Écologie et pandémies

Les pandémies révèlent l’interrelation entre les crises touchant le climat, la biodiversité et les ressources naturelles.

21 Avril 2020 à 17H18

Série COVID-19: tous les articles
Les nouvelles sur la situation à l'Université entourant la COVID-19 et les analyses des experts sur la crise sont réunies dans cette série.

La déforestation contribue à transformer ou à détruire les habitats naturels des espèces animales et végétales, favorisant la propagation de microbes pthogènes.Photo: Getty/Images

Pourquoi les pandémies se succèdent-elles à un rythme soutenu? Comment expliquer notre vulnérabilité face aux maladies infectieuses? Des dizaines de microbes pathogènes, la majorité d’origine animale, sont apparus ou réapparus ces dernières décennies dans des régions où, parfois, ils n’avaient jamais été observés auparavant, rappelait un article paru dans l’édition de mars 2020 du Monde diplomatique. C’est le cas d’Ebola en Afrique de l’Ouest ou de Zika sur le continent américain. Avec la déforestation, l’urbanisation et l’industrialisation effrénées, nous avons offert à ces microbes des moyens de s’adapter et d’arriver jusqu’au corps humain. Ainsi, les espèces de moustiques vecteurs d’agents pathogènes potentiellement dangereux sont deux fois plus nombreuses dans les zones déboisées que dans les forêts restées intactes.

«Nous vivons de manière simultanée plusieurs crise interconnectées, qu’il s’agisse du réchauffement climatique, du pillage des ressources naturelles ou de la destruction de la biodiversité», souligne le professeur du Département de géographie Jean-Philippe Waaub, membre de l’Institut des sciences de l’environnement. «La transformation ou la destruction des habitats naturels des espèces animales et végétales signifie une probabilité accrue de contacts proches et répétés avec l’être humain, lesquels favorisent le transfert microbien et la diffusion de virus.»

Grignotant les forêts du Nord-Est américain, le développement urbain a chassé des animaux qui contribuaient à réguler les populations de tiques, avec pour résultat que les maladies transmises par ces moustiques, comme la maladie de Lyme, se répandent plus facilement. «Encore inconnue au Québec il y a 15 ans, la maladie de Lyme y a connu une forte progression depuis 2011», rappelle le professeur.

Une planète qui respire mieux!

Depuis le début de la crise de la COVID-19, on a observé une réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), notamment en Chine (près de 25 % en février), en Italie et aux États-Unis. Comme si, paradoxalement, la pandémie permettait à la planète de mieux respirer. «Certes, cette chute de la pollution atmosphérique constitue une bonne nouvelle, dit le professeur. La réduction draconienne des activités de transport – aérien, routier, maritime –, source majeure des émissions de GES, et le fait que de nombreuses entreprises soient à l’arrêt ou tournent au ralenti sont les principaux facteurs qui expliquent le phénomène.»  

La gestion des déchets, par contre, représente une source de préoccupation, souligne Jean-Philippe Waaub. «Nous faisons des efforts pour maintenir leur récolte dans le contexte actuel de crise sanitaire, mais nous voyons aussi des masques et des gants usagés traîner dans les rues. Où iront tous ces masques à usage unique? Au Québec, nous enfouissons encore la majorité de nos déchets au lieu de les incinérer.»

Effets conjoncturels

Les effets positifs de la pandémie sur l’environnement demeurent évidemment conjoncturels. D’ailleurs, au Canada, des pressions commencent déjà à se faire sentir pour demander au gouvernement fédéral d’assouplir les lois environnementales afin de permettre à l’économie de repartir de plus belle, même si le secteur des énergies fossiles plombe chaque année un peu plus le bilan du pays en matière d’émissions de GES, lequel continue de s’alourdir. Concrètement, l’industrie des énergies fossiles émet aujourd’hui près de deux fois plus de GES qu’il y a 30 ans.

Les effets positifs sur l’environnement liés à la pandémie ne changent en rien la structure de notre économie, observe le professeur. «On ne peut pas espérer un virage à 180 degrés du jour au lendemain, surtout que des politiciens et des entreprises ne rêvent que d’une chose: retourner à la situation pré-pandémie.»

Rien ne changera en profondeur tant et aussi longtemps que nous maintiendrons notre dépendance à l’égard des énergies fossiles, poursuit Jean-Philippe Waaub. «On observe un mouvement qui prône la relance de l’économie au plus vite, quitte à déréglementer. Heureusement, d’autres forces au sein de la société civile – groupes écologistes, syndicats et même certains entrepreneurs qui ne voient plus les choses comme avant et pour lesquels la pandémie agit comme un révélateur – cherchent à se mobiliser afin d’éviter que les enjeux environnementaux ne soient mis sous le tapis au lendemain de la crise.»

La tension entre le repli sur soi et la coopération internationale autour d’enjeux planétaires, qu’ils soient climatiques ou sanitaires, doit aussi être prise en considération, conclut le professeur. «La crise de la pandémie aurait pu être mieux gérée si des pays s’étaient engagés plus rapidement dans une démarche de collaboration, au lieu d’être en compétition les uns avec les autres, si l’Organisation mondiale de la santé, garante d’une coordination mondiale, avait bénéficié d’un plus grand soutien, plutôt que de faire l’objet d’attaques, comme celles lancées par Donald Trump.»

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