestion de classe. «Dans une salle de classe bondée, il y a souvent des étudiants qui discutent, qui dérangent le groupe et que l'on doit rappeler à l'ordre, souligne Julie Delisle. À distance, on peut mettre tout le monde en mode muet. On voit bien que certains rient tout seuls, probablement parce qu'ils échangent des textos avec des camarades, mais ça ne dérange personne.»

Bien qu'elles soient de leur propre aveu converties à l'enseignement à distance, Julie Delisle et Nancy Aumais affirment qu'elles seront très heureuses de revenir en classe lorsque la situation le permettra. Elles concluent leur lettre ouverte en répétant qu'elles ne souhaitent pas «nier les défis de l'enseignement à distance ni le contexte général difficile dans lequel nous nous trouvons qui implique un isolement plus ou moins grand et des difficultés diverses tant pour les étudiant.es que pour les enseignant.es. L'enseignement à distance n'est certes pas une panacée et il est bien d'en questionner les pratiques. Toutefois, un portrait plus nuancé et plus juste serait à notre avis souhaitable et moins démotivant.»

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