Un référendum sur Trump

Après quatre années d'une présidence tumultueuse, les Américains éliront-ils le démocrate Joe Biden ?

26 Octobre 2020 à 13H46

Série L'actualité vue par nos experts
Des professeurs et chercheurs de l'UQAM se prononcent sur des enjeux de l'actualité québécoise, canadienne ou internationale.

Le président Donald Trump et son rival démocrate Joe Biden, lors du dernier débat le 22 octobre dernier à Nashville, au Tennessee.Photo: Jim Watson, Brendan Smialowski / AFP via Getty Images

Les analystes politiques ont retenu la leçon de 2016: très peu d'entre eux se risquent à prédire l'issue de l'élection présidentielle américaine du 3 novembre prochain. On préfère cette fois prendre acte des résultats en direct, comme le feront les chercheuses et chercheurs de la Chaire Raoul-Dandurand, dont la traditionnelle soirée électorale aura lieu en ligne.

Moins cacophonique que le premier, le deuxième et dernier débat entre le président Trump et l'ancien vice-président Joe Biden, le 22 octobre dernier, n'a pas été catastrophique ni pour l'un ni pour l'autre. «Trump a connu le débat que ses conseillers voulaient qu'il fasse, analyse Frédérick Gagnon, titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand, directeur de l'Observatoire sur les États-Unis et professeur au Département de science politique. Il a rassuré certains membres du Parti républicain qui étaient inquiets. La mauvaise nouvelle, pour lui, est qu'il avait besoin d'un K.O. et qu'il ne l'a pas obtenu. Avec un retard se situant entre 8 et 10 points à l'échelle nationale, il commence à manquer de temps pour retourner la situation en sa faveur.»

Le professeur estime que Joe Biden a connu un bon débat, répondant avec aplomb aux questions et aux attaques de Trump, et évitant l'écueil d'une bourde majeure qui aurait pu faire dérailler sa campagne. «Il a lancé quelques phrases marquantes, notamment en prédisant que les États-Unis se dirigeaient vers un hiver sombre (dark winter) en raison de la gestion inefficiente de la pandémie par le président. Et à la fin du débat, il a emprunté à la rhétorique d'Obama en 2008 en affirmant "Je serai le président de tous les Américains". Cela fait écho à un sentiment partagé par plusieurs électeurs, qui déplorent que Trump ait persisté à parler uniquement à sa base électorale depuis quatre ans.»

Un candidat bouillon de poulet

À l'instar de la plupart des observateurs, Frédérick Gagnon estime que cette élection constitue un référendum sur le bilan du président sortant, particulièrement sur sa gestion catastrophique de la pandémie. «Environ 60 % des Américains sont insatisfaits de la façon dont il gère la crise», rappelle le chercheur.

Joe Biden, concède-t-il, n'est pas un candidat très enthousiasmant, mais après quatre années de présidence Trump, les Américains aspirent à autre chose qu'à de la furie, de l'invective et des fausses nouvelles. «On a entendu plus d'un électeur affirmer I want boring, signifiant que l'on est prêt à élire quelqu'un d'ennuyeux juste pour avoir un peu de répit. C'est ce que j'appelle un candidat "bouillon de poulet"», note-t-il en riant.

Les États clés

Lors de la soirée électorale, il faudra surveiller les États clés, mais pas nécessairement tous, précise Frédérick Gagnon. Le vote par la poste a été très populaire: en date du 23 octobre, environ 50 millions d'électeurs avaient voté par correspondance, ce qui représente presque la moitié des électeurs ayant voté en 2016. Or, les bulletins envoyés par la poste prennent parfois du temps à se rendre aux scrutateurs. Dans certains États, on comptabilisera les votes jusqu'à deux semaines après le 3 novembre. D'autres États, en revanche, interdisent le comptage des voix après la journée de l'élection. «C'est notamment le cas en Floride et en Arizona. Si Biden l'emporte de manière décisive dans ces deux États ou même dans l’un des deux, il devrait remporter la présidence.»

Pour Trump, la Floride est cruciale et il ne peut pas espérer remporter l'élection sans cet État, comme l'a souligné son collègue Charles-Philippe David, qui participait en compagnie de la professeure associée au Département de géographie Élisabeth Vallet à l'émission Tout le monde en parle, le 25 octobre dernier.

«La meilleure chose qui puisse arriver pour Joe Biden serait un raz-de-marée démocrate, car les républicains seraient prompts à abandonner Trump.»

Frédérick Gagnon

Titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand

Certains sondeurs croient que la Géorgie ou même le Texas pourraient passer aux démocrates et la lutte au Missouri, au Montana et en Alaska est beaucoup plus serrée que ce que l'équipe Trump espérait.

Si Biden l'emporte, il faudra voir le seuil à partir duquel le président Trump lui concèdera la victoire. «La meilleure chose qui puisse arriver pour Joe Biden serait un raz-de-marée démocrate, car les républicains seraient prompts à abandonner Trump», analyse Frédérick Gagnon.

Les démocrates, poursuit-il, ne veulent pas trop laisser croire au scénario du raz-de-marée, car ils veulent inciter les gens à aller voter. «Et cela semble fonctionner, car les échos du vote par la poste semblent indiquer que ce sont surtout des électeurs démocrates qui ont voté en avance.»

Une répétition de 2016 ?

Donald Trump n'aura pas de difficulté à mobiliser sa base afin de faire sortir le vote en sa faveur, mais pourrait-il se faufiler en faisant pencher les indécis de son côté, comme il l'avait fait en 2016 ? «C'est peu probable pour deux raisons, explique Frédérick Gagnon. En 2016, il n'était pas au pouvoir, il ne pouvait pas être jugé sur son bilan. Plusieurs indécis n'aimaient pas Hillary Clinton et se sont dit: pourquoi ne pas essayer Trump? Cela n'arrivera pas cette année.»

L'autre raison, c'est qu'il y a tout bonnement moins d'indécis cette année, note le professeur. «En 2016, il y avait environ 15 % d'indécis. Aujourd’hui, ça tourne autour de 4 %. Même si tous les indécis penchaient vers Trump, ce ne serait sans doute pas suffisant pour lui permettre de combler son retard.»

Frédérick Gagnon n'ose pas une prédiction, mais il observe que si 2016 était l'année des électeurs pro-Trump discrets, 2020 pourrait bien être celle des pro-Biden discrets. La réponse le 3 novembre... ou dans les jours suivants.

La soirée électorale de la Chaire Raoul-Dandurand

La soirée électorale de la Chaire débutera à 18 h 30 avec quelques mots de bienvenue et une rétrospective vidéo des meilleurs moments de la campagne. Une première table ronde donnera le ton à la soirée à 18 h 45. Animée par Frédérick Gagnon, celle-ci réunira Charles-Philippe David, Élisabeth Vallet, Ginette Chenard, Rafael Jacob et Julien Tourreille.

Tout au long de la soirée, on visionnera en direct les résultats, tandis qu'une dizaine d'autres spécialistes proposeront leurs analyses en formule table ronde, en plus de livrer leurs commentaires et impressions sur le fil Twitter de la Chaire Raoul-Dandurand.

Frédérick Gagnon, Élisabeth Vallet, Rafael Jacob et Karine Prémont participeront en parallèle à la couverture des élections américaines sur la chaîne RDI.

L'inscription à la soirée électorale de la Chaire Raoul-Dandurand est gratuite, mais obligatoire.

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